Eglises d'Asie

Duterte change de ton et prend la défense des religieux contre les menaces

Publié le 27/02/2019




Lors d’une rencontre politique organisée à Cebu, dans le centre des Philippines, le 24 février, le président philippin Rodrigo Duterte a prononcé un discours au cours duquel il a pris la défense des religieux dans le pays. Connu dans le passé pour plusieurs sorties agressives contre certains évêques critiques contre son administration, en particulier dans le cadre de la guerre philippine contre la drogue, le président Duterte a expliqué avoir reçu un message du cardinal Luis Antonio Tagle, archevêque de Manille, faisant part de plusieurs menaces reçues par plusieurs prêtres et évêques.

Le président philippin Rodrigo Duterte, après avoir proféré des propos agressifs contre les évêques catholiques du pays à plusieurs reprises, a pris la parole fermement contre les attaques des prêtres et des évêques. Le président Duterte a donné cet avertissement après avoir entendu que des personnes proches de sa famille auraient menacé les évêques et les prêtres critiques envers la politique de son administration. « Ne touchez pas aux prêtres, ils n’ont rien à voir avec la politique », a déclaré Duterte. « N’essayez pas de vous en prendre à eux », a-t-il demandé, ajoutant qu’ « un religieux n’a rien à voir avec les intrigues quotidiennes ». « Laissez-les tranquilles ! Arrêtez de les menacer ou vous aurez affaire à moi », a lancé le président dans un discours prononcé avant un rassemblement politique dans le centre des Philippines, le dimanche 24 février à Cebu, au Plaza Independencia. Le 26 février, Mgr Pablo Virgilio David, évêque de Kalookan, a confirmé dans une interview qu’il a reçu des menaces de mort au cours des deux dernières semaines. « Je les ai reçues, mais je ne sais pas de qui elles proviennent », explique l’évêque, dont le diocèse est connu pour avoir été le théâtre de tueries contre des dealers et des drogués. Les organisations de défense des droits de l’homme estiment que plus de 20 000 personnes sont mortes dans le cadre de la guerre contre les drogues illégales qui a démarré en 2016.

« Aucune menace ne peut m’arrêter »

Quand il s’est vu demander si les menaces qu’il a reçues étaient liées à ses critiques contre la campagne contre la drogue, Mgr David a répondu qu’il « n’en sait pas plus ». Malgré les menaces, l’évêque ajoute qu’il ne prévoit pas de limiter ses déplacements, bien qu’il assure qu’il sera vigilant. « Aucune menace ou tentative d’intimidation ne peut m’arrêter de poursuivre mes charges pastorales et spirituelles en tant qu’évêque », poursuit-il. « Nous recevons la force et le courage du Seigneur à travers la prière et le discernement », souligne Mgr David. « Je reçois aussi le soutien spirituel de toute une armée de contemplatifs qui servent à mes côtés dans la prière. » Le président a également expliqué qu’il a reçu un message du cardinal Luis Antonio Tagle, archevêque de Manille, exprimant ses inquiétudes face aux menaces contre des membres du clergé. Dans son message, le cardinal Tagle aurait dit au président que « des prêtres ont reçu des menaces de mort d’une personne affirmant travailler pour la famille du président ». « Ne blessez pas les religieuses, les prêtres, ou les imams. Ce sont des personnes religieuses. Ils ne sont pas impliqués », a ajouté le président. Le père Jerome Secillano, de la Commission des affaires publiques de la conférence des évêques philippins, a averti de son côté que les attaques contre le clergé pourraient se retourner contre l’administration Duterte. « À long terme, cela affectera son administration. Cela ternira l’image du président, qui a déjà menacé les évêques à plusieurs reprises », confie le père Secillano. « Nous devons déterminer s’il y a effectivement des groupes qui cherchent à s’en prendre à des membres du clergé. Si c’est le cas, que peuvent-ils en retirer ? Ils peuvent au moins éliminer les voies contestataires et les critiques », affirme le prêtre. En décembre, le président Duterte s’en était pris à plusieurs évêques catholiques philippins, les accusant de ne rien faire d’autre que critiquer son administration et décrivant l’Église catholique comme « l’institution la plus hypocrite ».

(Avec Ucanews, Manille)


CRÉDITS

Presidential Communications Office