Eglises d'Asie

L’archidiocèse de Manille prêt à défier une interdiction totale des célébrations religieuses durant la semaine sainte

Publié le 25/03/2021




Le 24 mars, Mgr Broderick Pabillo, administrateur apostolique de l’archidiocèse de Manille, a dénoncé une interdiction totale des célébrations religieuses durant la semaine sainte, annoncée par le gouvernement du 22 mars au 4 avril. Le Groupe de travail philippin sur les maladies infectieuses émergentes (IATF) a interdit les rassemblements religieux durant cette période, en autorisant seulement les baptêmes, les mariages et les funérailles. Face à une décision annoncée soudainement et sans consultation, l’archidiocèse de Manille a annoncé vouloir maintenir les célébrations avec une jauge de 10 %.

Le 24 février à Manille, lors d’un chemin de croix organisé afin de marquer le 35e anniversaire de la révolution de 1986, qui a mis fin au régime de Ferdinand Marcos.

L’archidiocèse de Manille a publié une lettre pastorale ce mercredi 24 mars, en annonçant vouloir défier une décision du gouvernement philippin, qui a interdit toutes les célébrations religieuses dans la capitale philippine et dans les provinces voisines durant toute la semaine sainte, suite à une nouvelle vague de cas de Covid-19 dans le pays. L’archidiocèse de Manille a toutefois précisé vouloir limiter le nombre de personnes autorisées dans les églises lors des messes et autres célébrations. « Nous n’organiserons pas d’activités religieuses en dehors de nos églises. Mais dès le 24 mars, dans nos églises, nous autoriserons les célébrations religieuses avec une limitation de 10 % de la capacité des églises », a déclaré Mgr Broderick Pabillo, administrateur apostolique de Manille. La décision de l’archidiocèse de Manille de maintenir les célébrations malgré l’avis du gouvernement réagit à une interdiction considérée comme brutale et sans préavis par les autorités sanitaires philippines, empêchant tous les rassemblements durant les fêtes pascales. Le Groupe de travail philippin sur les maladies infectieuses émergentes (IATF) a interdit les rassemblements religieux du 22 mars au 4 avril, en permettant seulement les baptêmes, les mariages et les funérailles (avec une limitation des participants).

L’interdiction également dénoncée par l’évêque de Kalookan

Mgr Pabillo a assuré que les églises de Manille appliqueront strictement les protocoles sanitaires comme la distanciation physique durant les célébrations de la semaine sainte. « Laissez les fidèles se répartir dans nos églises, en respectant les protocoles sanitaires que nous avons toujours appliqués », a ajouté l’évêque, qui a appelé les catholiques de Manille à défier l’interdiction du gouvernement, en dénonçant l’absence de toute consultation de l’Église locale par les autorités. « Nous ne devrions pas suivre de telles consignes, imposées sans aucune consultation, ce qui en quelque sorte viole le principe de séparation de l’Église et de l’État », a souligné Mgr Pabillo à l’antenne sur Radio Veritas. Mgr Pablo Virgilio David, évêque de Kalookan, a également fermement critiqué l’interdiction, en rappelant que les gymnases et les centres sportifs étaient toujours ouverts. « Malgré tout notre respect des consignes sanitaires, vous avez fermé nos églises durant la période la plus sainte de l’année, tout en maintenant ouverts les centres sportifs à 70 %, et les centres spécialisés comme les stations thermales à 50 %. Très bien. Que Dieu ait pitié de votre âme », a-t-il dénoncé sur les réseaux sociaux.

Avertissement du gouvernement

Près de cinq mille fidèles philippins ont partagé les commentaires de Mgr Pabillo sur les réseaux sociaux. L’évêque a expliqué qu’il s’attendait à une jauge d’au moins 20 à 30 % de la capacité des églises, et non une interdiction totale de tous les rassemblements religieux durant la semaine sainte. « Mais non, ils ne veulent même pas nous permettre de célébrer Pâques le 4 avril », a-t-il poursuivi. Selon lui, le gouvernement philippin aurait dû consulter les autorités ecclésiales avant d’envisager une telle interdiction durant la semaine sainte. « Cette annonce est tombée brutalement, sans même un minimum de dialogue. Pourquoi interdire tous les rassemblements religieux ? Est-ce que ce n’est pas une violation de la liberté religieuse ? » Harry Roque, porte-parole du gouvernement philippin, a répondu aux évêques en insistant pour que les catholiques respectent les nouvelles consignes sanitaires. « Défier une résolution de l’IATF, ce n’est pas quelque chose qui est couvert par la séparation de l’Église et de l’État, qui concerne seulement la liberté de choisir ou non une religion », a-t-il averti à la télévision nationale. « Par l’intervention des forces de police de l’État, nous pouvons ordonner la fermeture des églises. J’espère qu’on n’en viendra pas à une telle extrémité », a-t-il poursuivi.

(Avec Ucanews, Manille)


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