Eglises d'Asie

Économie : Pintu Air, une coopérative indonésienne au service des plus démunis de l’île de Flores

Publié le 07/11/2020




Près de 25 ans après sa fondation, la coopérative Pintu Air, fondée par Yakobus Jano, un catholique indonésien, compte 275 000 membres à travers le pays, avec des antennes locales implantées dans 53 villes indonésiennes. Yakobus Jano, un banquier de Maumere, dans l’île de Flores, dans la province des Petites îles de la Sonde orientales (Nusa Tenggara), a lancé cette coopérative en 1995, dans le but de venir en aide aux habitants les plus démunis du village de Rotat, dont la plupart étaient fermiers, éleveurs, ouvriers ou pêcheurs. Actuellement, Pintu Air embauche 1 700 employés, tous issus des communautés rurales.

L’inauguration du siège de la coopérative Pintu Air, en 2018 dans l’île de Flores (Petites îles de la Sonde orientales).

En 1995, Yakobus Jano, travaillait pour une banque publique de Maumere, dans l’île de Flores, dans la province des Petites îles de la Sonde orientales (Nusa Tenggara), dont la population est majoritairement catholique. Yakobus s’est alors senti poussé à faire quelque chose pour les villageois les plus démunis de Rotat. « La situation économique était alors particulièrement difficile, et beaucoup d’habitants n’avaient même pas de quoi se nourrir tous les jours », explique Yakobus, aujourd’hui âgé de 67 ans. Pour les villageois, il était par exemple difficile de lancer un commerce faute de pouvoir emprunter de l’argent auprès de la banque. Il a donc cherché à aider les villageois, dont la plupart travaillaient comme fermiers, éleveurs, ouvriers et pêcheurs. Yakobus Jano a alors lancé un groupe de soutien avec 50 personnes, qui se sont organisées pour collecter de l’argent et se soutenir mutuellement. Plus tard, ils sont devenus les pionniers d’une coopérative.

« Nous avons commencé en économisant au moins 2 000 roupies [12 centimes d’euro] par jour et par personne », explique-t-il. Au fil du temps, certains membres sont partis et beaucoup d’autres se sont découragés. Mais Yakobus a tenu bon, en développant le groupe auprès d’autres villages. « Chaque fois que je rentrais du travail, et même le week-end, il y avait des rencontres avec les villageois pour leur expliquer l’opportunité que représentait cette coopérative pour eux. » Cette coopérative s’est ensuite développée sous le nom Pintu Air, en particulier quand Yakobus Jano a quitté sa banque en 2000. Lentement mais sûrement, le groupe a convaincu d’autres régions, jusqu’à compter 275 000 membres à travers le pays à ce jour, avec des antennes locales implantées dans 53 villes indonésiennes. Depuis décembre 2019, Pintu Air a été reconnu à l’échelle nationale comme la plus grande coopérative du pays en termes de nombre de membres.

Autonomisation des villageois

Avec des actifs s’élevant à plus d’1,3 mille milliards de roupies (76,2 millions d’euros), au cours des dernières années, la coopérative a développé plusieurs entreprises dans divers secteurs comme les transports ou l’alimentation. Le mois dernier, elle a également lancé une usine de production d’huile de coco. « Nous attendons aussi les résultats de tests en laboratoire concernant la production de sel, qui pourra commencer bientôt », confie Yakobus Jano, qui ajoute qu’actuellement, il cherche à se concentrer avant tout sur l’émancipation des petites communautés locales. « Nous ne pouvons pas avancer seuls. Il faut collaborer. Notre principe est simple : ‘Quand je suis en difficulté, tu m’aides, et réciproquement.’ Ainsi personne ne s’enrichit ou s’appauvrit seul. Tous les membres s’en sortent, selon leurs capacités », assure-t-il. Yakobus souligne que ce système permet pousser au maximum le potentiel des communautés locales. Il ajoute qu’aujourd’hui, l’usine de production d’huile de coco lancée par la coopérative produit près de 300 kg par jour, en rassemblant 219 petits fermiers de plusieurs districts de Flores. La noix de coco fait partie des ressources principales dans la région. Selon les statistiques du gouvernement indonésien, la province compte 144 000 hectares de cocotiers, pour une production annuelle de 63 468 tonnes. « L’usine de production d’huile de coco aura un impact significatif sur l’économie locale, parce que les matières premières sont achetées par les fermiers à des prix compétitifs », explique Yakobus. De plus, souligne-t-il, concernant la production de sel, les matières premières proviendront également de plusieurs régions de Flores.

Actuellement, la coopérative Pintu Air embauche 1 700 employés, tous issus de communautés rurales locales. Yakobus explique que les études supérieures et les diplômes ne sont pas un critère, du moment qu’ils sont honnêtes et travailleurs. Toutefois, il précise qu’avec le développement de la coopérative, le groupe a commencé à embaucher des diplômés d’universités. En 2015, les efforts de la coopérative ont été reconnus par le gouvernement quand Yakobus Jano a reçu un prix national (Satya Lencana Pembangunan Koperasi). De plus, quand Teten Masduki, ministre des Coopératives et des Petites et moyennes entreprises a visité le siège de Pintu Air, il s’est dit impressionné de voir comment une telle coopérative a pu se développer à partir d’un petit village. « Je n’imaginais pas que le siège serait dans une région aussi reculée », a-t-il déclaré. Le ministre a également soutenu l’investissement de la coopérative dans la production d’huile de coco, en soulignant que sa consommation s’est développée à l’échelle mondiale, et qu’elle est considérée comme plus saine.

Inspiré par la foi

Yakobus Jano affirme que ses efforts ne peuvent pas être séparés de sa foi catholique, ce qui l’amène d’ailleurs à garder de bonnes relations avec l’Église locale, en invitant par exemple les évêques de la région à devenir membres de la coopérative. Pour l’instant, Mgr Ewaldus Sedu, évêque de Maumere, Mgr Fransiskus Kopong Kung, évêque de Larantuka, et Mgr Edmud Woga, évêque de Weetebula, ont rejoint la coopérative. « Nous leur avons demandé de sensibiliser les gens à ce sujet », explique Yakobus, qui essaie également de proposer un soutien spirituel solide aux employés en organisant une messe tous les premiers vendredis du mois. « Insister sur la croissance spirituelle, c’est important », souligne ce père de trois enfants, qui estime que la coopération, c’est une concrétisation des commandements de l’Évangile. « L’Évangile nous apprend à aimer. J’ai trouvé un moyen de l’appliquer à travers la coopération, parce qu’ainsi, les gens peuvent s’entraider. »

(Avec Ucanews, Jakarta)


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