Eglises d'Asie

La population est-timoraise en deuil suite au décès du Dr Daniel Murphy, le « médecin des pauvres »

Publié le 21/04/2020




Le 14 avril à Dili, la capitale est-timoraise, le Dr Daniel John Murphy est décédé d’une crise cardiaque à l’âge de 75 ans. Le médecin américain travaillait dans le pays depuis plus de vingt ans. Peu après l’indépendance du Timor Leste, en 1999, il a fondé la clinique Bairo Pite aux côtés de Maria de Lourdes Martins da Cruz – une religieuse catholique est-timoraise également surnommée Mana Lou – afin proposer des soins gratuits aux plus pauvres. Après l’annonce de son décès, le président est-timorais Francisco Guterres a salué l’action et la présence du médecin, qui a sauvé plusieurs milliers de vies dans le pays grâce à sa « clinique pour les pauvres ».

Près de 300 personnes ont pu participer à l’enterrement du Dr Daniel John Murphy, au cimetière public de Becusi, le 16 avril à Dili.

La population est-timoraise pleure la mort du Dr Daniel John Murphy, un médecin américain qui a consacré sa vie et ses compétences auprès des plus pauvres du Timor Leste, durant plus de deux décennies. Le Dr Murphy est décédé le 14 avril à Dili, à l’âge de 75 ans, à la suite d’une crise cardiaque. Ce jour-là, il était encore en train de soigner des patients. Il soignait plus d’une centaine de patients par jour dans la clinique Bairo Pite qu’il a fondée dans la capitale du Timor Leste. Né en septembre 1944 aux États-Unis, à Alton dans l’Iowa, il a obtenu un diplôme de médecine à l’université d’Iowa en 1971. Après ses études, il a servi comme médecin durant la guerre du Vietnam, puis au Laos et au Mozambique. Il a ensuite travaillé dans une clinique de Dili à partir de 1998, où il soignait les militaires indonésiens. Un an plus tard, il s’est consacré aux nombreuses victimes de violences politiques parmi la population est-timoraise, dont celles du massacre de l’église de Liquica, au cours duquel plus de 200 personnes ont été tuées par des membres du groupe armé pro indonésien Besi Merah Putih, soutenus par l’armée et la police. Peu après l’indépendance de l’Indonésie en 1999, le Dr Murphy a fondé la clinique Bairo Pite avec Maria de Lourdes Martins da Cruz – une religieuse catholique est-timoraise également surnommée Mana Lou. Depuis, la clinique soigne gratuitement les patients souffrant de tuberculose, du sida, de leucémie et de malnutrition, entre autres.

Inasio dos Santos, directeur de la clinique, assure que le Dr Murphy ne souffrait pas de problèmes de santé particuliers avant sa mort. Un jour, le médecin a demandé à être enterré dans l’enceinte de la clinique après sa mort. Toutefois, sa demande n’a pas pu être respectée en raison de la loi est-timoraise, qui impose d’enterrer les défunts dans des cimetières publics et non dans des propriétés privées. « Dès l’an prochain, nous espérons ériger un monument dédié au Dr Murphy à l’entrée de la clinique », explique toutefois Inasio dos Santos. À cause de l’épidémie du Covid-19, les deux fils du médecin, qui habitent aux États-Unis, n’ont pas pu assister à ses funérailles, qui ont été célébrées le 16 avril. Le président du Timor Leste, Francisco Guterres, a envoyé un message de condoléances à l’annonce de la mort du médecin. Il a déclaré, dans une conférence de presse, que la population est-timoraise est reconnaissante de la présence et du travail du Dr Murphy dans le pays, qui a permis de sauver plusieurs milliers de vies au Timor Leste, en particulier grâce à sa « clinique pour les pauvres ». « Pour son travail et son dévouement, nous accordons le prix Sergio Vieira de Mello et la médaille du mérite au Dr Murphy », a ajouté le président. « Je demande au personnel de la clinique de poursuivre l’héritage formidable laissé par le Dr Murphy. »

Un modèle pour les médecins est-timorais

Manuel Monteiro, directeur de la fondation Hak, une organisation locale de défense des droits de l’homme, confie que le pays a perdu un médecin au cœur généreux et consacré aux plus démunis. « Le Dr Daniel Murphy s’est distingué en ce temps de mondialisation, alors que les valeurs humanitaires et de solidarité ont reculé », assure-t-il. « Avec la simplicité, l’amitié et la générosité dont il a fait preuve par sa clinique, il est devenu un modèle pour toute la société, en particulier pour les médecins est-timorais, invités par son exemple à se préoccuper davantage des plus faibles. Même dans sa vieillesse, il n’a jamais baissé les bras, il s’est donné jusqu’au bout pour la terre timoraise. » Manuel Monteiro explique que durant la crise de 1999, le Dr Murphy a été maintes fois menacé par les militaires et les milices pour avoir aidé des réfugiés des districts d’Ermera et de Liquica, à l’ouest de Dili. Il se souvient de l’attaque par un groupe armé, le 4 juillet 1999, d’un convoi qui venait de distribuer des aides alimentaires aux réfugiés. L’un des chauffeurs avait été gravement blessé à la tête après avoir reçu un coup de machette. « Le Dr Daniel avait été emmené par la police pour être interrogé et menacé, mais il a continué de nous encourager à poursuivre notre travail auprès des autres. »

L’un des objectifs de la clinique Bairo Pite est de libérer le pays de la tuberculose. Près de 500 patients atteints de tuberculose y sont soignés chaque année. Inasio dos Santos, le directeur de la clinique, explique que la clinique dépense entre 40 000 et 50 000 dollars US tous les mois, et qu’elle dépend de la générosité des donateurs. « Même s’il n’est plus avec nous, l’héritage du Dr Murphy restera pour nous une source d’inspiration et nous encouragera à continuer de poursuivre son objectif, parmi d’autres, à savoir libérer le Timor Leste de la tuberculose. » La clinique compte 65 employés, dont six médecins. L’un d’entre eux a reçu une bourse grâce au Dr Murphy, afin de pouvoir étudier aux États-Unis et en Australie. Inasio Dos Santos espère que la cause du Dr Murphy et son engagement inciteront de nombreux Est-Timorais à venir en aide aux plus démunis dans le pays.

(Avec Ucanews, Dili)


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