Eglises d'Asie

La qualité de l’air se dégrade à Jakarta

Publié le 17/01/2019




Les environnementalistes et militants indonésiens demandent au gouvernement d’appliquer les contrôles votés il y a déjà plusieurs années, mais qui ont été souvent négligés pour faciliter les projets d’infrastructures dans la capitale, affirmant que la qualité de l’air se dégrade à Jakarta.

La qualité de l’air à Jakarta, déjà connue pour son niveau médiocre, risque de continuer de se dégrader cette année, à moins que le gouvernement et les autorités locales ne prennent des mesures d’urgence ont averti les environnementalistes cette semaine, plus de deux ans après la ratification de l’Accord de Paris sur le climat par l’Indonésie. « Les choses vont empirer si la ville de Jakarta et le gouvernement indonésien ne contrôlent pas mieux la qualité de l’air », prévient Ahmad Safrudin, directeur général de la Commission indonésienne pour l’élimination progressive de l’essence au plomb (Committee for the Phasing Out of Leaded Fuel). « Pour l’instant, rien n’a été fait, affirme-t-il. Les grandes et petites industries, les projets de construction et la combustion des déchets ont tous contribué à aggraver la pollution de l’air à Jakarta. » L’alerte survient alors que d’autres pays en Asie se battent eux aussi contre des niveaux inquiétants de poussière et de « smog » (brouillard de pollution) depuis le début de la nouvelle année. Bangkok a pulvérisé des canons à eau dans l’air le 15 janvier, et envisage le « cloud seeding » (technique d’ensemencement des nuages) afin de tenter de lutter contre le smog, Greenpeace Asia ayant affirmé que la capitale thaïlandaise est la 9e ville la plus polluée au monde. La capitale indienne, New Delhi, est classée en tête, suivie de Dhaka, la capitale bangladaise, et de Calcutta.

Un niveau de particules fines inquiétant

Depuis 2016, le niveau de particules fines PM2,5 (inférieures à 2,5 micromètres) à Jakarta dépasse régulièrement les seuils de sécurité fixés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Dans le centre de la capitale, les niveaux de particules s’élèvent à 42,2 microgrammes par mètre cube (μg/m3) par an, soit presque trois fois le seuil visé par le gouvernement (15 μg/m3), et près de quatre fois plus élevé que la limite fixée par l’OMS (10 μg/m3). La situation est à peine meilleure dans le sud de la ville, avec une moyenne de 37,5 μg/m3. Dans beaucoup de zones de la ville, selon les experts, le niveau d’ozone (O3), l’un des principaux composants du « smog », dépasse fréquemment la limite de 50 μg/m3 fixée par le gouvernement. L’excès d’ozone peut avoir des conséquences graves sur la santé, dont des problèmes respiratoires et pulmonaires, rappellent les experts. Les particules fines (PM) sont capables de s’infiltrer profondément dans les poumons et de pénétrer le système sanguin. L’exposition chronique à des particules de sulfate, de nitrate, d’ammoniac, de chlorure de sodium, de noir de carbone et de poussières minérales augmente les risques de maladies cardiovasculaires et respiratoires comme le cancer du poumon.

Chaque année, des centaines d’enfants indonésiens de moins de cinq ans sont victimes de la pollution, la plupart des décès étant provoqués par le brouillard de pollution, selon un rapport de l’OMS en mars 2017. Jalal, fondateur de l’école Thamrin pour le changement climatique et le développement durable, basée à Jakarta, souligne que les normes votées par le gouvernement en 2008 afin de mieux contrôler la qualité de l’air n’ont jamais été appliquées correctement. « Ils semblent avoir du mal à faire appliquer ces règles alors que beaucoup de projets de construction sont encore en cours et que d’autres projets d’infrastructures doivent encore voir le jour », ajoute-t-il, évoquant notamment la construction de la nouvelle ferroviaire MRT (Mass rapid transit) en projet à Jakarta. Une loi de 1999 sur le contrôle de la qualité de l’air a également été négligée, poursuit Jalal. La première phase du MRT doit relier le sud et le centre de la ville sur 15,7 kilomètres. La ligne devrait entrer en service en mars prochain. La seconde phase du projet doit prolonger la ligne de 7,8 kilomètres pour relier l’ouest de Jakarta. Jalal cite un rapport de 2017 de Greenpeace Indonesia, qui signale que huit centrales thermiques à charbon fonctionnent encore à moins de cent kilomètres de la capitale. « C’est pourquoi cette question doit être traitée sérieusement par les autorités de Jakarta et par le gouvernement central, parce que cela affecte toutes les provinces voisines », demande-t-il. Mi-décembre, des dizaines d’environnementalistes et des militants ont menacé de porter plainte au nom des habitants de la ville si le gouvernement n’adopte pas des mesures radicales d’ici soixante jours contre la pollution de l’air. Melanie Subono, une artiste née à Jakarta qui a participé à la manifestation, est convaincue que le public a le pouvoir de changer les choses. « Ils n’ont toujours pas appliqué les normes, donc il faut agir, presse-t-elle. Travaillons ensemble, je ne veux pas mourir à cause de la pollution de l’air. »

(Avec Ucanews, Jakarta)


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