Eglises d'Asie

Gujarat : un prêtre du diocèse de Rajkot visite ses paroissiens à vélo en plein confinement

Publié le 04/09/2020




Alors que l’économie indienne s’effondre, avec une baisse du PIB de 23,9 % entre avril et juin, le pays subit les conséquences d’un confinement particulièrement strict, qui a bloqué tout le pays. Malgré le confinement, dans l’État du Gujarat, dans l’ouest de l’Inde, le père Vinod Kannatt, prêtre de la paroisse de Junagadh, dans le diocèse de Rajkot, a continué de visiter ses paroissiens à vélo afin de s’occuper des plus fragilisés par la crise. Ainsi, un couple et deux filles lourdement handicapées ont pu bénéficier de son soutien. « Si nous sommes en vie, c’est grâce à l’aide et au soutien apportés par le père Kannatt », assure John D’Souza.

Le père Vinod Kannatt, sur son vélo, durant ses visites à ses paroissiens, dans l’État du Gujarat.

Durant la pandémie, le père Vinod Kannatt, prêtre de la paroisse de Junagadh, dans le diocèse de Rajkot (dans l’État du Gujarat, dans l’ouest de l’Inde), a continué de visiter ses paroissiens à vélo, afin de prendre soin des malades et des personnes âgées. Le prêtre a estimé que c’était le moment idéal pour être auprès d’eux, alors qu’il n’y avait plus personne pour les aider. Son engagement et sa simplicité ont gagné les cœurs des fidèles de la région. « Si je m’enferme chez moi en craignant la pandémie, mon ordination en tant que prêtre missionnaire est vaine. C’est maintenant que je dois être avec mon peuple pour les réconforter », explique le père Kannat, surnommé le « prêtre à vélo ». « Si nous sommes en vie aujourd’hui, c’est grâce à l’aide et au soutien apportés par le père Kannatt », assure John D’Souza, père de deux filles handicapées mentales, âgées de 29 et 31 ans. Une d’entre elles est infirme et alitée depuis la naissance, et l’autre ne peut se lever et marcher correctement. Toutes deux ne peuvent rien faire sans aide. John D’Souza, ancien fonctionnaire de 58 ans, qui travaillait pour la corporation des transports routiers de l’État du Gujarat, parvenait à faire vivre sa famille avec l’aide de sa femme, Espirancia, jusqu’à il y a trois ans. Mais depuis, son épouse, blessée lors d’une chute, souffre d’une lésion de la moelle épinière. Avant la crise sanitaire, le père Kannatt, qui connaissait la situation de la famille, leur apportait déjà son soutien et des aides alimentaires, avec les contributions de voisins et d’autres bienfaiteurs de la paroisse.

Mais depuis le début de la pandémie, les aides des voisins ont cessé, et le père de famille se demandait comment il allait pouvoir payer ses 2 500 roupies (29 euros) de pension mensuelle tout en faisant vivre sa famille. « L’argent que gagne mon mari n’est même pas suffisant pour mon traitement », explique Espirancia. Le père Kannatt, toutefois, est parvenu à trouver d’autres aides afin de continuer de les aider. « Le père nous visite au moins deux fois par semaine. Il aide mon mari et passe du temps avec nous », se réjouit Espirancia, âgée de 55 ans. « Notre seul contact après la pandémie a été le père Kannatt », ajoute-t-elle, en précisant que le prêtre leur a trouvé de l’argent pour pouvoir acheter des médicaments et de la nourriture. « Le père Kannatt m’amène à l’hôpital chaque fois que j’en ai besoin », poursuit-elle, en ajoutant que son mari ne peut pas laisser les filles seules à la maison. « Nous lui devons beaucoup. » La famille D’Souza n’est pas la seule de la paroisse à avoir bénéficié de l’aide du père Kannatt. « Il m’a apporté une aide précieuse », confie Carmeline Josline Dias, une veuve de 86 ans qui vit seule. « Je prépare mon curry et un de mes bons voisins m’apporte du roti [pain indien sans levain]. Quand j’ai besoin d’aide pour aller à l’hôpital ou que j’ai besoin d’assistance, je sollicite l’aide du père Kannatt, qui est toujours prêt à répondre à l’appel », assure-t-elle. « Si je l’appelle, de jour comme de nuit, il est chez moi en moins de dix minutes. » Carmeline vit seul depuis 2009, depuis la mort de son mari. Elle touche sa pension, et parvient à survivre grâce à cela.

Un « pasteur idéal »

Le père Kannatt a été envoyé dans la paroisse en 2008, avant d’être transféré ailleurs en 2014. Pourtant, à la demande des paroissiens, il y a été nommé à nouveau. Depuis, le prêtre, âgé de 54 ans et membre des Carmes de Marie Immaculée (une congrégation cléricale syro-malabare de droit pontifical), est devenu un symbole d’espoir pour tous les membres de la paroisse. « Le père est tellement simple et disponible que tous peuvent l’approcher à tout moment », confie Patrick David, 54 ans, membre du conseil paroissial. « Au cours des trois premiers mois du confinement, il est venu distribuer l’eucharistie chez nous à trois reprises, en proposant de se confesser, tout en respectant les consignes sanitaires », explique Patrick. « Quand le confinement a commencé, nous ne pensions pas qu’il viendrait nous rendre visite, mais il a même célébré la bénédiction annuelle des maisons. Il demande souvent des nouvelles des personnes en difficulté, et il est prêt à leur donner de l’argent, de la nourriture ou tout autre aide nécessaire. » Le père Kannatt n’a pas cessé de célébrer la messe dans l’église, malgré le confinement. Le prêtre a même collé le nom de chaque paroissien sur les bancs, en célébrant la messe pour eux tous les jours.

« Je célèbre la messe au quotidien, comme d’habitude, même s’il n’y a aucun paroissien présent. L’église paroissiale est faite pour célébrer la messe pour le peuple, et je le fais tous les jours pour eux. Leur présence est symbolisée par les noms collés sur les bancs », explique le prêtre. Mgr Jose Chittooparambil, évêque de Rajkot, se dit plein d’admiration devant les initiatives et le travail du prêtre, et décrit le père Kannatt comme un « pasteur idéal » qui prend soin des siens. « Il est toujours prêt à aider, quel que soit le besoin, et en ce sens, il est différent de bien d’autres prêtres. » Le père Kannatt, de son côté, explique qu’il se contente de faire son devoir en tant que prêtre missionnaire. « Nous sommes face à une situation inédite, et les gens sont pratiquement enfermés chez eux à cause de la pandémie. Si j’apprends qu’une famille de ma paroisse souffre de la faim, je me débrouille pour leur trouver de la nourriture. Si quelqu’un a besoin de médicaments, je m’en occupe. Si quelqu’un doit se rendre à l’hôpital, je l’emmène sans tarder », explique-t-il. « Alors que je travaille pour eux, les paroissiens m’apportent les fonds nécessaires, et ainsi, j’ai pu traverser cette période quelles que soient les difficultés. Quand vos intentions sont claires et que vous avez la foi, Dieu envoie ses anges pour vous soutenir. »

(Avec Ucanews, Kochi)