Eglises d'Asie

Élections de mi-mandat : 62 millions d’électeurs philippins appelés à voter

Publié le 14/05/2019




Lundi 13 mai, près de 62 millions d’électeurs philippins étaient appelés à voter durant les élections générales de mi-mandat, afin de choisir parmi 43 500 candidats à près de 18 000 sièges parlementaires nationaux et régionaux, dont douze sièges au Sénat et 243 sièges à la Chambre des représentants (chambre basse). Pour beaucoup, ces élections sont considérées comme un test décisif pour la popularité de l’administration du président Rodrigo Duterte, trois ans après son élection. Pour la fondation Ibon, un think-tank indépendant, ces élections étaient peut-être une des dernières occasions pour les Philippins de protéger la démocratie dans le pays. La conférence épiscopale philippine, de son côté, a affirmé laisser la politique partisane aux laïcs, tout en appelant à voter avec discernement.

Les Philippins se sont rendus dans les bureaux de vote ce lundi 13 mai lors des élections nationales de mi-mandat, considérées comme un test décisif pour la popularité de l’administration du président Rodrigo Duterte, trois ans après son élection. Près de 62 millions d’électeurs étaient attendus afin de choisir parmi les 43 500 candidats aux sièges parlementaires nationaux et régionaux, dont douze sièges au Sénat et 243 sièges à la Chambre des représentants (chambre basse). La fondation Ibon, un think-tank indépendant, a déclaré que les élections de cette année étaient peut-être l’une des dernières chances pour les Philippins de préserver la liberté et la démocratie dans le pays, alors que l’administration Duterte continue de mettre œuvre une politique économique néolibérale rigoureuse tout en affaiblissant la démocratie. Dans un article publié sur son site internet avant les élections, l’organisation soutient que « les élections de mi-mandat ont toujours été cruciales pour tout dirigeant en exercice, car les résultats ne peuvent que confirmer ou rejeter son programme et sa politique ». La fondation Ibon estime que « le Sénat est peut-être le dernier rempart du processus démocratique », dans le pays, ajoutant que c’était tout ce qu’il restait pour « défendre le peuple et ce qu’il reste de la démocratie philippine, pour défendre les droits et le bien-être des citoyens, et la souveraineté du pays ».

Dignité et liberté

La veille des élections, de nombreuses paroisses catholiques ont organisé des veillées de prière en espérant des élections « crédibles, honnêtes et paisibles ». À Manille, l’archevêque auxiliaire de l’archidiocèse, Mgr Broderick Pabillo, a présidé une messe et une procession afin de prier pour « des élections propres et honnêtes », en particulier alors que celles-ci tombaient le jour de la fête de Notre Dame de Fatima. Mgr Pabillo a appelé les électeurs à prier avant de voter, pour éviter qu’ils choisissent « un voleur, une personne malhonnête ou qui défend les meurtres ». « Si nous prions avant de voter, nous ne nous permettrons pas d’être influencés par l’argent, ou encore pire, nous ne serons pas tentés de vendre notre bulletin », a poursuivi l’évêque. « Ne les laissons pas nous ôter notre dignité. Notre vote est notre dignité, ne la vendons pas. » Le Conseil philippin des Églises évangéliques a partagé le même appel au discernement et à la prière. L’évêque évangélique Noel Pantoja a déclaré que les élections de cette année « étaient une occasion de réparer les erreurs du passé » et de « défendre une culture d’intégrité ». « La liberté de choisir nos dirigeants est précieuse… Il faut savoir apprécier cette liberté, en évitant de renoncer à des bénéfices sur le long terme pour des avantages temporaires ».

Voter avec discernement

Dans l’île de Mindoro, l’un des enjeux des élections concerne l’activité minière. Des centaines de militants ont manifesté avant les élections afin de rappeler aux électeurs de voter pour des candidats qui respecteront le moratoire de 25 ans sur l’activité minière dans la province. « Nous devons choisir des dirigeants qui soutiendront notre campagne pour sauver l’environnement menacé et en qui nous pouvons avoir confiance », confie le père Edwin Garigues, à la tête de la Caritas philippine. Le prêtre a lancé l’appel suite à des alertes de militants affirmant que les autorités avaient autorisé une société d’exploitation minière à explorer 11 216 hectares de terrain dans l’île de Mindoro. Le projet est censé produire entre 100 et 120 millions de tonnes de minerai de nickel sur environ 15 à 20 ans. Pourtant, en 2002, le gouvernement de la province du Mindoro oriental avait ordonné une interdiction de l’exploitation minière dans l’île pour une durée de 25 ans. Les militants écologistes affirment que les sites d’exploitations envisagés sont situés à proximité d’un bassin-versant et de la terre ancestrale d’une communauté indigène. Avant les élections, les évêques ont appelé les électeurs à « voter avec discernement », même si la conférence des évêques des Philippines a souligné qu’elle laissait la politique partisane aux laïcs. Le président de la conférence épiscopale, Mgr Romulo Valles, archevêque de Davao, a nié les rumeurs affirmant que certains évêques avaient soutenu plusieurs candidats au Sénat. « La conférence n’a approuvé aucun soutien de ce genre », a-t-il défendu. « Les évêques et les prêtres ne peuvent pas faire cela. Ce serait clairement une politique partisane », a poursuivi Mgr Valles.

Sécurité assurée

Un élu parlementaire de l’opposition, de son côté, a déploré le fait que de nombreux candidats parlementaires régionaux ne faisaient face à aucune opposition. Lito Atienza, un élu de la Chambre des représentants, estime que cette situation révèle le dysfonctionnement de la démocratie aux Philippines. « Le fait qu’il y ait un seul candidat à une fonction élective est mauvais pour les électeurs qui n’ont pas le choix », confie-t-il. « Cela se fait aussi au détriment du gouvernement et du système de freins et contrepoids des Philippines, ainsi que des partis politiques. » On compte au moins 34 candidats parlementaires qui se présentent sans opposition. « Ce qu’il se passe, c’est que beaucoup de candidats ne font que négocier entre eux, et les plus forts finissent par acheter les plus faibles », affirme Lito Atienza. Les autorités ont renforcé la sécurité avant les élections, afin de pallier à des attaques éventuelles des rebelles communistes et d’autres groupes. « Ils peuvent essayer mais ils n’y parviendront jamais », a déclaré le porte-parole de l’armée philippine, Edgard Arevalo. Ce dernier assure que les mesures de sécurité ont permis à ce jour « des résultats très encourageants ». L’armée a déployé 98 000 militaires à travers le pays, en particulier dans la région de Mindanao, dans le sud de l’archipel. Edgard Arevalo assure que les soldats ne prendront pas parti durant les élections. « Le seul exercice politique que nous pouvons faire, constitutionnellement, c’est aller voter. » La police nationale philippine a également déployé 160 000 policiers afin d’assurer la sécurité. Les autorités ont identifié plus de 900 « points sensibles » en raison des violences éventuelles dues aux rivalités politiques ou aux groupes armés. Les premiers résultats des élections sont apparus ce mardi matin, annonçant une victoire probable au camp de Duterte. Celui-ci espère non seulement conserver mais aussi contrôler le Sénat, mais les résultats définitifs des élections ne devraient pas être annoncés avant quelques jours.

(Avec Ucanews, Manille)


CRÉDITS

Angie de Silva