Eglises d'Asie

Chômage : l’accès au travail toujours difficile pour la minorité chrétienne

Publié le 09/07/2019




Le 27 juin, le ministre fédéral des Affaires de minorités, Mukhtar Abbas Naqvi, a présenté les résultats d’une étude du gouvernement au parlement, sur la population active indienne et la situation du chômage en Inde (pour la période 2017-2018). Selon l’étude, parmi toutes les catégories religieuses, les hommes chrétiens sont ceux qui sont frappés par le plus fort taux de chômage. Dans les communautés rurales, 6,9 % des chrétiens sont en recherche d’emploi, contre 5,7 % pour les hindous et 6,7 % pour les musulmans. Le taux de chômage des chrétiens vivant en ville est encore plus élevé avec 8,8 %. Près de 60 % des chrétiens en Inde sont issus des communautés dalit ou indigènes.

Teresa Massi, qui vend des fruits au bord de la route dans l’État de l’Uttar Pradesh, confie que la décision la plus difficile de sa vie a été de forcer son fils de 13 ans à quitter l’école alors qu’il était en 3e. La femme de 47 ans, une chrétienne Dalit (intouchables), s’était retrouvée dans la misère après la mort de son mari, des suites d’un cancer du foie. Son fils Jacob est l’aîné de ses trois enfants, et elle avait besoin de lui. « Il n’y avait que Dieu pour m’aider. J’ai rassemblé mon courage et j’ai demandé à Jacob d’abandonner ses études pour qu’il puisse commencer à gagner de l’argent. C’était vraiment dur, mais il l’a fait », raconte Teresa. À l’époque, Jacob espérait devenir instituteur dans le public. Il a aujourd’hui 23 ans, et il gagne sa vie comme peintre en bâtiment. « Il a dû renoncer à devenir enseignant. L’année dernière, il n’a même pas pu trouver du travail parmi les emplois publics peu qualifiés. Il y avait des centaines de candidats plus qualifiés que lui », regrette sa mère. Le sort de sa famille n’est pas unique, et correspond à la tendance actuelle en Inde, ainsi que le démontre une étude du gouvernement qui a été présentée au parlement national le 27 juin. Parmi toutes les catégories religieuses, les hommes chrétiens sont les plus touchés par le chômage, selon l’étude, correspondant à la période 2017-2018.

Dans les communautés rurales, 6,9 % des chrétiens sont concernés, contre 5,7 % pour les hindous et 6,7 % pour les musulmans. Le taux est encore plus élevé pour les chrétiens vivant en ville, avec 8,8 % de chômage selon les résultats de l’étude, qui ont été présentés par le ministre fédéral des Affaires de minorités, Mukhtar Abbas Naqvi. Pour Vijayesh Lal, secrétaire général de la fraternité évangélique d’Inde, ces résultats doivent inciter les Église chrétiennes en Inde à redoubler d’efforts pour aider les chrétiens démunis. « Nous savions déjà que la communauté chrétienne était pauvre, mais les chiffres du gouvernement nous ont choqués », ajoute-t-il, estimant que les autorités chrétiennes n’avaient pas réalisé à quel point les chrétiens supportaient des situations dramatiques. « L’Église doit réfléchir afin de trouver comment soutenir les nôtres », insiste-t-il. Vijayesh Lal confie que ces quinze dernières années, de nombreux groupes chrétiens ont demandé au gouvernement de nommer un comité afin d’étudier la situation de la communauté chrétienne et d’examiner leur statut économique et social.

60 % des chrétiens issus des communautés dalits ou indigènes

Les chrétiens d’origine dalit n’ont pas droit aux avantages accordés pour l’avancement social des Dalits, soi-disant parce que les chrétiens n’ont pas de caste. Ces avantages comprennent des réductions des frais de scolarité et des postes réservés parmi les emplois publics. Le chômage parmi les chrétiens doit pousser les Églises à mettre en place des mesures adaptées, demande Joseph Dias, du Forum laïc catholique de Mumbai. « Dans tout le pays, des groupes chrétiens dirigent des hôpitaux, des programmes de développement et d’autres services sociaux auprès des non chrétiens », poursuit Joseph Dias. « Il est temps de donner la priorité aux chrétiens les plus démunis, parce qu’ils méritent nos services plus que tous les autres. » Joseph assure que les subventions du gouvernement accordées aux minorités religieuses sont souvent destinées à la communauté musulmane. Il insiste pour que les autorités chrétiennes fassent pression pour demander des avantages pour leurs communautés, comme des bourses d’études pour les plus pauvres. « Malheureusement, le gouvernement et d’autres groupes politiques se tournent avant tout vers les musulmans pour rechercher des votes », affirme Joseph Dias. « Les chrétiens sont négligés lors des élections, et les votes musulmans sont décisifs dans plusieurs États ; c’est pourquoi une grande partie des subventions leur sont destinées. » Le pays compte 29 millions de chrétiens sur 1,3 milliard d’habitants (soit environ 2,3 %), tandis que les musulmans, avec 172 millions de fidèles, représentent la plus grande minorité et une influence non négligeable lors des élections.

Près de 60 % des chrétiens indiens sont issus des communautés dalits ou indigènes. Des groupes minoritaires comme les chrétiens et les musulmans reçoivent des avantages du gouvernement pour soutenir les études des jeunes, mais les chrétiens les plus démunis ne sont pas toujours au courant de l’existence de tels programmes, expliquent les autorités chrétiennes. De plus, malgré les bonnes intentions du gouvernement, la bureaucratie retarde le versement de ces aides, assure Alex Dislava, un étudiant chrétien qui poursuit des études de troisième cycle en histoire indienne moderne à l’université de Delhi, et qui précise que lui-même a demandé une bourse. « Il y a quantité de formalités qui prennent beaucoup de temps, et si vous êtes suffisamment persévérant pour aller jusqu’au bout, vous devez patienter plusieurs mois. C’est comme ça », explique-t-il. L’étudiant de 26 ans confie que les bourses d’études prévues pour les chrétiens sont rarement accordées, affirmant qu’elles sont « traitées d’une manière plus que légère » par les autorités. Selon lui, ni le gouvernement ni les autorités chrétiennes ne consacrent suffisamment d’attention aux difficultés traversées par les étudiants chrétiens ou par ceux qui cherchent du travail. « Les chrétiens, surtout dans les régions rurales, sont ceux qui sont les plus marginalisés. Personne ne s’intéresse à leur situation sociale et économique », souligne Alex Dislava. Le père Savarimuthu Shankar, porte-parole de l’archidiocèse de Delhi, reconnaît que les institutions chrétiennes dans le pays ne font pas autant que ce qu’elles pourraient pour faire face à cette situation. « Il faut qu’il y ait une feuille de route bien établie afin de permettre aux étudiants chrétiens de se former correctement et de se préparer à la vie professionnelle, en plus des aides financières », confie le père Shankar. « Si nous ne prenons pas les choses en main, la situation pourrait devenir catastrophique », signale-il.

(Avec Ucanews, New Delhi)


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