Eglises d'Asie

Calcutta : la foi d’un évêque jésuite centenaire inspire plusieurs générations de catholiques indiens

Publié le 17/09/2020




Un évêque jésuite de Calcutta a fêté ses 100 le 7 septembre, en marquant près d’un siècle d’apostolat et de mission, en Inde et au Bangladesh. Mgr Linus Nirmal Gomes originaire du Bangladesh, a été évêque de Baruipur, dans l’État indien du Bengale occidental, de 1977 à 1995. À l’âge de 75 ans, il a démissionné de son poste épiscopal, avant de rejoindre un groupe de prêtres pour relancer la mission jésuite au Bangladesh. Il est installé dans la maison de retraite de la communauté jésuite Saint-Xavier de Calcutta depuis 2014. « Mgr Gomes est une source d’inspiration pour notre communauté », confie le père Veluswamy, recteur de la communauté Saint-Xavier.

Mgr Linus Nirmal Gomes, ancien évêque de Baruipur, dans l’État indien du Bengale occidental, a fêté ses 100 ans le 7 septembre.

Mgr Linus Nirmal Gomes, ancien évêque de Baruipur, dans l’État indien du Bengale occidental, a fêté ses 100 ans le 7 septembre, en devenant l’évêque indien le plus âgé. Son anniversaire a été célébré avec ses confrères de la communauté jésuite au Saint Xavier’s College de Calcutta, où se trouve sa maison de retraite depuis 2014. « Je n’ai pas de travail à proprement parler. Je prie pour mes frères jésuites, pour mes proches et pour mes amis. Tous les matins, je donne la communion aux pères âgés et malades à l’infirmerie. Parfois, on vient me voir pour solliciter un conseil spirituel. J’essaie de faire de mon mieux pour les aider », explique Mgr Gomes. Même après près d’un siècle, l’évêque garde tout son enthousiasme et sa foi. Durant la pandémie, il a gardé l’habitude de jouer au tennis de table et au carrom (un jeu de société populaire en Inde) avec les jeunes jésuites de la communauté. Il a également été malade récemment, mais il est revenu au sein de la communauté Saint-Xavier après son traitement.

Il est originaire du Bangladesh de naissance, et il a servi comme premier évêque du diocèse de Baruipur (État du Bengale occidentale), en Inde, entre 1977 et 1995. Il a également été l’un des pionniers des missions jésuites au Bangladesh entre 1997 et 2014. Mgr Gomes est né le 7 septembre 1920 au village de Baliadior, dans la paroisse Saint-François-Xavier de Golla, à Dacca. Le Bengale oriental (aujourd’hui le Bangladesh) faisait alors partie de l’Inde britannique. Ses parents, Domingo et Anna Cecilia Gomes, ont eu quatre fils et quatre filles. Il a étudié au lycée de la Sainte-Croix de Bandura de 1930 à 1939. Trois des élèves catholiques qui ont été diplômés de l’établissement cette année-là sont devenus prêtres, dont Mgr Theotonious Amal Ganguly, premier archevêque bengali de Dacca, qui a été déclaré « serviteur de Dieu » en 2006, le père Joseph Dutta, prêtre diocésain, et Mgr Linus Nirmal Gomes. À sa sortie du lycée, il a étudié au Saint-Xavier’s College de Calcutta, dans le département des sciences.

De l’université au noviciat

Il y a rencontré le père Pierre Gomes, jésuite et enseignant, d’origine bangladaise – une rencontre qui a changé sa vie. « Un jour, le père Pierre Gomes m’a appelé et m’a demandé ce que je voulais faire une fois que j’aurais obtenu mon diplôme universitaire. Je lui ai dit que je voulais continuer d’étudier puis retourner dans ma région d’origine pour aider ma communauté. Il m’a alors dit doucement ‘si tu deviens jésuite, tu pourras étudier autant que tu le voudras ; tu pourrais aussi faire encore plus de bien pour les tiens en devenant jésuite’. J’ai été frappé par ses mots, et j’y ai pensé très souvent. » Après ses examens de fin d’année, il est retourné chez lui. Il y a rencontré son oncle maternel, le père Dominique Rozario, de la congrégation de la Sainte-Croix, alors curé de la paroisse du Saint-Rosaire de Tejgaon, à Dacca, afin d’échanger avec lui sur sa vocation. « Si tu penses que Dieu t’appelle, et si tu en as le désir, ce désir en lui-même est un appel. Si tu ressens dans ton cœur un grand désir de devenir prêtre, cela veut dire que Dieu est vraiment en train de t’appeler », lui a alors confié le prêtre.

De retour à Calcutta, le 20 juin 1942, il a rejoint le noviciat jésuite au Saint-Stanislaus College de Sitagarah, à Hazaribagh, dans l’État du Jharkhand. Le noviciat comptait alors 21 candidats sous la direction du père Augustine F. Wildermuth, un jésuite américain, devenu plus tard évêque de Patna, dans l’État de Bihar. Après deux années de formation, il a prononcé ses premiers vœux au sein de la congrégation. « Cela a été un des moments les plus joyeux de ma vie. Je me suis senti tellement heureux et apaisé d’appartenir à Dieu seul, pour servir son peuple », raconte-t-il. Il a ensuite étudié la philosophie à Kodaikanal, dans l’État du Tamil Nadu, de 1945 à 1948. Il a ensuite été diplômé en littérature bengalie en 1949, avant de compléter ses deux années de régence (temps de formation pastorale en dehors du séminaire), puis ses études de théologie (de 1952 à 1954). Le 21 novembre 1954, il a été ordonné prêtre aux côtés de 21 autres diacres à Kurseong, par les mains de Mgr Ferdinand Perier, alors archevêque de Calcutta.

