Eglises d'Asie

Coronavirus : des travailleurs migrants de Varanasi face à la crise

Publié le 07/04/2020




Ashfaq Alamis et sa belle-mère, Fazila Bibi, deux migrants de Murshidabad, dans l’État du Bengale occidental, sont tous deux originaires de Varanasi, dans l’Uttar Pradesh. Ils sont venus dans la région pour trouver du travail et mieux soutenir leurs familles. Mais aujourd’hui, ils risquent de tout perdre, suite au confinement total décidé par le Premier ministre Narendra Modi contre la pandémie. La fermeture de tous les commerces et transports non essentiels a débuté le 29 mars pour une durée d’au moins 21 jours.

Ashfaq Alamis, 43 ans, est un travailleur à la journée. Avant le confinement, il transportait un chariot dans les rues afin de vendre des objets et de la nourriture en ville. Aujourd’hui, il est sans travail et privé de revenus. « Je travaille ici depuis cinq ans, mais dans ces conditions, je ne vais pas pouvoir travailler durant au moins trois semaines. Sans travail, je n’ai plus rien. Nous n’avons plus d’argent pour acheter de quoi manger, nous n’avons rien : les perspectives d’avenir semblent vraiment difficiles pour nous. Pourtant, ces dernières années, j’ai pu envoyer de l’argent chez moi, pour ma femme et mes enfants, qui vivent à Murshidabad. Mais maintenant, sans travail, même eux vont se retrouver sans rien. » Le sort d’Ashfaq illustre ce que vivent plusieurs millions de travailleurs à la journée dans tout le pays, privés de travail du jour au lendemain, sans revenus, voire même sans toit ni nourriture. Au moins 120 millions de personnes sont concernées dans l’ensemble de l’Inde, dont beaucoup tentent de rentrer dans leurs villages d’origine. En l’absence de transports, beaucoup d’entre eux vont devoir rentrer à pied, pour certains sur plusieurs centaines de kilomètres. Narendra Modi a présenté ses excuses pour les difficultés que la situation impose aux citoyens indiens, tout en garantissant que « grâce à ces mesures, l’Inde parviendra à vaincre le coronavirus ». Ashfaq, de son côté, affirme que « le gouvernement ne nous aide pas ». « Nous ne survivons que grâce à l’aide alimentaire du père Anand », ajoute-t-il.

Le père Anand Matthew, directeur du centre Vishwa Jyoti Communications de Varanasi, a décidé de créer une équipe afin de venir en aide aux habitants des bidonvilles de Varanasi et aux Dalits (intouchables) du district. « J’étais tellement heureux de pouvoir travailler et gagner de l’argent pour ma famille », déplore Ashfaq. « Maintenant, je suis même privé de ma dignité et je reçois de l’aide alimentaire pour survivre. Je n’ai plus de quoi payer le loyer et je risque d’être expulsé par le propriétaire ; nous risquons de devenir des mendiants et des sans-abris, dans ces conditions. » Fazila Bibi, sa belle-mère, âgée de 62 ans, n’est pas plus optimiste : « Durant trois jours d’affilée, je n’ai rien cuisiné parce que je n’avais ni nourriture ni argent pour en acheter. Nous traversons une période dramatique et dénuée d’espérance. Bien sûr, les prêtres nous aident, mais combien de temps cela pourra-t-il durer ? Et il y a beaucoup de gens comme nous ; les pères doivent distribuer des aides alimentaires à de nombreuses familles. Il y a des enfants affamés, et eux aussi doivent manger pour survivre. Je n’ai plus de larmes pour pleurer, j’espère seulement que je pourrai rester en vie pour revoir ma famille à Murshidabad. » Au 3 avril, les chiffres officiels de la pandémie en Inde indiquaient 2 301 infections confirmées et 56 décès. Dans un message vidéo publié vendredi dernier, le Premier ministre Narendra Modi a invité la population à allumer une bougie devant chez eux le dimanche 5 avril à 21h, tout en éteignant les lumières dans leurs maisons pendant neuf minutes, en signe de solidarité dans la lutte contre le virus.

(Avec Asianews, Varanasi)


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