Eglises d'Asie

Covid-19 : malgré les mesures du gouvernement indonésien, la pauvreté et le chômage augmentent

Publié le 22/10/2020




Selon le ministre indonésien des Finances, Sri Mulyani Indrawati, le pays compte un nombre considérable de populations vulnérables et fragilisées, qui risquerait de « basculer dans la pauvreté » en cas de récession. Malgré les efforts du gouvernement de Jakarta, qui a investi pour soutenir l’économie locale et les demandeurs d’emploi, le chômage et la pauvreté continuent de s’aggraver dans le pays en raison de la pandémie. Parmi les plus fragilisés, on compte près de 132 millions de travailleurs dépendant du secteur informel de l’économie, ainsi que 11 millions de mères célibataires et de nombreuses familles.

Des ouvriers indonésiens bloquent une route durant un mouvement social contre un projet de loi sur la création d’emplois, le 6 octobre 2020 à Bandung.

Malgré les efforts du gouvernement pour compenser les conséquences économiques de la pandémie, la pauvreté et le chômage s’aggravent en Indonésie. Plusieurs millions d’habitants ont perdu leur principale source de revenus, et beaucoup n’ont pas accès aux allocations, aux aides alimentaires et autres soutiens financiers ou matériels. Parmi eux, on compte les travailleurs et les autoentrepreneurs du secteur informel de l’économie indonésienne, qui embauche une grande partie de la population active locale (qui compte 131 millions de personnes). On compte aussi de nombreuses familles qui ont cessé de toucher l’argent envoyé habituellement par leurs proches depuis l’étranger – et qui ont dû rentrer aux pays durant la pandémie. Le pays compte aussi près de 11 millions de mères célibataires, dont beaucoup ont été affectées par la situation. Selon Statistics Indonesia, le coronavirus a aggravé le nombre de familles pauvres dans la province de Java, la première région touchée par la pandémie dans le pays – suivie par Bali, dont l’économie dépend majoritairement du tourisme. Par ailleurs, selon le Bureau islamique des affaires religieuses de Surabaya, dans la province de Java oriental, le nombre de divorces a augmenté dans la région, en s’élevant à 40 voire 50 cas par jour – dont la majorité ont été déposés par des femmes évoquant des raisons économiques. Alors que le pays prévoit près de 10 millions de demandeurs d’emploi d’ici fin 2020, et au moins 28 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté (fixé à 454 652 roupies par mois, soit 26 euros), de nombreux Indonésiens supplémentaires risquent de basculer dans la pauvreté avant le Nouvel An.

La classe moyenne indonésienne fragilisée

Chaque année, près de trois millions de nouveaux demandeurs d’emploi entrent sur le marché du travail indonésien. « Ceux qui ne parviennent pas à trouver de travail dans le secteur formel doivent ouvrir leur propre affaire pour pouvoir nourrir leurs proches », confie Teten Masduki, ministre des Coopératives et des Petites et Moyennes entreprises, cité par le quotidien Kompas. Début octobre, le président Joko Widodo a déclaré que sur une première aide de 123,5 mille milliards de roupies (7,08 milliards d’euros) allouée aux entreprises, 76 % ont déjà été dépensés. Toutefois, sur la totalité des fonds annoncés pour relancer l’économie (soit 695 mille milliards de roupies, soit 39,6 milliards d’euros), seuls 43,8 % ont été utilisés à l’heure actuelle. Alors que la majorité des aides sont consacrées aux dépenses sociales, les dépenses sanitaires restent insuffisantes. Le pays compte presque 270 millions d’habitants, mais on ne compte qu’1,3 médecins pour 10 000 personnes, et trop peu d’équipements médicaux en dehors de l’île de Java.

Entre mars et octobre, par ailleurs, 136 médecins, dont 63 spécialistes, ainsi que 92 infirmières et autres membres du corps médical, sont décédés du Covid-19. Les experts appellent à une distribution plus flexible des aides, malgré les risques d’erreurs de versements. En janvier, avant la pandémie, la Banque mondiale a affirmé que la classe moyenne indonésienne pouvait passer de 52 à 115 millions de personnes en améliorant l’éducation secondaire dans le pays. Mais depuis, cet objectif est devenu inatteignable, au moins à court terme. L’an dernier, plus de 3,7 millions de travailleurs migrants indonésiens ont envoyé un total de 10,9 milliards de dollars US depuis l’étranger à leurs familles – des sources de revenus qui ont disparu avec leur retour forcé. « Alors que le pays compte un nombre considérable de personnes vulnérables, un choc économique comme une récession les ferait basculer dans la pauvreté », souligne Sri Mulyani Indrawati, ministre des Finances.

(Avec Asianews, Jakarta)


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