« Le Seigneur vous donnera sa force »

En 1957, le jeune prêtre fut assigné à la paroisse Sainte-Thérèse de Moulali, à Calcutta, qui était alors la plus grande paroisse de l’archidiocèse, avec près de 13 000 catholiques. Il en est devenu le curé dix ans plus tard. Il a également été nommé proviseur du lycée Saint-Peter de Calcutta. Le 30 mai 1977, le pape Paul VI l’a nommé comme premier évêque du diocèse de Baruipur, tout juste créé. La lettre du pape l’a stupéfait, et il l’a gardée avec lui toute la journée, en se demandant quoi faire. « Le pape écrivait : ‘Je voudrais que vous soyez le premier évêque du diocèse de Baruipur. Faites-moi savoir si vous l’acceptez.’ Le Saint-Père disait ensuite ‘Vous ne pouvez en parler avec quiconque, sauf votre père spirituel. » Le jour suivant, il a rencontré son père spirituel, le père Henri Julian, pour lui lire la lettre. Ce dernier est resté silencieux avant de lui dire : « Vous êtes faible. Acceptez. Le Seigneur vous donnera sa force et vous aidera. » « C’est tout, juste trois phrases. Le père Henri était un homme saint », explique Mgr Gomes. Le 19 novembre 1977, il a été consacré évêque par le cardinal Lawrence T. Picachy. Il a regretté que son camarade du lycée de Dacca, Mgr T. A. Ganguly, ne puisse pas participer à la célébration, mais il était décédé seulement un mois plus tôt, le 2 septembre 1977, d’une crise cardiaque. « Je suis allé à ses funérailles. Il m’a vraiment manqué durant mon ordination épiscopale. Deux de mes sœurs sont également venues. »

Mission au Bangladesh

Mgr Gomes s’est donc installé à Baruipur et s’est attelé à faire vivre et dynamiser le diocèse, spirituellement et pastoralement, en visitant régulièrement les paroisses et institutions du diocèse. Il explique que les fidèles de Baruipur étaient simples, accueillants et respectueux. L’évêque est parvenu à construire et fortifier des communautés solides. Les gens aimaient venir à l’église et montraient de l’intérêt pour le catéchisme et la Biblep. « Nous vivions simplement, comme les nôtres. Ce n’était pas un diocèse sophistiqué. La plupart des fidèles étaient fermiers ou pisciculteurs. Il fallait permettre à tous d’accéder à l’éducation. C’est ce que nous essayions de faire dans toutes les paroisses », raconte l’évêque. Il a présenté sa démission à l’âge de 75 ans, le 31 octobre 1995, avant de rejoindre la mission jésuite au Bangladesh deux ans plus tard. « Le christianisme au Bangladesh a débuté avec l’arrivée des pères jésuites, quand ils sont venus en 1598. Ils y ont construit une première église près de Satkhira, dans le district de Jessore, qui a été consacrée en 1600. La mission s’est poursuivie jusqu’au XVIIe siècle. Après une longue absence, la Société de Jésus a tenté de revenir dans le pays. Je me suis joint à eux, et j’y suis resté pendant 14 ans, avec un groupe de jésuites », explique-t-il. Au Bangladesh, il s’est installé avec la délégation jésuite dans des maisons louées à Monipuripara et à Tejkunipara, dans le centre de Dacca. Plus tard, ils ont acheté une maison à Monipuripara à une famille catholique. Au début, il n’y avait pas de travail spécifique, mais la situation a rapidement évolué.

« Une fois installés dans la maison de Monipuripara, nous pouvions visiter régulièrement les familles catholiques. Beaucoup d’entre elles venaient de plus en plus à la messe du soir. Quand il n’y avait pas la messe du soir, nous allions dans les couvents alentour pour dire la messe », poursuit Mgr Gomes. La mission au Bangladesh s’est développée avec les années, en intégrant quelques candidats également. Actuellement, on compte sept pères jésuites bangladais. Ils dirigent un centre de formation à Dacca, ainsi qu’une paroisse dans le diocèse de Rajshahi, une maison de retraite, un autre centre de formation dans le district de Gazipur, et un mouvement de jeunes catholiques, Magis Bangla. Le père Jeyaraj Veluswamy, recteur de la communauté Saint-Xavier où Mgr Gomes s’est retiré, confie que pour lui, l’évêque centenaire est un modèle pour les jeunes. « Mgr Linus Nirmol Gomes est une source d’inspiration pour notre communauté », confie-t-il. Ses 100 ans ont été célébrés dignement avec les jésuites de Calcutta et d’autres confrères, avec une célébration eucharistique et une fête d’anniversaire. L’évêque, avec joie et gratitude, leur a confié à cette occasion : « Nous sommes choisis pour travailler pour Dieu, et non pour nous-mêmes. Je vous aime tous de tout mon cœur. »

(Avec Ucanews, Dacca et Calcutta)


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