Eglises d'Asie

Le retrait des Philippines de la CPI suscite l’inquiétude des militants

Publié le 20/03/2019




Le retrait des Philippines du Statut de Rome, entré en vigueur en 2002 et à l’origine de la création de la Cour pénale internationale, est effectif depuis le 17 mars dernier. Il avait été annoncé par le président Rodrigo Duterte en mars 2018, un an auparavant, suite à l’annonce de la CPI de poursuites suite à des accusations de crimes contre l’humanité commis dans le cadre de la « guerre contre les drogues » de l’administration Duterte. La CPI a également annoncé que le retrait du pays n’aurait aucune conséquence concernant les affaires précédant le retrait effectif. Mgr Broderick Pabillo, évêque auxiliaire de Manille, a appelé à redoubler d’efforts contre les abus.

Le retrait des Philippines de la Cour Pénale Internationale suscite l’inquiétude parmi les organisations humanitaires, qui craignent que la situation des droits de l’homme empire dans le pays dans le cadre de la guerre antidrogue. Les militants affirment que cette opération lancée par le gouvernement philippin a déjà entraîné la mort de plus de 20 000 personnes depuis trois ans. La Commission des droits de l’homme, un bureau constitutionnel philippin indépendant, a déclaré que le retrait des Philippines était « un revirement qui va à l’encontre des engagements pris par le pays sur la scène internationale et un pas en arrière contre les progrès réalisés par le pays dans la promotion des droits de l’homme et de la justice ». En mars 2018, le président Rodrigo Duterte avait déjà annoncé vouloir se retirer du Statut de Rome de la Cour pénale internationale, le traité à l’origine de la Cour pénale, après que celle-ci avait annoncé vouloir enquêter sur des crimes contre l’humanité commis dans le cadre de la « guerre contre les drogues » de l’administration Duterte. La Cour Pénale internationale, cependant, avait déclaré que le retrait des Philippines ne l’empêcherait pas de poursuivre ses enquêtes préliminaires, concernant les tueries qui ont eu lieu depuis le début de la campagne anti narcotiques, qui a démarré le 1er juillet 2016 alors que le pays était toujours un État partie au Statut de Rome. Les Philippines l’avaient ratifié le 30 août 2011. Le retrait du pays a pris effet le 17 mars 2019, un an après l’annonce du retrait qui avait été transmise par le gouvernement au Secrétariat des Nations unies à New-York. C’est le second pays à déclarer son retrait de la Cour pénale après celui du Burundi en 2017.

52 affaires toujours étudiées par la CPI

L’évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Manille, Mgr Broderick Pabillo, a déclaré que le retrait du pays doit inciter les militants pour les droits de l’homme à redoubler d’efforts dans le contrôle des abus perpétrés dans le pays. L’évêque a ajouté qu’il est convaincu que malgré le retrait du pays, la Cour pénale internationale continuera d’enquêter sur les affaires portant contre le gouvernement de Duterte. La Cour pénale étudie actuellement 52 affaires impliquant le président philippin et concernant des accusations de crimes contre l’humanité. L’ONG Karapatan (Alliance pour la promotion des droits des peuples) a prévenu que le retrait « pourrait être le signe d’une nouvelle vague d’attaques contre les militants pour les droits de l’homme ». Le secrétaire général adjoint de l’ONG, Roneo Clamor, a affirmé que même avant le retrait du pays, les militants accusant l’État de violations étaient déjà de plus en plus menacés. « Avec ce gouvernement vengeur, tous doivent craindre les représailles de l’administration Duterte », a ajouté Roneo.

Le 18 mars, le palais présidentiel a cherché à minimiser le retrait des Philippines, en faisant remarquer que « le ciel ne s’est pas écroulé et le soleil se lève toujours à l’est ». Salvador Panelo, le porte-parole du président, a déclaré que les critiques soulevées par les organisations de défense des droits de l’homme contre le retrait et contre le président Duterte étaient « trompeuses et sans fondement ». Il a également mis les critiques au défi de « tester la validité des accusations ». « Il n’y a aucune culture d’impunité au sein de cette administration », a affirmé Salvador Panelo, ajoutant que le système pénal du pays continue d’être « opérationnel et strictement conforme aux procédures établies par la Constitution ». Dans une déclaration précédente, la Cour pénale internationale avait affirmé que le retrait du Statut de Rome est une décision souveraine qui « n’a aucun impact sur les procédures en cours et sur toutes les affaires examinées par la Cour concernant la période précédent la date effective du retrait ». La Cour pénale internationale, créée en 2002, est une organisation intergouvernementale et internationale qui siège à La Haye, aux Pays-Bas. Elle a compétence pour poursuivre les personnes accusées de génocide, de crimes contre l’humanité, de crimes d’agression et de crime de guerre.

(Avec Ucanews, Manille)


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