Eglises d'Asie

Les enfants des rues rendent hommage au père Anthony Thaiparambil

Publié le 05/04/2019




Le 22 mars à New Delhi, Mgr Anil Couto, archevêque de Delhi, présidait les funérailles du père Antony Thaiparambil, mort le 19 mars à New Delhi. Le prêtre salésien, qui était âgé de 84 ans, a travaillé auprès des enfants des rues de Calcutta puis de New Delhi durant près de 33 ans. Originaire de l’État du Kerala dans le sud du pays, il est entré dans la congrégation salésienne en 1950. Après un diplôme en travail social, on lui a confié la mission auprès des jeunes en difficulté de Calcutta. Un premier centre d’accueil voyait le jour en 1985, puis un deuxième en 1991. En trente ans, près de 80 000 enfants ont pu être secourus grâce à son action. Aujourd’hui, 500 enfants vivent dans 23 centres « Ashalayam » (Foyers de l’espoir) fondés dans les districts de Howrah, de Calcutta et de Nadia.

Bimal Das n’est plus un enfant des rues, et il n’est pas chrétien non plus. Mais le trentenaire était en larmes lors des funérailles du père salésien Antony Thaiparambil, célébrées dans une église de New Delhi. Bimal Das est venu en avion depuis Calcutta pour la célébration, pour rendre hommage au prêtre qui l’a sauvé des rues de Calcutta quand il avait à peine six ans. « Je n’ai jamais vu Dieu, et je n’ai jamais connu mes parents. Mais si Dieu existe, je suis sûr qu’il ressemble à cet homme », confiait-il après la cérémonie. Selon la congrégation salésienne, le père Thaiparambil est venu en aide à plus de 80 000 enfants comme lui, afin de leur permettre de quitter la rue et de vivre dignement. Le père Thaiparambil a commencé à travailler auprès des enfants de Calcutta en 1985. Bimal Das fait partie des premiers qui ont pu en bénéficier. Le prêtre de 84 ans est mort à New Delhi le 19 mars. Près de 500 personnes, dont de nombreux anciens enfants des rues, ont assisté à la célébration, qui était présidée par Mgr Anil Couto, archevêque de Delhi, et par Mgr Vincent Cocessao, archevêque émérite de Delhi. Durant la célébration, des témoins ont rappelé comment le père Thaiparambil avait découvert la misère des enfants vivant dans les rues de Calcutta, en particulier près de la gare ferroviaire de Howrah, le poussant à faire quelque chose pour eux.

En 1985, le prêtre a ouvert un premier centre d’accueil de nuit pour quatorze enfants dans un bidonville de Howrah, avec l’aide de l’ONG Seva Sanga Samity, et il a commencé à vivre avec eux. Sainte Mère Teresa de Calcutta était présente pour l’inauguration d’un second centre « Ashalayam » (Foyers de l’espoir) en 1991, puis d’un troisième en 1995. Aujourd’hui, près de 500 enfants vivent dans 23 centres Ashalayam à Howrah, Calcutta et Nadia, dans l’État du Bengale occidental. Après être arrivé à New Delhi en 1995, le père Thaiparambil a ouvert trois nouveaux centres : en 1997, le centre « Don Bosco Ashalayam » de Bindapur ; en 1999 à Palam Gaon, et en 2007 à Lucknow (transféré ensuite à Mohanlalganj). Bimal Das explique que le prêtre lui a donné « une nouvelle vie, une identité ». Il n’avait pas de nom. Les enfants qui l’entouraient lui donnaient des surnoms qu’ils affectionnaient, ajoute Bimal avec émotion. « Je me souviens peu du moment où j’ai été secouru, parce que j’étais trop jeune, j’avais à peine six ans, et je traînais là avec d’autres enfants », poursuit Bimal. « Le père Thaiparambil m’a donné un nom et un âge. Mais c’est bien plus que cela… » Milan Das travaille aujourd’hui avec le projet Child Help Line, un programme du gouvernement qui vient en aide aux enfants des rues. Il vit toujours dans le centre où il a grandi, à Howrah.

Près de 80 000 enfants touchés par son action

Le père Thaiparambil, originaire de l’État du Kerala dans le sud du pays, est entré dans la congrégation salésienne en 1950. Une fois diplômé dans le domaine du travail social, le prêtre a été assigné à la mission auprès des enfants et des jeunes en difficulté de Calcutta. Johnny Deepak Kumar, un autre enfant secouru par le prêtre à la gare de New Delhi, explique qu’il vendait du pop-corn sur le quai de la gare, où il dormait avec d’autres enfants. « Une nuit d’hiver, il faisait froid et je dormais sur le quai, en me protégeant avec du papier journal. J’ai alors senti quelqu’un me couvrir d’une couverture. C’était ma première rencontre avec le père », raconte-t-il. Johnny, qui utilise le nom que le prêtre lui a donné, a aujourd’hui 35 ans. Il est marié et a deux enfants. Il explique que le père Thaiparambil est venu leur rendre visite régulièrement sur leur quai de gare, en leur apportant des vêtements et de la nourriture, et peu à peu, les enfants ont fini par accepter de venir dans le centre. « J’ai la chance d’être la première personne à être entrée dans le centre Ashalayam de New Delhi en 1991. » Le prêtre lui a donné une éducation et l’a formé au travail social. Aujourd’hui, il travaille pour l’hôpital de la Sainte Famille de Delhi avec d’autres volontaires, pour aider le centre Ashalayam à secourir d’autres enfants qui vivent dans les gares routières et ferroviaires ou dans la rue.

Selon l’Unicef, en 1994 l’Inde comptait encore environ 11 millions d’enfants vivant dans la rue. Selon les organisations militantes, ce chiffre serait cependant sous-estimé. Bimal Das explique que sans l’intervention du prêtre, il serait resté dans la misère toute sa vie. Un jour, il lui a demandé de devenir catholique. « Mais le prêtre m’a répondu ceci : quelle que soit la religion que vous choisissez, il faut d’abord que vous vous respectiez vous-mêmes et vos camarades, parce que servir l’humanité, c’est ce qu’il y a de plus saint dans ce monde », poursuit Bimal. « Je suis triste que le père n’est pas avec nous aujourd’hui, mais je n’aurai plus jamais faim, parce que j’ai été béni par Dieu », ajoute-t-il. Dans son message de condoléances, le père Nirmol Gomes, provincial salésien de Calcutta, rappelle que grâce à « sa vision inspirée et ses initiatives », le père Thaiparambil « a permis de secourir des milliers d’enfants, en donnant du sens à leur vie, en leur donnant un toit et de l’espoir ». Mgr Thomas Menamparampil, administrateur apostolique du diocèse de Jowai, confie de son côté que le prêtre était « toujours une source d’encouragement » pour lui. « Je ne l’ai jamais vu élever la voix. Il voyait toujours les choses de façon positive. Je ne l’ai jamais vu énervé ou en colère. »

(Avec Ucanews, New Delhi)


CRÉDITS

Bijay Kumar Minj