Eglises d'Asie

Laos : la construction d’un nouveau barrage sur le Mékong inquiète la population locale

Publié le 21/05/2020




La construction des barrages sur le Mékong se poursuit. Le fleuve fait plus de 4 000 km de long, prenant sa source sur le plateau tibétain et traversant la Chine, la Birmanie, le Laos, la Thaïlande, le Cambodge et le Vietnam. Le Laos a ignoré les inquiétudes des écologistes à propos d’un nouveau projet de barrage sur le Mékong, qui vient s’ajouter à deux autres grands barrages déjà construits par le gouvernement laotien. Les organisations écologistes s’alarment après la signature par Vientiane du projet de construction de Sanakham, qui sera le septième grand barrage hydroélectrique sur le Mékong.

Selon les experts, le niveau du Mékong et son écoulement souffrent déjà des conséquences d’une série de barrages sur le territoire chinois, en amont, ainsi que des deux barrages laotiens actuels, le Xayaburi (1 285 mégawatts) et le Son Sahong (260 mégawatts). À cela vient s’ajouter le projet de construction du nouveau barrage Sanakham par le gouvernement laotien, malgré les inquiétudes environnementales. « Ce dont le Mékong a besoin immédiatement, c’est d’un moratoire sur les grands barrages hydroélectriques, et non d’encore plus de barrages destructeurs qui seront au bénéfice de seulement quelques-uns au détriment des communautés vivant sur le bassin du Mékong », dénonce Paiporn Deetes, membre du groupe conservateur International Rivers. Le nouveau barrage Sanakham (684 mégawatts), construit par une filiale de la société chinoise Datang International Power Generation, devrait coûter environ 2 milliards de dollars. Le chantier devrait démarrer l’an prochain pour être achevé d’ici 2028. Le Laos est l’un des pays les plus pauvres du continent asiatique, et son gouvernement considère les barrages comme une source constante de revenus, en vendant l’électricité produite à ses voisins plus riches, notamment en Chine et en Thaïlande.

Toutefois, les écologistes affirment que les grands barrages déjà construits sur le Mékong ont déjà entraîné des dégâts considérables, alors que le fleuve est une source de revenus pour près de 200 millions de personnes à travers six pays, de la Chine au Vietnam. L’an dernier, les eaux du fleuve ont atteint un niveau historiquement bas pendant plusieurs mois en raison de la sécheresse. Les communautés vivant le long des 4 350 km parcourus par le fleuve ont également souffert de la disparition chronique des stocks de poisson et du manque d’eau disponible pour l’agriculture. La population locale vivant au bord du fleuve dans le nord de la Thaïlande, à la frontière laotienne, est également préoccupée par le nouveau barrage, qui risque de causer encore davantage des dégâts. « Le barrage Sanakham sera à seulement deux kilomètres de la frontière », confie Montree Chanthavong, un activiste écologiste thaïlandais du groupe Mekong Butterfly. « Il y a aura de lourdes conséquences dans le district de Pak Chom [province de Loei] et dans la province de Nong Khai, et ce sera encore plus grave qu’avec le barrage Xayaburi », dénonce-t-il. Pourtant, affirme-t-il, le Laos ne semble pas préoccupé par les conséquences environnementales de ses projets, qui font du pays la « batterie de l’Asie du Sud-Est ».

20 000 mégawatts exportés d’ici 2030

Les autorités laotiennes prévoient ainsi d’exporter 20 000 mégawatts d’électricités d’ici 2030, grâce à plusieurs autres barrages prévus le long du fleuve sur le territoire national. « Les projets de développement comme les barrages, lancés pour soutenir une industrie en plein essor, entraînent de profonds changements écologiques, agricoles et culturels dans cette région », avertit Kenneth Olson, professeur émérite du département des ressources naturelles et des sciences de l’environnement de l’université d’Illinois, qui a publié une étude sur le problème. Parmi les conséquences néfastes, il cite les effets sur la diversité et l’abondance des poissons et sur l’écoulement du fleuve en aval. « Les barrages retiennent des sédiments nécessaires à la nutrition des poissons, ils empêchent leur migration et réduisent la quantité de sédiments déposés dans le delta du Mékong », explique-t-il. « La baisse du niveau du fleuve a accéléré l’intrusion d’eau de mer dans la région du delta [au Vietnam], ce qui affecte la production du riz et aggrave la pollution des sols. »

(Avec Ucanews, Bangkok)


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