Eglises d'Asie

Éducation : les élèves des bidonvilles et des régions rurales confrontés aux difficultés d’accès à Internet

Publié le 03/10/2020




En 2017-2018, sur 320 millions de jeunes indiens scolarisés, seuls 23,8 % d’entre eux avaient accès à Internet. Près de 66 % de la population indienne vit dans les régions rurales, où les élèves manquent de moyens pour suivre les cours en ligne. En plus du chômage massif causé par l’arrêt des activités économiques, les familles indiennes ont été confrontées aux difficultés d’accès à un réseau wifi et à un équipement coûteux, dans des lieux reculés et parfois sans électricité. « Malgré tout, nous essayons d’assurer une bonne éducation pour nos enfants », assure le père Anson, conseiller éducatif dans la province de Coimbatore.

Durant au moins cinq mois, les étudiants indiens ont dû se contenter de cours en ligne. Une partie d’entre eux ont pu continuer de suivre les cours donnés par leurs enseignants, mais un bon nombre de jeunes défavorisés n’ont pas le matériel requis pour pouvoir participer. Durant le confinement, l’enseignement a été un problème majeur dans l’ensemble du pays. La plupart des États indiens ont lancé des cours en ligne, mais avec toujours la question problématique du manque d’équipement des jeunes issus de familles démunies, incapables de s’équiper d’ordinateurs ou de smartphones onéreux, ou d’autres équipements électroniques nécessaires pour pouvoir suivre les cours en direct. En plus du chômage massif causé par l’arrêt des activités économiques, les familles indiennes ont été confrontées aux difficultés d’accès à un réseau wifi et à un équipement coûteux, dans des lieux reculés qui parfois n’ont pas l’électricité.

Dans les États du nord du pays, diverses tentatives ont été lancées pour régler le problème, alors que certains établissements scolaires ne sont pas aussi bien équipés que les écoles privées. Certains enseignants ont fait preuve d’un dévouement remarquable afin d’assurer que leurs étudiants puissent suivre les cours. Dans l’État du Jharkhand, par exemple, Shyam Kishore Singh Gandhi, principal d’une école publique, a utilisé des haut-parleurs pour enseigner : il fait le tour du village avec son matériel, et les élèves écoutent devant chez eux. Satyendra pal Shakya, qui étudie à l’université, offre quant à lui des leçons aux enfants des bidonvilles de Delhi. Sa classe se tient en plein air, sous les piliers d’un pont. Au début, il n’y avait que quelques enfants, mais ils sont devenus de plus en plus nombreux.

23,8 % d’accès à Internet en 2017-2018

En 2017-2018, sur 320 millions de jeunes indiens en âge d’aller à l’école, seuls 23,8 % d’entre eux avaient accès à Internet ; aujourd’hui, cette part s’élève entre 20 et 26 %. Il faut prendre en compte le fait que 66 % de la population indienne vit dans les régions rurales, où l’accès à Internet se limite à seulement 14,9 % des habitants. Selon une enquête de All India Survey, sur l’éducation supérieure, en 2016, on comptait en Inde 799 universités, 39 071 établissements supérieurs et 11 923 institutions éducatives, pour plus de 30 millions d’étudiants. Mais sur 39 071 écoles supérieures, seuls 1,5 % étaient équipées pour un apprentissage à distance. Le gouvernement a tenté de régler le problème avec le lancement d’e-Vidhya, une plateforme d’éducation en ligne, mais le manque d’infrastructures risque de priver de nombreux jeunes d’accès à l’éducation. Les parents souffrent aussi de la situation, alors que beaucoup d’entre eux doivent prêter leur matériel à leurs enfants pour qu’ils puissent suivre les cours et les examens en ligne, ce qui affecte leur travail. La situation est encore plus problématique pour les familles ayant plus de deux enfants.

Le manque de travail a également réduit les revenus des familles, et donc leur capacité à régler les frais de scolarité. Le gouvernement est intervenu en allongeant les délais de paiement. Mais ceci affecte la situation financière des écoles privées, qui doivent donc retarder le versement des salaires des enseignants. Dans beaucoup d’écoles privées du pays, les salaires mensuels ont été divisés par deux durant la crise, affectant les enseignants et les employés des établissements scolaires. Certaines écoles risquent même de fermer définitivement. Le père Anson, conseiller éducatif dans la province de Coimbatore, confirme qu’eux aussi organisent tous leurs cours en ligne. « Mais dans les écoles privées du Tamil Nadu, beaucoup d’administrations peinent à survivre, à cause de problèmes financiers dus au manque de ressources et aux retards de versement des salaires… Malgré tout, nous essayons d’assurer une bonne éducation pour nos enfants, en utilisant les réseaux sociaux autant que possible », confirme le prêtre.

(Avec Asianews, New Delhi)


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