Eglises d'Asie

L’Église indienne auprès des plus démunis, frappés par les conséquences économiques du confinement

Publié le 29/04/2020




Entre le 25 mars et le 23 avril, l’alliance Sajha Sanskriti Manch (Forum uni pour la diversité culturelle) de Varanasi, qui regroupe 15 ONG locales, a permis la distribution de colis alimentaires à un total de 9 383 familles, soit 45 030 personnes de la région. Le père Mathew Anand, coordinateur du forum, assure que cette campagne caritative a été une grande bénédiction pour ces populations, particulièrement affectées par la crise économique depuis le début du confinement : « Elle continuera tant que le confinement est maintenu. » Diverses opérations similaires sont organisées dans tout le pays, comme à Delhi, où la paroisse Saint-Alphonse de Vansant Junj distribue des rations alimentaires aux familles.

Selon le père Frederick D’Souza, curé de la paroisse Saint-Alphonse de Vansant Junj (Delhi Sud) et ancien directeur de Caritas Inde, le confinement a entraîné de nouvelles situations de pauvreté parmi les travailleurs à la journée qui ont perdu leurs économies. « Il y a des familles isolées, dont des travailleurs du bâtiment, qui restent cloîtrées dans des conditions misérables près de ma paroisse », explique le prêtre. « Un réservoir d’eau vient occasionnellement, mais la disponibilité des ressources en eau reste irrégulière et leur cause beaucoup de difficultés. Depuis le début du confinement, tout est devenu plus compliqué, et cela concerne aussi l’accès à l’eau potable. Ceci aura forcément des conséquences sur l’hygiène et sur la santé », déplore-t-il. « L’Église prend soin des personnes dans le besoin, en fournissant des rations quotidiennes aux familles. Nous leur rendons visite, et nous procurons aussi du matériel à 30 autres familles », assure-t-il. « Comme il faudra du temps pour que l’économie puisse être relancée, nous pensons que cette situation se poursuivra pendant un moment. Si c’est le cas, le nombre de familles dans le besoin devrait continuer d’augmenter », ajoute le père D’Souza. « Notre équipe a rencontré des femmes et des enfants qui sont inquiets face à l’avenir. »

Dans l’État de l’Uttar Pradesh, le père Mathew Anand vient en aide aux plus pauvres en tant que coordinateur de Sajha Sanskriti Manch (Forum uni pour la diversité culturelle), une alliance de 15 ONG de Varanasi. Son organisation mène des campagnes caritatives dans les rues de Varanasi et dans les villages alentours, en particulier auprès des Dalits (intouchables). « Beaucoup d’entre eux sont appelés ‘musahars’ ou ‘mangeurs de rats’ », confie-t-il. « Cette campagne a été une grande bénédiction pour eux, parce qu’il n’ont plus rien. Elle continuera tant que le confinement est maintenu et tant que nous recevrons des dons », poursuit-il. « Durant les trente derniers jours, beaucoup d’agriculteurs migrants, de paysans sans terre,  de tisserands, de tireurs de rickshaw, de chauffeurs et de vendeurs de rues, sans compter les travailleurs à la journée et les membres des communautés nomades, ont été frappés par la crise économique », regrette-t-il. « Sajha Sanskriti Manch fait de son mieux pour les identifier et leur offrir des rations alimentaires, dont 5 kg de farine, 4 kg de riz, 1 kg de dhal, du sel, de l’huile de cuisson, des biscuits et des masques. Un colis alimentaire permet à une famille de se nourrir pendant sept à dix jours », explique le père Mathew.

45 030 bénéficiaires depuis le 25 mars

« Nous avons lancé cette opération le 25 mars. Entre le 25 mars et le 23 avril, nous avons dépensé 1 663 582 roupies [20 205 euros]. Grâce à cet argent, nous avons pu venir en aide à 4 519 familles. Si on compte les bénéficiaires individuels, on totalise 25 460 personnes. Certains de nos associés ont aussi pu fournir des aides d’urgence supplémentaires de leur côté. Nous avons donc distribué des colis alimentaires à un total de 9 383 familles soit 45 030 personnes », se réjouit-il. « Le 25 avril, la communauté musulmane a commencé le mois de jeûne du ramadan. Pour exprimer notre solidarité avec la communauté musulmane, nous voulons leur fournir des provisions pour le Sahari [le début du jeûne] à l’aube, et pour l’Aftari [la rupture du jeûne] le soir. Nous leur donnerons des dattes, des oignons, des pommes de terre, de la farine de pois-chiche, des légumineuses, des papadums [galettes séchées au cumin], du riz, du blé et du dhal [curry de lentilles]. C’est pour les musulmans démunis qui vivent dans les bidonvilles de Varanasi et de la région. Un colis nous coûte 650 roupies [7,89 euros] », explique-t-il. « Pour l’instant, le travail a pu être effectué grâce à la générosité des gens. Nous leur sommes vraiment reconnaissants pour leur soutien. La lutte contre la faim et contre le coronavirus pourra ainsi continuer pour que nous puissions tous vivre dignement. S’il vous plait, veuillez continuer de nous aider », demande le père Matthew Anand.

(Avec Asianews, Mumbai)


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