Eglises d'Asie

Flores : le festival catholique populaire de la Semana Santa reconnu par le gouvernement indonésien

Publié le 24/03/2021




Les catholiques de Larantuka, à l’est de l’île de Flores (Petites îles de la Sonde orientales), célèbrent tous les ans la semaine sainte avec le festival populaire de la Semana Santa. Cette tradition, qui remonte au XVIIe siècle, mêle la culture locale à une dévotion héritée des missionnaires portugais. Alors que le festival attire chaque année de nombreux pèlerins de tout le pays et de l’étranger, le gouvernement a annoncé vouloir reconnaître et développer la Semana Santa de Flores. Cette année, les processions habituelles du festival de Larantuka ne pourront avoir lieu en raison de la pandémie.

La procession du vendredi saint lors du festival populaire de la Semana Santa, à Larantuka dans l’île de Flores, majoritairement catholique.

Tous les ans, la ville de Larantuka, une petite ville à l’extrémité orientale de l’île de Flores, dans la province des Petites îles de la Sonde orientales (Nusa Tenggara), célèbre la semaine sainte avec un festival religieux populaire connu localement sous le nom de la Semana Santa, dont les festivités sont organisées tout au long de la semaine précédant le dimanche de Pâques. Depuis le XVIIe siècle, le catholicisme s’est fortement développé à Florès et dans la ville de Larantuka, où les traditions culturelles locales se sont mêlées à une ancienne dévotion populaire portugaise, héritée des missionnaires. Durant la semaine sainte, de nombreux pèlerins catholiques de Flores et de toute l’Indonésie se rendent à Larantuka, où les routes principales sont fermées avant le début du festival. Cette année, bien que la pandémie empêche le déroulement habituel du festival, le gouvernement a décidé de reconnaître et encourager cette tradition locale, dans le but de développer le tourisme religieux à Flores.

La vénération populaire, durant la Semana Santa, est centrée autour de statues de Jésus Christ adulte (Tuan Ana), de la Vierge Marie (Tuan Ma) et de l’Enfant Jésus (Tuan Meninu). Les statues ont été amenées à Larantuka au XVIe siècle par les missionnaires portugais Gaspar do Espirito Santo et Agostinho de Madalena. Tous les ans, elles sont présentées au public à Pâques. Le festival débute le mercredi saint, en invitant les pèlerins à prier dans une chapelle en méditant sur la trahison de Juda et l’arrestation de Jésus – un temps de deuil qui fait entrer les fidèles dans la solennité de la semaine sainte. Le jour du jeudi saint, les pèlerins préparent la procession du vendredi saint, en plaçant des bougies le long des routes sur sept kilomètres. Le point fort du festival de la Semana Santa est le vendredi saint, avec une procession accompagnant les statues de Tuan Ana, Tuan Ma et Tuan Meninu. La procession débute et se termine à la cathédrale Reine du Rosaire de Larantuka. La parade attire généralement un grand nombre de pèlerins de toutes religions.

Un héritage culturel unique

Maria Antoneta Date Atulolon, une catholique indonésienne de 33 ans, du village de Lewoleba (dans le district de Flores oriental), se réjouit de la décision du gouvernement de faire reconnaître le festival local, en déclarant la Semana Santa comme faisant partie de l’identité culturelle indonésienne. Maria estime que le message du gouvernement permet de favoriser la tolérance religieuse. « Je viens du district de Flores oriental. Je rentre toujours chez moi, tous les ans, pour pouvoir participer à la Semana Santa. C’est un temps fort durant lequel je peux prendre part aux célébrations religieuses solennelles. Cela m’apporte la paix », confie Maria. Eduard Antonio Diaz, un catholique indonésien de 31 ans, de Larantuka, explique qu’il participe au festival depuis l’âge de 10 ans. « Pour moi, c’est une dévotion unique. Cet héritage des Portugais est unique au monde. Pour les catholiques, c’est une très bonne occasion d’approfondir notre foi. Je suis très heureux d’apprendre que le gouvernement prévoit de reconnaître la Semana Santa à l’échelle nationale. » Le ministère des Affaires religieuses, par l’intermédiaire du Directorat général pour les catholiques – un corps représentatif au sein du gouvernement –, l’a annoncé le mois dernier. Lors d’une rencontre entre Antonius Hubertus Gege Hajon, chef du district de Flores oriental, et Mgr Fransiskus Kopong Kung, évêque de Larantuka, le président du Directorat général pour les catholiques, Yohanes Bayu Samodro, a confirmé que le ministre Yaqut Cholil Qoumas espère faire du festival un symbole national. Selon Yohanes Samodro, la Semana Santa, telle qu’elle est célébrée à Flores, est fortement liée à la culture locale. Pour Antonius Hajon, la Semana Santa « est un fort symbole local dans le district de Flores oriental ». Il reconnaît que le festival peut être considérablement développé.

L’évêque de Larantuka appelle à préserver l’essence du festival

Mgr Kopong Kung a approuvé les projets du gouvernement, malgré l’impossibilité de les concrétiser cette année à cause de la pandémie. « De nouvelles mesures, dont une enquête organisée par le ministère, commenceront sans doute à être mises en place après les célébrations de Pâques. L’enquête est destinée à identifier les façons dont la ville de Larantuka peut être développée comme destination touristique de pèlerinage. » Au sein de l’Église locale, des rencontres et des échanges seront également organisés afin de faire avancer les choses, précise l’évêque. Malgré le soutien du gouvernement, cela dit, Mgr Kung estime que les projets des autorités peuvent aussi avoir des conséquences négatives. « Cela nous encourage, mais nous ne devons pas nous contenter d’être fiers d’une tradition culturelle locale et penser seulement aux choses matérielles qui y sont attachées. Nous devons pouvoir rendre vivant le message qui est au cœur de la Semana Santa, et qui doit renforcer notre foi catholique », confie l’évêque. « Par ailleurs, il y aura sûrement un développement économique si davantage de personnes viennent à Larantuka lors du festival », ajoute-t-il, en invitant les catholiques à ne pas se concentrer excessivement sur l’aspect commercial des choses, comme la promotion du tourisme. « Ce sont des aspects que nous devons anticiper. Nous devons organiser la Semana Santa de telle façon que son essence soit préservée. Cette tradition de foi doit être gérée sous l’autorité de l’Église catholique locale. C’est pourquoi un dialogue doit être instauré et approfondi pour permettre une bonne coopération. »

(Avec Ucanews, Jakarta)


CRÉDITS

Eduard Antonio Diaz