Eglises d'Asie

Coronavirus : le diocèse de Jabalpur lance une campagne de sensibilisation auprès des communautés indigènes

Publié le 24/04/2020




L’État du Madhya Pradesh fait partie des États indiens les plus touchés par la pandémie, avec Maharashtra, le Gujarat, Delh, le Rajasthan et le Tamil Nadu. Sur un total de 21 370 cas positifs dénombrés au 22 avril, dont 681 décès, la plupart ont cependant été enregistrés dans des villes comme Mumbai et New Delhi, alors que la plupart des villages continuent d’être épargnés. Mais alors que les experts sanitaires du pays cherchent à tout prix à éviter la propagation du virus dans les villages indigènes, le diocèse de Jabalpur a lancé une campagne de sensibilisation auprès d’eux afin de prévenir tout risque de contagion, tout en offrant une aide alimentaire aux plus vulnérables.

Les missionnaires catholiques du Madhya Pradesh parcourent de longues distances, ces jours-ci, pour sensibiliser les populations indigènes sur les mesures à prendre contre la propagation du coronavirus, dans un des États les plus touchés du pays. Près de 150 volontaires, dont 45 prêtres du diocèse de Jabalpur, ont participé à cette mission particulière auprès des villages les plus reculés de la région, où vivent les communautés tribales Gond et Baiga, afin de leur apprendre à mieux prévenir la contagion. Beaucoup d’entre eux n’avaient pas encore entendu parler de la pandémie. « Bien sûr, tout ceci est fait avec l’accord écrit des autorités, dont la police, afin d’éviter toute confusion », souligne le père Thankachan Jose, prêtre du diocèse. Certains villageois vivant dans ces régions éloignées sont coupés du reste du monde, et leur isolement s’est accentué avec le confinement généralisé du pays, imposé depuis le 25 mars, et qui a interdit tous les modes de transport. La plupart de ces villageois vivent loin des routes praticables par les véhicules motorisés. « Parfois, nous devons marcher sur plusieurs kilomètres pour pouvoir atteindre certains villages », explique le père Jose. Par exemple, la communauté indigène Baiga vit en majorité dans la forêt, ajoute le prêtre, curé d’une paroisse du district de Mandla où vivent de nombreux membres de la communauté Ghughri.

Le père Thankachan Jose confie que la plupart d’entre eux manquent de tout, y compris de nourriture, d’eau potable et de logements décents. Il ajoute qu’avec le début de la saison estival, en avril, la situation a empiré. « Le manque d’eau potable est un problème pour beaucoup d’entre eux. Ils dépendent de la forêt pour leur nourriture, et la venue de l’été s’accompagne pour eux d’une pénurie alimentaire, qui entraîne encore plus de misère. » Le père Jose explique qu’au 20 avril, il avait déjà visité plus de cent familles Baiga et Gond. Il précise que ces gens ne savaient rien du Covid-19, étant dénués de tous moyens de communication et d’accès à la radio, à la télévision ou aux journaux. La plupart d’entre eux sont par ailleurs illettrés. Le père Jose leur a parlé en respectant les mesures d’hygiènes et en évitant d’accepter leur cérémonie d’accueil traditionnelle, alors qu’ils ont l’habitude de laver les pieds des nouveaux venus. « Je leur ai conseillé de ne pas suivre cette coutume tant que la menace de la pandémie demeure. Ils ont accepté. » Puisqu’ils n’ont pas de masques, désormais, ils prennent l’habitude de se couvrir le visage avec des étoffes qu’ils utilisent généralement pour se protéger de la chaleur. Le prêtre leur a également donné de la nourriture afin d’éviter aux plus vulnérable d’entre eux « de se coucher le ventre vide ».

Une mission diocésaine

Comme le père Jose, d’autres prêtres de Jabalpur sont envoyés dans les villages par Mgr Gerald Almeida, évêque du diocèse, pour sensibiliser la population indigène locale. « Nos prêtres s’occupent de campagnes de sensibilisation dans plus de 50 stations missionnaires. Chacune de ses missions couvrent près de 20 villages », explique le père Georges Thomas, qui dirige la branche sociale du diocèse de Jabalpur. Le père Thomas lui-même a visité 26 villages depuis le début du confinement. « Plusieurs prêtres partent avec un ou deux volontaires », ajoute-t-il. Les prêtres et volontaires ont également informé la police une fois de retour, afin de permettre aux autorités de se rendre compte de l’évolution de leurs campagnes. Gulzar Singh Markam, un chef indigène Gond, reconnaît que les villageois ne sont pas conscients de la menace du coronavirus. Il confie que la campagne lancée par les prêtres « nous a donné les moyens de nous protéger ». Le nombre de cas d’infection dans l’État du Madhya Pradesh, qui double toutes les deux semaines ces derniers temps, a atteint 1 590 malades au 22 avril, dont 80 sont décédés. Le Madhya Pradesh est le sixième État le plus touché sur les 29 que compte le pays, après le Maharashtra, le Gujarat, Delhi, le Rajasthan et le Tamil Nadu.

Sur un total de 21 370 cas positifs, dont 681 décès, la plupart ont été enregistrés dans des villes comme Mumbai et New Delhi, alors que la plupart des villages continuent d’être épargnés. « Les missionnaires font un travail formidable pour prévenir la tragédie », assure Gulzar Singh Markam, alors que les experts sanitaires du pays cherchent à tout prix à éviter la contagion dans les régions indigènes et dans les villages. « Avant, ils étaient accusés de conversions forcés. Mais aujourd’hui, alors que tout le monde a peur des contacts trop rapprochés, les chrétiens montrent une fois de plus leur amour pour l’humanité », poursuit-il.  Le Madhya Pradesh fait partie des États du nord de l’Inde où certains groupes hindous s’en prennent souvent aux missionnaires, en présentant leurs œuvres sociales comme une façade cachant la conversion des plus pauvres au christianisme. Ainsi, au fil des années, plusieurs centaines de plaintes ont été déposées contre les chrétiens, les accusant de violer les lois anti-conversion. Toutefois, aucun d’entre eux n’a encore été condamné à ce jour.

(Avec Ucanews)


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