Eglises d'Asie

L’Église philippine contre les provocations de Duterte

Publié le 11/12/2018




De nombreux catholiques philippins ont réagi aux propos du président Rodrigo Duterte, le 5 décembre au palais présidentiel de Manille. Duterte s’est attaqué une nouvelle fois aux catholiques lors d’un discours. Depuis son arrivée au pouvoir en juin 2016, de nombreux évêques ont été très critiques contre la politique du gouvernement Duterte, en particulier concernant la guerre contre la drogue et les appels aux meurtres lancés contre les drogués. Ces nouvelles provocations surviennent presque en même temps que l’anniversaire du meurtre du père Marcelito Paez, le 4 décembre 2017 dans la province de Nueva Ecija. Deux autres prêtres philippins ont été tués depuis au cours de l’année.


Le 5 décembre, lors d’un discours prononcé au palais présidentiel de Manille, Rodrigo Duterte s’est attaqué aux évêques du pays, majoritairement catholique, à cause de leurs critiques contre son gouvernement depuis son arrivée au pouvoir, en juin 2016. « Ces évêques, tuez-les », a lancé Duterte. « Ce ramassis d’imbéciles ne sert à rien – ils ne font que critiquer. » Dans un autre discours prononcé ce même jour, le président a renouvelé certaines attaques qu’il avait déjà lancées contre l’Église, l’accusant d’être hypocrite. Les remarques du président ont suivi de peu le premier anniversaire de l’affaire non résolue du meurtre du père Marcelito Paez, le 4 décembre 2017, dans la province de Nueva Ecija. Cette année, deux autres prêtres, le père Mark Ventura et le père Richmond Nilo, ont eux aussi été la cible de tireurs non identifiés. Plusieurs évêques ont réagi en condamnant la gravité des paroles du président. « C’est inquiétant, venant d’un esprit malade comme le sien », confie Mgr Arturo Bastes, évêque de Sorsogon, qui estime qu’il ne faut pas prendre ces provocations à la légère, accusant le président d’être un « fou meurtrier ».

L’évêque auxiliaire de Manille, Mgr Broderick Pabillo, a déclaré que toute personne lançant des appels au meurtre n’est pas un dirigeant digne de ce nom. « Il appelle les gens à enfreindre la loi », poursuit Mgr Pabillo. « J’espère qu’il plaisante, ou alors il est vraiment fou à lier. » L’évêque de Balanga, Mgr Ruperto Santos, a déclaré que le président a perdu toute autorité morale à cause de ses piques cruelles et haineuses. « Ses propos l’ont déshonoré », a-t-il ajouté. De son côté, une organisation laïque influente a appelé les catholiques à « se lever pour défendre notre foi… et renouveler notre engagement en remplissant les églises ». La commission pour les laïcs, Sangguniang Laiko ng Pilipinas, a déclaré que « plus que jamais, les catholiques sont appelés à vivre de manière digne de leur vocation chrétienne ». Julieta Wasan, sa présidente, a invité les catholiques à défendre leur foi « courageusement », non seulement en paroles, mais en particulier « à travers la vie que nous vivons en tant que disciples du Christ ». La Société théologique catholique des Philippines, de son côté, a exprimé sa « solidarité » envers Mgr Pablo Virgilio David, évêque de Kalookan, qui a été particulièrement visé par les attaques grossières du président Duterte.

Contre une culture d’impunité

Le président a en effet accusé l’évêque de Kalookan de détournements de fonds ; il a même insinué que l’évêque pourrait être impliqué dans des trafics de drogue, faisant de lui une cible. « En prenant la défense des victimes de la guerre contre la drogue, Mgr David est devenu un modèle de ce que cela veut dire d’être un bon berger qui défend ses brebis contre les loups », a affirmé la Société théologique, décrivant l’évêque comme « un symbole d’espoir pour l’Église et pour notre société, un exemple de solidarité envers ceux qui sont sans défense ». Le groupe théologique a appelé à mettre fin à la culture d’impunité dans le pays, et à la création d’une « société juste et solidaire ». L’Assemblée œcuménique des évêques (Ecumenical Bishops Forum) a également appelé la population à « défendre leurs évêques et leurs prêtres ». Le père Wilfredo Ruazol, secrétaire général du groupe, a mis en garde contre la gravité des dernières remarques de Duterte, appelant à tuer des membres du clergé. « Ses partisans font tout ce qu’il demande. La dernière fois qu’on l’a entendu donner l’ordre de tuer les drogués, on a compté des milliers de victimes », rappelle le prêtre.

Le palais présidentiel a réagi en minimisant les remarques du président. « Je pense qu’il s’agit seulement d’exagérations de la part du président. Nous devrions être habitués à ce président », a déclaré le porte-parole du président Duterte, Salvador Panelo. Celui-ci a affirmé que le président s’exprime parfois volontairement de façon exagérée, « de manière à produire un effet dramatique ». Salvador Panelo ne pense pas que les paroles du président risquent d’encourager les meurtres contre les prêtres. Rodrigo Duterte, assure-t-il, « se comporte comme n’importe quel autre être humain, il s’énerve quand il voit que le bien qu’il fait pour le pays n’est pas apprécié par ceux qui sont censés le soutenir, comme l’Église ».

(Avec Ucanews, Manille)