Eglises d'Asie

Le retour des officiels nord-coréens à Kaesong, un signe d’espoir après l’échec de Hanoï

Publié le 27/03/2019




Il y a quelques jours, peu de temps après l’échec du sommet de Hanoï entre Donald Trump et Kim Jong-un, Pyongyang rappelait son personnel du Bureau de liaison intercoréen de Kaesong. Lundi 25 mars, ainsi que l’a annoncé le ministère sud-coréen de l’unification, Pyongyang a renvoyé quatre ou cinq officiels à Kaesong dans la matinée. Bien que deux fois moins nombreux qu’en temps normal, leur retour réjouit le gouvernement de Séoul qui reste pourtant prudent. Beaucoup y voient un signe envoyé par le Nord, demandant à la Corée du Sud de persuader les États-Unis de revoir à la baisse leurs exigences dans le cadre des négociations sur la dénucléarisation.

Le 25 mars, la Corée du Nord a renvoyé son personnel au Bureau de liaison intercoréen de Kaesong, quelques jours après l’avoir retiré unilatéralement après l’échec du deuxième sommet entre Donald Trump et Kim Jong-un. Le Bureau de liaison, qui a été inauguré l’année dernière, sert de lien permanent entre les deux Corées. Selon le ministère sud-coréen de l’unification, quatre ou cinq officiels nord-coréens sont retournés au Bureau de Kaesong lundi matin, afin de prendre part à une réunion avec leurs homologues sud-coréens. Malgré ce geste de bonne volonté, le ministère reste prudent, les officiels nord-coréens renvoyés étant moitié moins nombreux qu’en temps normal. D’autant plus que trois jours auparavant, Pyongyang avait retiré son personnel du Bureau de liaison sans explications, en précisant simplement que cela venait d’ordres « d’en haut ». Pour les experts et les analystes, la Corée du Nord a voulu envoyer un signe à Séoul, demandant à la Corée du Sud de persuader les États-Unis de revoir à la baisse leurs exigences dans le cadre des négociations sur la dénucléarisation. Le retour des officiels nord-coréens au Bureau de liaison était précédé, deux jours avant, par l’annonce du président américain Donald Trump que les États-Unis n’imposeraient pas de nouvelles sanctions contre Pyongyang. Selon les observateurs, cette décision montre que Washington cherche toujours à poursuivre le dialogue avec Pyongyang.

Prier pour la paix et la réunification

Pour le père Gerard Hammond, supérieur régional des missionnaires de Maryknoll en Corée, le retour des Nord-Coréens est un « signe d’espoir ». Le prêtre de 85 ans est membre de la Fondation Eugene Bell, une ONG chrétienne qui soigne les malades de la tuberculose en Corée du Nord depuis des années. « La ville de Kaesong a été choisie pour accueillir les pourparlers permanents et pour l’organisation des activités humanitaires dans le Nord », explique le prêtre. « Je m’y suis rendu plusieurs fois. C’est un lieu idéal pour travailler pour la paix dans la péninsule coréenne. » Le père Hammond se dit « très déçu » par l’échec du sommet de Hanoï entre Kim Jong-un et Donald Trump. « J’espérais que cette rencontre apporterait quelque chose de nouveau aux négociations, même un petit pas en avant. Ces échanges sont importants, même s’ils ne sont pas parfaits. » Pour lui, « la paix dans la péninsule et la réconciliation des deux Corées sont des objectifs sur lesquels tous s’accordent : le Nord, le Sud et les principaux soutiens du processus de paix, y compris le Saint-Siège. Je demande à tous de prier », insiste le missionnaire. Par ailleurs, il y a quelques jours, le père Hammond a reçu une nouvelle qu’il attendait depuis plusieurs mois. « Le 29 mars, j’irai à l’ambassade américaine de Séoul, où je recevrai un second passeport. Cela me permettra de participer à la prochaine expédition humanitaire en Corée du Nord, qui partira le 22 avril pour au moins trois semaines », explique-t-il.

« En plus de moi-même et d’un jeune confrère, quatre autres prêtres participeront à l’opération. Un prêtre des Missions Etrangères de Paris, un prêtre italien des Oblats de Marie Immaculée, et deux prêtres mexicains des Missionnaires de Guadalupe. Nous interviendrons auprès d’environ 2 000 personnes souffrant de tuberculose multirésistante [MDR-TB – résistant à plusieurs traitements], au sein de douze centres situés dans quatre provinces du Nord : le Hamgyong du nord, le Hamgyong du sud, le Hwanghae du nord et le Hwanghae du sud. Les déplacements seront difficiles faute d’infrastructures. Ni Washington ni Séoul ne sont impliqués dans cette initiative », ajoute le père Hammond. « La dénucléarisation et les sanctions contre le Nord sont les derniers obstacles à dépasser pour les trois États ; nous devons progresser pas à pas. Personnellement, je doute que Pyongyang accepte de renoncer à toutes ses armes, mais je ne suis pas un expert. Dans toute relation, il faut de la confiance. Dans ce sens, notre visite en Corée du Nord peut aider. Comme le dit le Saint-Père, nous sommes appelés à aller là où se trouvent ceux qui souffrent et qui ont besoin d’aide. »

(Avec Asianews, Séoul)


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