Eglises d'Asie

La vice-présidente Leni Robredo dénonce l’échec de la politique de Duterte contre la drogue

Publié le 09/01/2020




La vice-présidente philippine, Leni Robredo, a donné une conférence de presse, le 8 janvier à Manille, afin d’annoncer un rapport sur la politique du président Rodrigo Duterte contre la drogue. Selon elle, la guerre philippine contre la drogue est un véritable échec, non seulement en raison du nombre de décès causé par les exécutions extrajudiciaires, mais aussi face à la faiblesse des saisies de substances illégales ou contre l’argent de la drogue. En réponse au rapport, Amnesty International a appelé le gouvernement philippin à revoir son « approche meurtrière » du problème de la drogue dans le pays : « Une autre approche est possible, basée sur les droits de l’homme, sur la vie et sur la dignité humaine, en se préoccupant des conditions sociales qui exposent aux drogues illégales. »

Ce mardi 8 janvier à Manille, Leni Robredo, la vice-présidente philippine, a donné une conférence de presse afin d’annoncer la publication d’un rapport de 40 pages sur la politique du gouvernement Duterte contre la drogue. Selon Leni Robredo, la guerre du président Rodrigo Duterte contre la drogue est un échec, non seulement parce qu’elle a causé des milliers de morts, mais aussi parce que depuis, seul 1 % de l’approvisionnement total en drogues illégales disponible dans le pays a été saisi. La vice-présidente, connue comme une opposante de longue date au chef de l’État philippin, n’a pas mâché ses mots durant la conférence de presse. Aux Philippines, le président et le vice-président sont élus séparément et appartiennent souvent à deux partis opposés. En novembre dernier, Rodrigo Duterte a nommé Leni Robredo, âgée de 54 ans et membre du Parti libéral, comme coprésidente du Comité interinstitutionnel de lutte contre les stupéfiants (Icad), pour l’en destituer 18 jours plus tard, affirmant qu’il ne peut pas lui faire confiance. Dans son rapport, la vice-présidente philippine propose une analyse de la situation et des recommandations pour améliorer la campagne contre la drogue. Basé sur les chiffres officiels de l’Agence philippine de lutte contre la drogue (PDEA), le rapport note que les drogués consomment 3 000 kg de shabu (méthamphétamine) par semaine à travers le pays, soit environ 156 000 kg par an.

En revanche, durant les dix premiers mois de 2019, la PDEA n’a pu saisir que 1 344 kg de shabu, ainsi que 758 kg en 2018 et 1 053 kg en 2017. Le rapport affirme également l’échec de l’administration Duterte concernant la saisie des fonds issus de la drogue. En citant des chiffres de la Police nationale philippine (PNP), Leni Robredo a remarqué que la consommation annuelle de shabu représente environ 1,3 milliard de pesos philippins (soit 22,98 millions d’euros) par an, tandis que la saisie totale de l’argent de la drogue par le Conseil anti-blanchiment d’argent (Anti-money laundering council), pour 2017 et 2018, n’a été que d’1,4 milliards de pesos (24,7 millions d’euros). Enfin, la vice-présidente a appelé à la fin de l’Opération Oplan Tokhang, basée sur les perquisitions à domicile. Pour beaucoup de Philippins, ces opérations sont devenues synonymes d’exécutions extrajudiciaires, beaucoup de drogués et de trafiquants ayant été tués au cours de ce genre d’interventions. Selon les derniers chiffres officiels disponibles, plus de 6 600 personnes sont décédées de cette manière. Pour les organisations humanitaires et selon les médias, ce chiffre s’élèverait même entre 27 000 et 30 000 décès, en comptant les personnes ciblées par des « justiciers » civils.

« La guerre contre la drogue du gouvernement est une guerre contre les pauvres »

En réponse au rapport publié par Leni Robredo, Amnesty International a appelé le gouvernement philippin à revoir son « approche meurtrière » face au problème de la drogue dans le pays. « La vice-présidente Robredo a donné un compte rendu accablant de la situation », a déclaré Joanne Mariner, directrice de la recherche pour la branche Asie du Sud-Est de l’organisation. « C’est une preuve de plus que l’administration Duterte doit absolument lutter contre la drogue en lançant des programmes de réhabilitation, et non par la brutalité policière. Le rapport de Robredo confirme ce qu’Amnesty International et d’autres ont dit maintes et maintes fois : la guerre contre la drogue du gouvernement philippin est une guerre contre les pauvres, marquée par de graves atteintes aux droits de l’homme et par l’impunité de la police et de nombreux hauts fonctionnaires », a souligné Joanne Mariner. « Une autre approche est possible, basée sur la vie, les droits de l’homme et la dignité humaine, qui se préoccupe des conditions sociales qui exposent aux drogues illégales et aux trafics. » L’Église catholique philippine fait partie des nombreuses voix qui ont fermement dénoncé la guerre sanglante de l’administration de Duterte contre la drogue. En réponse aux critiques, Rodrigo Duterte n’a pas hésité s’attaquer aux évêques et aux prêtres philippins à de nombreuses reprises. En juillet dernier, l’Église philippine a salué la décision des Nations Unies de lancer une enquête sur les milliers de décès liés à la guerre contre la drogue. Mgr Broderick Pabillo, archevêque auxiliaire de Manille, a confié son espérance que cette enquête permette de mettre fin aux exécutions extrajudiciaires et de rendre justice aux victimes et à leurs familles.

(Avec Asianews et Ucanews, Manille)


CRÉDITS

Jire Carreon