Eglises d'Asie

Le BJP accusé d’aggraver la crise économique en divisant le pays

Publié le 25/09/2019




Pour les autorités chrétiennes indiennes, les manœuvres du gouvernement pro-hindou du BJP et les attaques des extrémistes hindous sur les minorités religieuses contribuent à aggraver la crise économique et le chômage dans le pays. L’Inde traverse un ralentissement économique sans précédent depuis l’indépendance du pays il y a 70 ans. Les médias indiens affirment que l’activité économique s’est ralentie et que beaucoup de petits commerces ferment, rendant plusieurs millions de personnes sans emploi. Une crise de liquidités a également affecté les investissements privés et les prêts bancaires.

« Les investissements étrangers ont baissé, et la situation pourrait très mal tourner », craint Allen Francis, un activiste chrétien basé à Mumbai. « Beaucoup de sociétés industrielles sont également en difficulté. Le chômage est à son plus haut niveau depuis 45 ans, et les entreprises freinent de nouveaux investissements. » La roupie indienne a perdu plus de 15 % de sa valeur par rapport au dollar depuis 2014, quand le BJP est arrivé au pouvoir sous l’autorité du Premier ministre Narendra Modi. Le gouvernement « s’est plus préoccupé de diviser » que de s’occuper des questions économiques, affirme A. C. Michael, de l’ONG Alliance for defending freedom (ADF), une organisation qui défend les droits des chrétiens. L’une des questions les plus débattues ces cinq dernières années a été la protection de la vache, considérée comme sacrée dans l’hindouisme. La construction d’un temple au dieu hindou Ram dans le nord de l’Inde, sur le terrain d’une mosquée détruite par des extrémistes hindous en 1992, a également été particulièrement controversée. Le gouvernement a été accusé de soutenir officieusement les groupes extrémistes qui défendent la protection de la vache. Ces groupes vont jusqu’à attaquer les personnes, dont une majorité de musulmans, accusées d’avoir abattu des vaches ou de posséder et manger du bœuf. L’abattage des vaches est hors la loi dans une majorité d’États indiens. Les responsables chrétiens dans le pays affirment que les extrémistes hindous continuent de s’en prendre aux chrétiens et à leurs institutions, les accusant sans preuve de conversions forcées. Des prêtres et des religieuses ont été attaqués et arrêtés sur la base de preuves montées de toutes pièces, dénoncent-ils. « Le gouvernement n’a pas eu le temps de se concentrer sur l’économie. Il est grand temps que les autorités cessent cette comédie et qu’ils sortent le pays de cette crise financière », demande A. C. Michael. Les chrétiens indiens affirment également que les violences faites aux musulmans et aux chrétiens ont entraîné une mauvaise image de l’Inde à l’étranger, faisant hésiter les investisseurs étrangers. « La discrimination des minorités a un impact sur les investissements étrangers. Cela rend les investisseurs inquiets sur le développement du pays et sur la paix indienne », ajoute A. C. Michael.

Fortes disparités entre les communautés

Joseph Dias, qui dirige le groupe Catholic Secular Forum (CSF), affirme de son côté que « les investisseurs étrangers maintiennent un contrôle très strict de la situation, sur des questions comme le temple Ram ou le fossé qui se creuse entre les hindous et les musulmans ». « Cela entraîne une image très négative de notre pays à l’étranger », regrette Joseph Dias, basé à Mumbai. Un rapport de la Commission des États-Unis pour la liberté religieuse internationale (USCIRF), publié en mai, décrit une situation particulièrement préoccupante et accuse le gouvernement indien d’encourager les violences contre les chrétiens et les musulmans. Les restrictions sur la liberté religieuse en Inde ont continué de s’aggraver en 2018, affirme le rapport de l’USCIRF de 225 pages. Ce dernier souligne que près d’un tiers des États indiens mettent en œuvre une politique de plus en plus discriminatoire envers les non hindous et les dalits (intouchables), en imposant des lois anti-conversion ou contre l’abattage des vaches. Roy Matthew, un activiste basé à New Delhi, estime que la crise économique a particulièrement affecté les plus pauvres. Il cite des chiffres du gouvernement, qui révèlent à quel point le taux de chômage est plus élevé parmi les chrétiens que dans les autres communautés religieuses. « Le gouvernement lui-même a déclaré en juillet que dans les communautés rurales, 6,9 % des hommes chrétiens sont au chômage, et que 8,8 % des hommes chrétiens sont sans travail dans les zones urbaines », explique Roy Matthew. Il ajoute que le chômage ne touche que 5,7 % des hindous dans les régions rurales, contre 6,7 % des musulmans et 6,4 % des sikhs. « Avec le ralentissement de l’économie et la montée du chômage, la situation devient particulièrement difficile pour les chrétiens dans le pays », prévient-il. L’Inde, compte 80 % d’hindous sur 1,3 milliard d’habitants, est une démocratie laïque depuis son indépendance en 1947. Les musulmans représentent 14,2 % de la population (soit 172 millions), et les chrétiens seulement 2,3 % (28 millions).

(Avec Ucanews, New Delhi)


CRÉDITS

Umer Asif