Eglises d'Asie

L’Église catholique à Taïwan prépare son Congrès eucharistique national

Publié le 19/02/2019




Ces jours-ci, les catholiques taïwanais se mobilisent pour préparer leur 4e Congrès eucharistique national, qui se tiendra le 1er mars dans le diocèse de Chiayi, sur le même thème que le Congrès eucharistique international de Budapest 2020, « Toutes mes sources sont en toi » (Ps 87,7), en vue de préparer ce dernier. Il s’agit d’un rendez-vous important pour tous les catholiques de l’île, qui espèrent témoigner de leur foi dans un pays où ils restent minoritaires malgré une véritable liberté religieuse.

La Conférence épiscopale régionale chinoise (nom officiel de la Conférence des évêques catholiques de Taïwan) a décidé en novembre 2011 d’instaurer un Congrès eucharistique national tous les deux ou trois ans, devant être organisé à tour de rôle dans chacun des sept diocèses que compte Taïwan, en vue d’approfondir la connaissance des fidèles taïwanais sur le sacrement de l’Eucharistie et sur l’adoration du Saint Sacrement. L’assemblée annuelle des évêques taïwanais avait alors désigné l’archidiocèse de Taipei pour organiser le premier Congrès eucharistique national. La rencontre est basée sur le même esprit que le Congrès eucharistique international, qui s’affiche comme un rassemblement des laïcs et du clergé pour témoigner de la foi chrétienne et répondre à l’appel de l’Église catholique à l’évangélisation par l’adoration eucharistique. Cette année, le 4e Congrès eucharistique national est organisé dans le diocèse de Chiayi avec un double objectif : permettre aux catholiques taïwanais de se préparer au grand rendez-vous de Budapest 2020, mais aussi proposer aux fidèles qui n’auront pas l’opportunité de se rendre en Hongrie de vivre du même esprit en communion avec l’Église universelle. À l’heure du tout connecté, un site internet spécial est même tenu à jour afin de présenter l’événement.

Objectif de communion et mission d’évangélisation

L’évêque de Chiayi, Mgr Thomas Chung An-chu, a invité les catholiques de Taïwan à venir « vivre l’expérience des disciples d’Emmaüs en écoutant la Parole de Dieu et en puisant leur nourriture à la table de l’Eucharistie, afin de vivre plus profondément de la foi, de l’espérance et de la charité », reprenant l’enseignement du pape François prononcé durant le Carême 2018. Le Congrès eucharistique de Taïwan veut ainsi incarner le rôle privilégié de témoin du Christ comme cœur de l’Église et sauveur du monde. Dans son adresse aux catholiques taïwanais, l’évêque de Chiayi a d’ailleurs souligné l’importance de ce Congrès pour toute la société taïwanaise, qui ne doit pas se limiter à une rencontre entre croyants mais au contraire devenir comme un tremplin vers autrui : « Face aux nombreux défis que la société taïwanaise rencontre ces dernières années, notamment celui de la diversité ethnique qui la compose, mais aussi des tensions politiques croissantes et des changements sociétaux, ce Congrès eucharistique de Taïwan doit offrir la force de la prière de la communauté chrétienne, réunie d’un seul cœur dans l’espérance que la bonne volonté de tous devienne une force commune au service de la société et pour la paix à Taïwan. » La Conférence épiscopale taïwanaise souhaite que ces rencontres confiées aux diocèses de l’île soient l’occasion de proposer des enseignements, témoignages et échanges dans le but « d’approfondir la connaissance des croyants sur le mystère de l’Eucharistie, affermir la foi et encourager les laïcs taïwanais à vivre davantage du Saint Sacrement », comme l’a encore rappelé Mgr Chung, « et permettre aux non-croyants de découvrir l’essence de ce qui unit l’Église universelle au sommet : le Christ-Eucharistie ».

Une nouvelle évangélisation s’avère nécessaire au moment ou l’Église de Taïwan est à un tournant avec une diminution sensible du nombre de fidèles en raison du vieillissement démographique. En 160 ans de présence sur l’île, l’Église a beaucoup contribué au développement social, à l’éducation et aux soins, tout en mettant en place des formations spirituelles approfondies dans les paroisses. Bien que les catholiques ne représentent qu’à peine 2% des 23,5 millions de Taïwanais, l’Église cherche un nouveau souffle. C’est pourquoi les évêques ont lancé, lors de leur assemblée annuelle en novembre dernier, un vaste état des lieux sur la situation des laïcs et sur l’évolution démographique des fidèles de l’île. Ils ont ainsi lancé un recensement par tranche d’âge et par niveau d’études, dans le but de mieux cibler les mesures à engager pour une nouvelle évangélisation, principalement auprès des jeunes. Le Congrès eucharistique national est d’ailleurs présenté comme un moment phare du lancement de cette nouvelle évangélisation en formant les laïcs à cette mission qui n’est pas réservée au seul clergé. Tout comme « l’envoi du peuple de Dieu à annoncer la Bonne Nouvelle, dans la liturgie de la fin de la messe qui n’est pas un terme mais un commencement, (…) le Congrès eucharistique national doit responsabiliser les croyants à leur tour à cet appel à l’évangélisation ».

Une invitation pastorale et diplomatique

Lors de sa visite au Vatican en octobre 2018, à l’occasion de la canonisation du pape Paul VI, le vice-président taïwanais Philip Chen Chien-jen a invité le pape François à Taïwan, se faisant l’écho de l’invitation des évêques taïwanais lors de leur visite ad limina à Rome, qui avaient invité le Souverain Pontife à venir ai Congrès eucharistique national du 1er mars. Le vice-président Philip Chen Chien-jen est lui-même un acteur privilégié des relations entre Taïwan et le Vatican puisque, de confession catholique, il n’hésite pas à témoigner de la nécessité de « se nourrir de l’Eucharistie » en tant que chrétien, y compris dans la fonction qu’il occupe au palais présidentiel.

Un déplacement pastoral du pape François à Taïwan reste cependant fortement improbable, ne serait-ce qu’en considération des liens avec la Chine. Si le Vatican entretient officiellement des relations diplomatiques avec la République de Chine (nom officiel de Taïwan), le Saint-Siège s’efforce de multiplier les liens et les échanges avec Pékin, comme en témoigne l’accord historique signé en septembre 2018 sur la nomination des évêques. Pour autant, le Vatican affiche sa détermination de ne pas délaisser Taipei. Le 5 janvier dernier, le pape François a ainsi nommé un émissaire spécial pour le représenter sur place au Congrès eucharistique de Taïwan, en la personne du cardinal Fernando Filoni, préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples. Envoyé spécial du pape, c’est d’ailleurs lui qui célèbrera la messe d’envoi du 4e Congrès eucharistique à Chiayi. L’annonce du Saint-Siège a été saluée par la Diplomatie taïwanaise, qui y voit un témoignage des « liens profonds et amicaux entre Taïwan et son allié diplomatique », ajoutant que l’île demeure déterminée à approfondir encore ses échanges et coopérations avec le Vatican « en tant que partenaire important de la communauté internationale, en faveur de la liberté religieuse et pour soutenir les bonnes volontés et la paix dans le monde ».

(EDA / François-Xavier Boulay)


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