Eglises d'Asie – Indonésie
Inondations : l’Église locale auprès des victimes de Jayapura
Publié le 05/04/2019

Beaucoup de logements, dont la maison de Tolakhe Meaga, ont pratiquement disparu, avalés par la boue. Tolakhe explique que tout est arrivé si vite que les gens n’ont rien eu le temps d’emporter avec eux, même pas leurs animaux domestiques. « Quand j’ai entendu les gens crier, j’ai commencé à paniquer. Je me suis précipitée chez moi, mais la seule chose que j’ai pu attraper, c’est ma Bible », poursuit-elle. Tolakhe ajoute que deux de ses amies, Ani et Ana, ont été emportées par le courant, mais qu’elles ont pu se sauver. « J’ai été emportée aussi », confie-t-elle. « Je tenais ma Bible d’une main en priant, et j’ai pu me tenir de l’autre. » Elle a retrouvé ses amies plus tard dans le centre d’évacuation. Benny Kossay, un responsable laïc de la communauté catholique locale dont la maison a été inondée, confie s’être réveillé en trouvant son lit à moitié submergé. Il a d’abord pensé à emmener sa femme dehors, en sécurité. « J’ai essayé d’ouvrir la porte, mais des pierres et du sable bloquaient la porte », explique-t-il. Plusieurs heures plus tard, il était évacué au centre de Kehiran avec près de 70 autres familles vivant dans la région des monts Cyclope.
Plus de 6 000 personnes toujours réfugiées
Près de 1 200 personnes, réfugiées au centre de Kehiran et dans d’autres paroisses, ont reçu des vivres et des soins grâce à l’aide de la communauté franciscaine locale, confie le père Tarcisius Sina Lenggari, secrétaire de la mission franciscaine de Papouasie. Il explique que la congrégation a ouvert des cuisines publiques dans les zones qui ne peuvent bénéficier de l’aide du gouvernement, avec l’aide de la paroisse du Christ Rédempteur. L’aide humanitaire a été facilitée par la venue d’autres volontaires et de séminaristes, venus des districts voisins afin d’aider à distribuer la nourriture aux gens. Mais ils manquent encore de cuisiniers, explique le père Tarcisius. Yance Wenda, réfugié dans un autre centre, ajoute que les problèmes de peau et les infections fongiques sont fréquents parmi les réfugiés. Le frère franciscain Agust Adil, fondateur de la clinique Surya Kasih consacrée aux malades du Sida, a monté une équipe médicale. Celle-ci est composée de membres du personnel de l’hôpital Dian Harapan, géré par le diocèse de Jayapura, et de l’hôpital Provita, géré par les franciscains. Ils ont ouvert une clinique d’urgence dans la paroisse de Kehiran, avec l’aide de la paroisse du Christ Rédempteur. Le curé de la paroisse, le père Hendrikus Nahak, ajoute que beaucoup de jeunes ont aidé à distribuer les dons reçus (riz, nouilles, matelas, tentes, lait…). « Ils sont venus d’autres diocèses de la province ou d’ailleurs en Indonésie », ajoute le prêtre. Le père Hendrikus explique que l’aide de l’Église est importante pour pallier à l’insuffisance de l’aide du gouvernement, due au manque de ressources et à la difficulté d’accès de certaines zones. Hengky Hilapok, responsable d’un groupe de jeunes local, confie que la paroisse a donné une tonne de riz, qui a pu être distribué à presque tous ceux qui en avaient besoin.
Pour les indigènes papouasiens sans économies, la période de guérison et de reconstruction qui s’ouvre sera particulièrement compliquée, explique Dominikus Surabut, président du Conseil indigène de la province. « Ils devront recommencer de zéro », explique-t-il. « En plus des difficultés matérielles, ils auront besoin de temps pour dépasser leurs traumatismes. » Le gouverneur de la province, Lukas Enembe, a déclaré que le gouvernement local avait alloué 15 millions de roupies (1 050 dollars) pour chaque victime touchée par les inondations. Le gouverneur estime que les monts Cyclope sont peu sûrs et il s’attend à ce que beaucoup de villageois soient relogés. « Personne ne devrait plus vivre ici », a-t-il ajouté. John Gobay, membre du conseil indigène de la province, pense que le gouvernement devrait saisir l’opportunité pour investir. « Cela ne veut pas seulement dire construire des nouveaux logements pour ces gens, mais aussi prévoir des terrains agricoles. »
(Avec Ucanews, Jayapura)
CRÉDITS
Benny Mawel / Ucanews
