Eglises d'Asie

Chômage : les évêques philippins interpellent le gouvernement

Publié le 16/11/2018




Tandis qu’une déclaration du gouvernement annonçant des primes de fin d’année pour près d’1,5 million de fonctionnaires philippins, une enquête publiée en septembre révèle un taux de chômage de 22 %, soit près de 9,8 millions de personnes. Face à cette situation, l’évêque auxiliaire de Manille, Mgr Broderic Pabillo, a incité le gouvernement à éviter d’embaucher des travailleurs étrangers pour ses travaux d’infrastructures.

L’annonce que plus d’1,5 million de fonctionnaires philippins recevraient des primes cette semaine est tombée en même temps qu’une étude révélant qu’un million d’autres Philippins avaient perdu leur travail ce dernier trimestre. Le gouvernement a en effet annoncé que tous les fonctionnaires qualifiés recevraient, dès le 15 novembre, une prime de cent dollars US. Le gouvernement a également alloué environ 680 millions de dollars US aux primes de fin d’année. Cependant, une enquête de l’institut de sondage indépendant SWS (Social weather Stations), dont les résultats ont été publiés en septembre, a également révélé que durant le dernier trimestre, le taux de chômage s’élevait à 22 %, soit 9,8 millions de Philippins. Un chiffre 2,3 % plus élevé que lors de la dernière enquête réalisée en juin, qui indiquait un taux de chômage de 19,7 %. Les personnes considérées comme au chômage comprennent les démissions, les licenciements économiques et ceux qui cherchent du travail pour la première fois.

Pourtant selon le ministère du travail et de l’emploi, ces chiffres ne prennent pas en compte le nombre de personnes qualifiées qui ont choisi de ne pas travailler. Son enquête réalisée en juillet indiquait que 5,4 % de la population seulement était sans emploi. L’enquête prenait en compte les personnes âgées de plus de 15 ans, tandis que l’enquête de l’institut SWS ne comptait que les plus de 18 ans. « Il y a du travail, mais des personnes qualifiées choisissent de ne pas travailler. On ne peut pas les considérer comme sans emploi puisque c’est leur choix », a affirmé le secrétaire d’État Silvestre Bello III. La dernière enquête de l’institut SWS se montre également moins optimiste quant aux emplois disponibles, par rapport à celle de juin. L’évêque auxiliaire de Manille, Mgr Broderic Pabillo, a confié que pour diminuer le chômage, le gouvernement ne devait pas autoriser les responsables des projets d’infrastructures du gouvernement à employer des travailleurs étrangers.

Le sénateur Franklin Drilon, représentant des minorités au Sénat, a déclaré qu’on compte plus d’un demi-million de travailleurs étrangers, chinois pour la plupart, rien que dans la capitale philippine. Les chiffres du Bureau de l’emploi local, toutefois, indiquent qu’entre 2015 et 2017, seulement 115 652 étrangers ont obtenu un permis de travail dans le pays. « Le gouvernement doit former et reconvertir les travailleurs pour s’adapter aux emplois disponibles », souligne Mgr Pabillo. Mgr Ruperto Santos, de la Commission épiscopale pour les migrants et les personnes itinérantes, ajoute qu’il est « impératif que le gouvernement se donne pour priorité de soutenir l’économie et de créer des emplois ». L’évêque invite le gouvernement à créer des emplois « stables, sûrs et sécurisés », parce que « sans travail, ici, les gens sont obligés d’émigrer ».


CRÉDITS

Photo Basilio Sepe