Eglises d'Asie

Des drapeaux safran érigés sur des églises par des extrémistes hindous dans l’État du Madhya Pradesh

Publié le 25/01/2024




Alors qu’un temple géant vient d’être inauguré en grande pompe à Ayodhya, des groupes nationalistes hindous ont ciblé plusieurs églises de l’État central du Madhya Pradesh, afin d’y planter des drapeaux couleur safran en acclamant Ram, la divinité hindoue à laquelle le nouveau temple est dédié. Des évènements qui montrent combien la consécration du temple symbolise une transformation majeure de l’Inde, de la démocratie et d’un modèle de laïcité à l’indienne à un nouveau paysage menaçant pour les minorités religieuses.

Le 21 janvier, des extrémistes plantent un drapeau hindou couleur safran au sommet d’une église protestante dans l’État central indien du Madhya Pradesh.

Un drapeau hindou couleur safran a été planté sur le toit d’une église afin de « célébrer » l’inauguration du Ram Mandir, le grand temple hindou devenu un symbole phare du nationalisme hindou.

Dimanche dernier, la veille de la consécration fastueuse du temple à Ayodhya (dans l’Uttar Pradesh dans le nord de l’Inde) en présence du Premier ministre Narendra Modi, un large groupe d’extrémistes hindous a ciblé plusieurs églises chrétiennes à plusieurs centaines de kilomètres de là, à Jhabua, un district de l’État central du Madhya Pradesh. Des drapeaux safran ont été plantés avec des louanges à Ram, la divinité hindoue à laquelle le nouveau temple est dédié.

Des images devenues virales montrent un homme grimpant sur le toit d’une église évangélique du village de Matasula (qui compte une minorité indigène) afin d’ériger un drapeau nationaliste hindou au-dessus de la croix. « C’est arrivé à environ 16 heures », a raconté le pasteur Kidar Singh, qui dirige une communauté affiliée à l’Église de l’Inde du Sud (une Église protestante autonome du sud de l’Inde). « Plus de 50 d’entre eux se sont rassemblés et voulaient installer des drapeaux safran sur ma maison et au sommet de l’église. Ils ont menacé de faire démolir l’église sous prétexte de fausses accusations de conversions illégales », a-t-il signalé.

L’Église catholique au Madhya Pradesh demande à l’État de renforcer la sécurité

Des scènes similaires se sont répétées dans trois autres villages de la région, tout ceci alors que des responsables religieux non hindous au Madhya Pradesh ont publié des messages de félicitations à l’occasion de l’inauguration du temple. Mgr Pierre Kharadi, évêque catholique de Jhabua, a notamment envoyé ses meilleurs vœux « au nom de toute la communauté chrétienne catholique ».

Les salles de prière des trois villages, appartenant à l’Église pentecôtiste Shalom, ont été ciblées également par les mêmes procédés. Mgr Paul Muniya, l’évêque pentecôtiste local, a déclaré que la police avait essayé de convaincre sa communauté de ne pas porter plainte. « Ils nous ont conseillé de gérer la situation avec amour, comme c’est enseigné dans notre religion », a-t-il confié. « Ils nous ont assuré qu’ils déposeraient un procès-verbal introductif [First Information Report – FIR] si de tels incidents devaient se reproduire, mais pour l’instant, ils ne feront rien parce qu’il y a beaucoup de pressions qui viennent d’en-haut. »

Le père Rockey Shah, du diocèse catholique de Jhabua, explique qu’ils ont rencontré le commissaire de police avec qui ils ont « parlé du maintien de l’ordre ». « L’Église a deux évènements importants prévus ce week-end et nous leur avons demandé de renforcer la sécurité. Le 26 janvier, tous nos établissements éducatifs chrétiens célébreront avec éclat le Jour de la république [une fête nationale en Inde, qui marque tous les 26 janvier l’entrée en vigueur de la Constitution de l’Inde en 1950]. Et le 27 janvier, il y a aura aussi l’ordination de l’évêque de Jhabua. »

« Il n’a pas besoin de nouvelle Constitution, il a déjà remodelé le pays »

Ces évènements montrent combien l’inauguration du nouveau temple géant à Ayodhya est une étape majeure dans la transformation de l’Inde, d’un modèle de démocratie à l’indienne et de laïcité (appelée plutôt « sécularisme » et interprétée comme l’unité et la fraternité du peuple indien autour de nombreuses confessions religieuses) à un nouveau paysage menaçant pour les minorités religieuses, en particulier les musulmans et les chrétiens.

Quand Modi est devenu Premier ministre pour la première fois, en menant son parti pro-hindou du BJP (Bharatiya Janata Party) à la victoire lors des élections nationales de 2014, il n’était alors que ministre en chef du Gujarat, un des 28 États indiens. Cette victoire a été appuyée par plusieurs décennies de campagne du mouvement nationaliste hindou du RSS (Rashtriya Swayamsevak Sangh), qui soutient l’idée d’une hégémonie hindoue en Inde. Depuis, le BJP et le RSS n’ont pas perdu de vue cet objectif de faire de l’Inde une nation exclusivement hindoue.

Beaucoup ont annoncé qu’un second mandat, remporté par le BJP en 2019 après avoir remporté encore plus de sièges au Parlement, mènerait à certains changements dans la Constitution indienne, en faveur de ce projet. Mais l’administration indienne n’a montré aucun signe de précipitation dans ce sens. « En tant que Premier ministre, il n’a pas besoin de changer la Constitution écrite. Si on regarde attentivement, on voit qu’il a déjà remodelé le pays sous sa gouvernance », souligne Ashutosh Talukdar, un spécialiste en sciences sociales basé dans l’Assam.

Pour les chrétiens, le défi sera de reconsidérer et de repenser leur mission, en particulier en matière d’évangélisation, alors que des groupes extrémistes hindous, dépendant du RSS, ont demandé un moratoire sur les conversions religieuses dans le pays. Les chrétiens reçoivent déjà des demandes de placer des statues de Saraswati (la déesse hindoue de la connaissance) dans leurs établissements éducatifs et d’introduire des prières et des hymnes invoquant ses bénédictions. On peut donc se demander ce qui sera réservé aux minorités, dont les chrétiens, dans une politique indienne dominée par le majoritarisme hindou, alors que « tout le pays et toutes les communautés sont unis autour de l’inauguration du temple de Ram » selon les propos d’Alphons Kannanthanam, un cadre du BJP.

(Avec Asianews et Ucanews)


CRÉDITS

Ucanews