Eglises d'Asie

Des jeunes chrétiens au secours des réfugiés papouasiens

Publié le 11/01/2019




La Papouasie est troublée par les violences entre les séparatistes et l’armée depuis que l’ancienne colonie néerlandaise a été rattachée à l’Indonésie en 1969, lors d’un référendum controversé défendu par l’ONU. Le 2 décembre, la mort de 20 travailleurs papouasiens a ainsi été revendiquée par la branche armée de l’Organisation pour une Papouasie libre. À l’arrivée de l’armée et de la police, de nombreux habitants des villages du district de Nduga ont dû fuir. Un groupe de jeunes chrétiens a ouvert, le 5 janvier, un poste de secours pour leur venir en aide.

Les jeunes chrétiens de la province indonésienne reculée de Papouasie ont ouvert un poste de secours afin de venir en aide à plus d’un millier de villageois papouasiens ayant trouvé refuge dans les forêts alentour suite aux combats entre l’armée et les séparatistes qui ont éclaté en décembre, tuant un groupe de travailleurs. Au moins 780 familles, soit 1 500 personnes, ont fui leurs foyers, selon le révérend Benny Giay, du Synode des Églises chrétiennes de Papouasie. Craignant pour leur sécurité, ils ont fui après l’arrivée de la police et de l’armée, qui est intervenue dans le district de Nduga afin de poursuivre les membres de la branche armée de l’Organisation pour une Papouasie libre, qui a revendiqué la mort de 20 travailleurs le 2 décembre. La plupart des victimes étaient employées par l’entrepreneur public Istaka Karya afin de construire une route de 275 kilomètres de long à travers la province, dans le cadre du projet d’autoroute transpapouasie, baptisé « trans-Papua » par le président Joko Widodo. Les jeunes chrétiens, appartenant au groupe « Solidarité des jeunes chrétiens pour Nduga », ont lancé le poste de secours le 5 janvier et le garderont ouvert jusqu’au 20 janvier. Le poste est situé dans les locaux de l’Église évangélique d’Indonésie, à Jayapura, la capitale de la province. « Les réfugiés vivent toujours dans des abris de fortune et leur santé se détériore. Beaucoup d’entre eux souffrent de malnutrition. Trois enfants sont déjà morts à cause de cette situation », confie Alfonso Jumkon Wayap, secrétaire du groupe. « Il y a aussi des adolescentes qui sont enceintes et qui ont besoin de nourriture, de vêtements et de soins », ajoute-t-il. Alfonso, qui est également président de la commission locale de la jeunesse catholique, une organisation qui rassemble des politiciens et cadres catholiques, explique avoir envoyé des lettres à sept paroisses du doyenné de Jayapura début janvier afin de demander une aide financière. « J’ai remis les lettres directement aux curés de paroisses, en espérant que leurs paroissiens pourront faire des dons et les envoyer ici. »

Des conflits réguliers depuis 1969

Yendinus Mabel, porte-parole du groupe et responsable de la branche des jeunes de l’Église évangélique d’Indonésie, confie qu’il a organisé un temps de prière qui aura lieu le 13 janvier dans le sous-district de Sentani, « dans le cadre de nos efforts pour recueillir des fonds et demander de l’aide pour nos frères et sœurs du district de Nduga ». Toutes les aides seront distribuées aux réfugiés quelles que soient les difficultés géographiques, souligne-t-il. « Le voyage depuis Jayapura jusqu’au district de Nduga est particulièrement difficile. La région ne peut être rejointe que par le district de Jayawijaya. Cela prend environ 45 minutes en avion, sinon c’est trois jours de marche. » Esther Haluk, de la branche des jeunes de l’Église Kingmi (Gospel Tabernacle Church), ajoute que le poste de secours « est important pour soulager les épreuves et les traumatismes vécus par les réfugiés ». La Papouasie est frappée par les conflits séparatistes depuis que l’ancienne colonie néerlandaise a été rattachée à l’Indonésie en 1969, lors d’un référendum défendu par l’ONU mais vivement critiqué. « En tant qu’êtres humains, ils veulent se sentir en sécurité et pouvoir gagner leur vie », explique Esther. Parmi les réfugiés, Inambo Tabuni, 16 ans, est arrivé à Jayawijaya, la capitale du district de Wamena, le 9 janvier. Il a fui la maison de ses parents, dans le sous-district de Yal, quand la police et l’armée ont lancé des assauts contre les rebelles. « J’ai fui dans la forêt. J’ai dû survivre avec ce que j’avais. Quelques réfugiés restent dans des cabanes, d’autres dans des grottes », poursuit-il, ajoutant qu’ils sont dispersés en petits groupes, chacun constitué d’environ une dizaine de personnes. « Il y a beaucoup de souffrance. Nous avons l’impression de squatter. Nous voulons juste vivre en paix dans nos villages. »

(Avec Ucanews, Jayapura)


CRÉDITS

Marwan Mohamad