Eglises d'Asie

La tombe d’un martyr, symbole de paix à Flores

Publié le 08/01/2019




L’inauguration de la tombe reconstruite du père dominicain Hieronimo Mascarenhas, mort en martyr au village de Tonggo (Flores), au début du XVIIe siècle, est devenue le symbole de la fraternité interreligieuse dans la région. Le 26 décembre, Mgr Vinsentius Sensi Potokota, archevêque d’Ende, est venu inaugurer le site sacré tout en soulignant son aspect touristique pouvant bénéficier à toute la population locale. Alors que le village de Tonggo est le foyer d’une majorité de pêcheurs musulmans, les autorités catholiques et musulmanes veulent saisir l’occasion de promouvoir la paix interreligieuse dans la région contre la montée du radicalisme.


Pour les chrétiens et les musulmans qui vivent au village de Tonggo, dans l’île majoritairement catholique de Flores, le 26 décembre 2018 est un jour historique. Ce jour-là, Mgr Vinsentius Sensi Potokota, archevêque d’Ende, est venu inaugurer la tombe reconstruite du missionnaire dominicain Hieronimo Mascarenhas. Le père Mascarenhas est un missionnaire portugais, mort en martyr vers 1601 à Tonggo, dont la majorité des habitants sont aujourd’hui musulmans. La tombe étant située à près de 300 mètres d’une mosquée, la cérémonie d’inauguration du 26 décembre est devenue l’opportunité, pour les catholiques et les musulmans de la région, d’apprendre les uns des autres et de rechercher ensemble la paix et la tolérance mutuelle. L’archidiocèse d’Ende met en avant la tombe reconstruite comme un lieu de pèlerinage et une destination touristique. Mgr Potokota confie que cela mettra en valeur le martyre du père Mascarenhas comme source d’inspiration pour les catholiques. « Il a quitté les siens au Portugal et il est venu chez nous, mais il a fini par être tué alors qu’il répandait la Bonne Nouvelle », a rappelé l’archevêque.

Le père Philippus Tule, de la Société du Verbe Divin, anthropologue et recteur de l’Université catholique Widya Mandira de Kupang, accompagnait Mgr Potokota le 26 décembre. Le père Tule explique qu’il a étudié le martyre du père Mascarenhas. Le missionnaire a été tué par des gens du Sulawesi du Sud (Célèbes), membres d’une expédition envoyée dans l’est de l’archipel qui passait également par Solor et Flores dans les Petites îles de la Sonde. L’expédition s’attaquait aux soldats portugais dans la région, où des missionnaires dominicains ont vécu jusqu’en 1750. Le père Mascarenhas a été enterré au village de Tonggo, où vivent aujourd’hui beaucoup de pêcheurs musulmans. « Mais ce ne sont pas les musulmans qui ont tué le prêtre, puisqu’il n’y avait pas de musulmans dans la région à cette époque », explique le père Tule. Le prêtre confie que l’inauguration de la tombe reconstruite a été rendue possible grâce à la collaboration des catholiques et des musulmans de la région, qui veulent resserrer les liens entre eux et construire un meilleur avenir. « En faire un site religieux touristique bénéficiera sûrement aux chrétiens comme aux musulmans », affirme le père Tule. Plusieurs bâtiments seront également construits, dont des logements et des restaurants. « Cela permettrait d’unir les gens venant de différentes religions », ajoute le père Tule.

Un lieu hautement symbolique

Anwar Pua Geno, un leader musulman local et président de la commission provinciale des Petites îles de la Sonde orientales (Nusa Tenggara), a demandé aux catholiques d’entretenir le site en tant que lieu sacré. « Faites-en un lieu confortable pour les pèlerins qui viennent le visiter », a-t-il soutenu. Il a également appelé les musulmans à participer à l’entretien de la tombe. Après la bénédiction des lieux, Anwar Pua Geno a invité Mgr Potokota ainsi que les prêtres, les religieuses et les centaines de fidèles catholiques présents à profiter de la nourriture offerte par les musulmans de la mosquée Baiturrahman de Tonggo. Il a également promis d’inciter les autorités du district de Nagekeo à promouvoir le site, pour qu’il puisse attirer plus de touristes. « Ceci bénéficiera à toute la population locale », a-t-il souligné. Un autre leader musulman local, Ibrahim Yusuf, insiste sur le rôle important que tient le site dans la région, non seulement comme destination touristique, mais aussi en tant qu’icône de la fraternité interreligieuse entre tous les croyants, aussi bien dans la région que dans tout le pays. « Alors que la société indonésienne fait face à la montée du radicalisme, nous devons nous montrer sans cesse tolérants et travailler ensemble pour le bien commun », poursuit Ibrahim. De son côté, Gregorius Gories Mere, un haut fonctionnaire de police né à Flores et ancien chef de la brigade antiterroriste, a demandé aux fidèles des différentes confessions religieuses vivant dans la région de garder l’esprit de fraternité et de tolérance qui s’est transmis de génération en génération.

(Avec Ucanews, Mbay)


CRÉDITS

Markus Makur / Ucanews