Eglises d'Asie

Covid-19 : la commission de l’ONU aux droits de l’homme s’inquiète du renforcement de la censure dans douze pays asiatiques

Publié le 11/06/2020




Le 3 juin, Michelle Bachelet, Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, a publié un communiqué ciblant le durcissement de la censure en Chine et dans onze autres pays asiatiques – Inde, Indonésie, Bangladesh, Cambodge, Malaisie, Birmanie, Népal, Philippines, Sri Lanka, Thaïlande et Vietnam. Deux jours plus tard, les missions permanentes (auprès de l’Office des Nations Unies à Genève) de huit des pays accusés ont réagi – sans nier –, en appelant la commission à « contribuer plutôt que d’entraver » leurs actions, concentrées « contre la propagation de la pandémie ». Michelle Bachelet a souligné qu’une « diversité de points de vue peut engendrer une meilleure compréhension des défis à relever et nous aider à mieux dépasser ces épreuves ».

Une peinture murale qui a conduit, en avril, à l’arrestation de trois artistes de Myitkyina, capitale de l’État Kachin en Birmanie.

Mercredi 3 juin, Michelle Bachelet, Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, a publié un communiqué critiquant le durcissement de la censure en Chine et dans d’autres pays asiatiques depuis le début de la crise sanitaire mondiale, notamment sur les chiffres officiels du nombre d’infections et de décès. Selon Michelle Bachelet, douze pays asiatiques – la Chine, l’Inde, l’Indonésie, le Bangladesh, le Cambodge, la Malaisie, la Birmanie, le Népal, les Philippines, le Sri Lanka, la Thaïlande et le Vietnam – ont détourné les lois contre les fake news afin de réprimer « la liberté d’expression, en particulier le débat public et les critiques contre les politiques gouvernementales ». Selon la Commission de l’ONU aux droits de l’homme, ces pays ont entravé la libre circulation de l’information concernant la propagation de la pandémie, et arrêté des journalistes, soignants, défenseurs des droits de l’homme et civils opposés à l’action des autorités. Le 5 juin, huit pays asiatiques ont réagi aux accusations dans un communiqué conjoint, en demandant à la commission de jouer « un rôle responsable » et de « contribuer plutôt que d’entraver » la tâche des gouvernements en question, « préoccupés avant tout » par la sécurité de leurs populations.

Dans ce contexte pandémique, « la propagation de désinformations malfaisantes et de mensonges » représente « une menace envers la santé publique », ont ajouté les huit États dans leur communiqué, sans nier être intervenu dans le débat public et les publications des médias. Selon eux, ces gouvernements ont été forcés de prendre des mesures exceptionnelles « pour poursuivre en justice les personnes responsables de désinformations et de publications trompeuses ». Toutefois, la Chine, le Sri Lanka, le Népal et la Malaisie ne font partie des signataires du communiqué conjoint, publié par les missions permanentes (auprès de l’Office des Nations Unies à Genève) des huit autres pays accusés. De son côté, Michelle Bachelet a reconnu « l’intérêt légitime » des douze gouvernements en question à « contrôler les fausses informations dans un contexte volatil et sensible », tout en soulignant que cela devait être « équilibré » et sans entraver la liberté d’expression. Selon elle, de telles mesures doivent « respecter les principes de légalité, de nécessité et de proportionnalité », « servir l’objectif légitime de la santé publique » et être appliquées de la façon la moins intrusive possible.

Manipulation des lois sur la cybersécurité et anti-fake news

En Inde, plusieurs journalistes et défenseurs des droits de l’homme ainsi qu’un médecin ont été poursuivis par la police à cause de leurs critiques des actions des autorités indiennes contre le Covid-19. À Mumbai, capitale commerciale de l’Inde et l’une des villes les plus touchées du pays par la pandémie, la police a interdit les incitations à la méfiance envers les autorités et leurs actions contre la propagation de la pandémie, dénonce la Commission de l’ONU aux droits de l’homme. Selon Michelle Bachelet, plusieurs journalistes indiens ont été ciblés pour avoir pointé des insuffisances dans la gestion de la crise ou pour des publications non approuvées par les autorités. Au Bangladesh, au cours des trois derniers mois, plusieurs dizaines de personnes, accusées de désinformation ou d’avoir critiqué le gouvernement, ont fait l’objet de plaintes dans le cadre de la loi sur la cybersécurité, a affirmé Michelle Bachelet. Au Cambodge, la Commission de l’ONU a cité l’arrestation de trente personnes, dont six femmes et une adolescente de 14 ans, pour des commentaires liés au Covid-19 sur les réseaux sociaux. Beaucoup d’entre eux ont été condamnés pour la publication de fake news.

En Chine, la commission a déclaré avoir reçu des informations à propos de la détention de plusieurs dizaines de soignants, d’universitaires et de citoyens ordinaires. En Indonésie, Michelle Bachelet a affirmé qu’au moins 51 personnes ont fait l’objet d’investigations dans le cadre de la loi pénale sur la diffamation, dont trois hommes qui ont été arrêtés pour avoir publié un message sur les réseaux sociaux. En Malaisie, un correspondant du South China Morning Post fait l’objet de poursuites. D’après la Commission de l’ONU, selon des estimations officielles, la Commission malaisienne sur les communications et le multimédia a déposé au moins 265 plaintes concernant des accusations de fausses informations sur le Covid-19. En Birmanie, d’après Michelle Bachelet, trois artistes de l’État Kachin ont été arrêtés le 3 avril à cause d’une peinture murale accusée d’avoir insulté le bouddhisme. Le 21 mai, le rédacteur en chef a également été condamné pour « une déclaration qui pourrait inciter à la panique ou à la mutinerie ». Au Népal, le gouvernement a utilisé une loi sur la cybersécurité pour arrêter un fonctionnaire accusé d’avoir critiqué les autorités.

« Une diversité de regards est utile pour dépasser les épreuves »

Aux Philippines, selon la Commission de l’ONU, des arrestations similaires ont eu lieu dans le cadre de la nouvelle législation spéciale contre le Covid-19. Au Sri Lanka, l’inspecteur général de la police en exercice a menacé d’arrêter toute personne se montrant critique ou relevant des insuffisances dans l’action des autorités contre le coronavirus, ou partageant des messages « mensongers » ou « malfaisants ». En Thaïlande, le centre anti-fake news du ministère de l’Économie et de la Société numériques et la police royale thaïlandaise mènent des opérations conjointes afin de réprimer les contenus des réseaux sociaux dans le cadre de la pandémie. Par ailleurs, au Vietnam, depuis le début de la crise sanitaire, Michelle Bachelet a rapporté la convocation et l’interrogatoire de plus de 600 utilisateurs de Facebook, concernant des publications sur la pandémie. Pour elle, la crise sanitaire « ne doit pas être utilisée pour réprimer les oppositions, la libre circulation de l’information et le débat public ». « Une diversité de points de vue peut engendrer une meilleure compréhension des défis à relever et nous aider à mieux dépasser ces épreuves », a souligné Michelle Bachelet dans son communiqué.

(Avec Ucanews)


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