Eglises d'Asie

La présidente taïwanaise écrit au pape son engagement pour la paix

Publié le 06/02/2019




La présidente de la république taïwanaise, Tsai Ing-wen, a répondu au message du pape François du 1er janvier 2019 à l’occasion de la 52e Journée mondiale de la paix. Tsai Ing-wen a envoyé une lettre au pape rappelant le combat et l’amour de son pays pour la démocratie, qui a été publiée sur le site internet du bureau de la présidente. La dirigeante taïwanaise mentionne également, entre autres problématique, la menace militaire chinoise qui continue de planer, tout en soulignant sa conviction que la paix l’emportera sur la violence.

La présidente taïwanaise Tsai Ing-wen a envoyé une lettre au pape François en réponse à son message à l’occasion de la 52e Journée mondiale de la paix, le 1er janvier 2019. Tsai Ing-wen y aborde le combat et l’amour de son pays pour la démocratie et la menace militaire chinoise, entre autres problématiques. La lettre, qui reprend des pensées qui se trouvaient déjà dans sa lettre au pape il y a deux ans, a été publiée récemment sur le site internet du bureau de la présidente. Celle-ci écrit son admiration pour l’exemple du défunt cardinal vietnamien Françoix-Xavier Nguyen Van Thuan, que le pape a cité dans son message. Le cardinal a été persécuté à cause de sa foi suite à l’arrivée au pouvoir, en 1975, du parti communiste vietnamien. Il a été emprisonné sans procès durant treize ans. Après sa libération, il a été nommé pour servir en tant que président du Conseil pontifical pour la Justice et la Paix. Le pape Jean-Paul II l’a appelé un « témoin de l’espérance ».

Le cardinal Nguyen s’est rendu à Taïwan en l’an 2000, et Tsai Ing-wen confie que son expérience a apporté « un encouragement spirituel considérable aux Taïwanais, parce qu’elle faisait écho aux difficultés du pays et à la conviction que nous sommes parvenus à maintenir la liberté et la démocratie malgré la longue répression et l’isolement sur la scène internationale ». Tsai Ing-wen poursuit sa lettre en rappelant que Taïwan est reconnu par seulement 17 pays, dont le Saint-Siège, mais que le pays « n’a jamais cherché à entreprendre de réponse agressive ». Au contraire, ajoute-t-elle, Taïwan répond activement aux appels à l’aide humanitaire internationale, défend la protection de l’environnement et le développement durable à travers le monde, et a entrepris une prévention de la traite des personnes. Tsai Ing-wen mentionne également une interview publiée par l’AFP en juin, au sein de laquelle elle avait évoqué sa position sur la répression constante de la Chine contre ce que Pékin considère comme une province rebelle.

Résilience et combat pour la démocratie

« En retour, j’ai dit que le meilleur terme pour décrire Taïwan était la résilience, non pas parce que nous avons les moyens de concurrencer la Chine dans une course à l’armement ou dans une guerre commerciale, mais parce que notre ferme engagement en faveur de la démocratie et des droits de l’homme nous conduira à un meilleur avenir », avait-elle déclaré, ajoutant que c’est ce même esprit qu’avait montré le lauréat du Prix Nobel de la paix Liu Xiaobo, qui a été « emprisonné jusqu’à sa mort pour des accusations d’incitation à la sédition contre l’État », mais qui a continué de souligner qu’il « n’avait pas d’ennemis et ne nourrissait pas de rancune, en gardant l’espoir de l’avènement d’une Chine libre ». « Ces sentiments étaient basés sur sa conviction qu’aucune force ne pouvait l’emporter sur l’aspiration des hommes à la liberté, et sur son espérance que l’état de droit et les droits de l’homme finiraient par triompher en Chine. En subissant une grande souffrance et au prix de sa propre vie, Liu Xiaobo a donné corps à ces humbles aspirations de l’humanité sans considérations politiques, en espérant que dans son pays pouvaient concourir côte à côte et pacifiquement différentes valeurs, philosophies, croyances et positions politiques. »

Tsai Ing-wen déclare qu’à Taïwan, la démocratie et la liberté ont été acquises durement, mais que ses habitants y sont fortement attachés en contraste avec la vie sous un système autoritaire. « L’histoire nous apprend que la guerre et la violence ne sont jamais des solutions. Les dirigeants devraient abandonner leurs positions rigides et s’engager avec sagesse en mettant en place des mécanismes de résolution des conflits basés sur un dialogue rationnel », souligne-t-elle. En tant que présidente, elle sent le besoin urgent de « s’assurer que Taïwan survive et se développe dans un environnement international extrêmement volatil ». Elle ajoute que « la Chine doit assumer la réalité de l’existence de Taïwan et respecter l’engagement collectif des Taïwanais pour la liberté et la démocratie ». De plus, la présidente rappelle que « la Chine n’a pas renoncé à ses menaces d’envahir Taïwan par la force » et qu’elle « continue de réprimer la présence de Taïwan sur la scène internationale ». Le poète Charles Péguy, poursuit-elle, auquel le pape s’est également référé, « nous montre que la liberté humaine, l’égalité et la dignité sont des valeurs essentielles qui, au final, l’emporteront sur les restrictions imposées par toute idéologie politique. Nous croyons avec certitude que l’esprit de paix finira par vaincre le règne de la violence ».

(Avec Ucanews, Hong-Kong)


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