Eglises d'Asie

Le conflit de Mindanao associe les volontaires chrétiens et musulmans face à la crise

Publié le 26/03/2019




Deux ans après l’attaque de la ville de Marawi, dans l’île de Mindanao au sud du pays, près de 11 400 personnes, dont environ 300 familles chrétiennes, sont toujours réfugiées dans des hébergements provisoires. Face à la crise, plusieurs organisations humanitaires sont engagées auprès des victimes, dont le programme Duyog Marawi, initié par l’Église locale. Un programme qui emploie de nombreux jeunes musulmans de la région, volontaires ou salariés de l’organisation, afin de mieux rejoindre la population locale. Les volontaires musulmans comme Hidaya Sultan, une assistante sociale de 22 ans, confient que le dialogue interreligieux enrichit l’action auprès des victimes de Marawi.

Hidaya Macaapar Sultan, une assistante sociale musulmane de 22 ans de l’île de Mindanao, dans le sud des Philippines, explique que si ses études universitaires lui ont fait découvrir d’autres cultures et religions, c’est la guerre qui l’a vraiment amenée à travailler avec des personnes d’autres confessions religieuses. Ainsi, en 2017, quand un groupe de terroristes s’est attaqué à la ville de Marawi, entraînant la fuite de près d’un demi-million de personnes, Hidaya, également appelée « Mida » par ses amis, a ressenti le besoin de « réagir face à cette situation ». Le conflit, qui a affecté sa famille et tous ses amis, l’a forcée à dialoguer et à coopérer avec les différentes communautés religieuses, afin de mieux venir en aide à la population. Plus d’un an après l’attaque de Marawi, Mida est chargée de la coordination locale du projet Duyog Marawi, un programme de reconstruction initié par l’Église catholique locale. « Maintenant que nous sommes dans cette phase de développement, nous devons renforcer notre collaboration avec les autres groupes religieux », souligne-t-elle. Mida explique que sa décision de travailler avec une organisation catholique a été « bouleversante » ; cela lui a fait comprendre le « rôle de la foi » face à de telles situations de crise. « J’ai vu à quel point les gens ont souffert à cause de la guerre, mais j’ai aussi été témoins de beaucoup de vies sauvées grâce au travail commun des différentes communautés religieuses », affirme-t-elle.

Le rôle de la population locale

Fin février 2019, près de 11 400 personnes, dont environ 300 familles chrétiennes, étaient toujours logées dans des hébergements provisoires, sans logement où retourner à Marawi. Le programme Duyog Marawi, pour lequel Mida travaille, a déjà permis la reconstruction de plusieurs quartiers frappés par le conflit, en partenariat avec les communautés musulmanes. Le programme compte au moins 140 volontaires et 40 travailleurs salariés, dont une majorité de jeunes musulmans qui ont été victimes des attentats de 2017. Rey Barnido, directeur général du programme, explique que l’engagement de jeunes musulmans de la région est devenu partie intégrante de l’aide humanitaire auprès des victimes de Marawi. « Sans les volontaires et le personnel local, en particulier les jeunes musulmans, notre programme aurait été plus difficile à mettre en place », assure-t-il. Rey ajoute que la population locale connaît le « contexte social et culturel » de la région, ce qui aide l’organisation à mieux s’adapter à la situation. « Parce qu’ils font partie des victimes de la crise, ils peuvent facilement créer des liens et communiquer avec les gens », ajoute-t-il. Le père Edwin Gariguez, responsable du Secrétariat national pour l’action sociale de la conférence épiscopale philippine, confie que la participation de la population locale dans l’aide humanitaire à Marawi a permis de passer « d’une aide d’urgence à un véritable programme de développement ». Le prêtre ajoute que la présence d’organisations religieuses et de volontaires locaux dans les zones affectées « permet aux programmes de se développer et de progresser », même si d’autres organisations s’en vont.

Collaboration interreligieuse

Mida confie que sa foi l’a aidée à venir en aide aux gens. « C’est l’islam qui m’a encouragée à m’engager dans le travail humanitaire », explique-t-elle. Mida est convaincue que la foi ne doit pas empêcher les personnes de différentes religions de travailler ensemble. « Ma foi m’a aussi incité à aider les gens quels que soient leur religion, leur sexe, leur orientation politique ou leur position sociale », ajoute-t-elle. Minnie Ann Mata-Calub, secrétaire général de la Commission nationale des Églises aux Philippines, confie que l’action caritative est un devoir commun à toutes les religions. « Nous avons déjà progressé dans le dialogue et la collaboration interreligieux, en particulier en temps de crise », souligne-t-elle. Mida et les volontaires musulmans du programme Duyog Marawi prendront bientôt en charge tous les programmes de l’organisation, forts du dialogue engagé avec les diverses organisations confessionnelles qui les aidera à servir au mieux leurs communautés.

(Avec Ucanews, Marawi)


CRÉDITS

Mark Saludes