Eglises d'Asie

Les catholiques philippins divisés face aux élections de mi-mandat

Publié le 10/05/2019




Le 13 mai, les Philippins vont participer aux élections générales de mi-mandat. À l’approche des élections, en janvier, les évêques catholiques du pays avaient publié une liste de critères de discernement recommandés aux catholiques dans le cadre de la campagne électorale. Les catholiques philippins restent divisés face aux candidats, entre les prises de position des évêques ou des divers responsables laïcs comme le responsable du groupe catholique charismatique El Shaddai, qui compte huit millions de membres dans le pays.

Les élections générales de mi-mandat qui auront lieu ce lundi 13 mai aux Philippines divisent les catholiques dans le pays. Ainsi, l’évêque auxiliaire de Manille, Mgr Broderick Pabillo, a dénoncé les candidats soutenus par un groupe catholique charismatique influent, en les accusant d’être des « voleurs, des meurtriers et des malhonnêtes ». Le 4 mai, le groupe catholique El Shaddai a établi une liste de 14 candidats au Sénat, pour la plupart des alliés du président Rodrigo Duterte. El Shaddai est le plus grand mouvement catholique charismatique aux Phillipines et compte environ huit millions de membres dans le pays. Mike Velarde, à la tête du groupe charismatique, a déclaré qu’il soutient les candidats qu’il estime capables d’aider les pauvres. Mike Velarde, qui a été conseiller spirituel de l’ancien président Joseph Estrada. Il a appelé les membres d’El Shaddai à soutenir le gouvernement au pouvoir durant les élections du 13 mai, tout en ajoutant que « nous ne devons pas les laisser dépasser les limites ». Mike Velarde a ajouté que l’administration Duterte est « capable de faire appliquer la loi ». Mgr Pabilla, de son côté, a appelé les laïcs à s’engager et à soutenir les candidats honnêtes. L’évêque, qui dirige la commission épiscopale pour les laïcs de la conférence des évêques philippins, a déclaré que si Mike Velarde « a l’audace de sortir une liste qui soutient des voleurs, des meurtriers et des gens malhonnêtes, peut-être faudrait-il que nos responsables laïcs fassent la même chose, mais en soutenant des gens honnêtes ? ». « La balle est dans votre camp. Devons-nous nous engager ou les laisser prendre le contrôle parce qu’ils sont plus entreprenants ? », a-t-il demandé. Parmi les candidats cité dans la liste d’El Shaddai se trouve Imee Marcos, fille de l’ancien dictateur Ferdinand Marcos, ainsi que Ramon Revilla Jr. et Jinggoy Estrada, tous deux accusés de détournements de fonds, et Ronald de la Rosa, ancien chef de la police nationale, qui a lancé la « guerre contre les drogues » du gouvernement philippin.

Vote libre et en conscience

Suite à l’annonce d’El Shaddai, les évêques du pays ont rappelé aux catholiques philippins que la déclaration de Mike Velarde n’était pas un ordre. « Ce n’est pas un commandement envoyé à ses partisans, même s’ils devraient le prendre au sérieux », a déclaré Mgr Teodoro Bacani, évêque émérite de Novaliches. Il estime que les gens « doivent voter selon leur conscience ». Le père Ranhilio Aquino, un expert juridique et doyen de l’École supérieure de droit de San Beda à Manille, estime qu’« une chose est claire : les préférences d’un évêque ne sont pas forcément le choix des catholiques ». « C’est le choix de l’évêque, rien de plus, rien de moins, même s’il s’agit d’un groupe d’évêques », a ajouté le prêtre. « C’est la même chose concernant ce leader charismatique. Il ne parle pas au nom de l’Église, et il ne peut pas obliger sa congrégation à voter selon ses préférences. » Le père Aquino souligne que le « vote catholique » est le « vote libre de tout catholique qui fait son choix à la lumière de l’Évangile et du Royaume de Dieu : un royaume de vérité et de lumière, un royaume de justice et de paix, un royaume d’amour ». « Un vote catholique est un vote en conscience, et la souveraineté de la conscience est telle qu’elle doit toujours être libre », poursuit le prêtre. Celui-ci que cela fait partie du vote catholique de demander le programme des candidats, « et quand un ou plusieurs éléments ne semblent pas conciliables avec les enseignements catholiques, peut-on dire qu’il s’agit encore d’un choix catholique ? ».

Dans le sud des Philippines, Mgr Antonio Ledesma, archevêque de Cagayan de Oro, pense que les catholiques doivent chercher l’aide de Dieu quand ils choisissent un candidat. En janvier, la conférence épiscopale a d’ailleurs publié une liste de critères recommandés pour les élections. Les évêques ont appelé les laïcs à former des « cercles » où l’on puisse échanger ouvertement à propos de la campagne électorale et des candidats. Ils ont également encouragé les catholiques à s’engager en politique. « Toute la communauté est concernée par le choix de ses dirigeants », ajoute Mgr Ledesma, qui souligne que les candidats ne doivent pas être élus « selon les avantages que peut en retirer l’électeur mais selon des critères de service public et de bien commun ».

(Avec Ucanews, Manille)