Eglises d'Asie

Les évêques indonésiens invitent à s’inspirer de l’encyclique Fratelli Tutti pour renforcer l’unité interreligieuse

Publié le 15/10/2020




Deux semaines après la publication de l’encyclique Fratelli Tutti du pape François, les évêques indonésiens invitent à s’en inspirer pour renforcer la fraternité interreligieuse. De son côté, le père Vinsensius Mbula, président du Conseil national de l’enseignement catholique, explique que son équipe songe à diffuser les messages de la nouvelle encyclique dans les établissements catholiques. Le père Mbula ajoute que leurs objectifs illustrent l’appel à la fraternité défendu par le pape, en cherchant à faire des écoles catholiques indonésiennes « des espaces de rencontre », dans un pays majoritairement musulman.

Durant la pandémie, un jeune activiste catholique de Bandung (Java occidental) offre quelques courses alimentaires à une femme musulmane.

Les responsables religieux indonésiens ont déclaré que la dernière encyclique du pape François, Fratelli Tutti, les a encouragés à renforcer la coopération entre croyants dans le pays, en particulier en ces temps de pandémie. L’encyclique, publiée le 3 octobre à Assise, propose un regard du pape « sur la fraternité et l’amitié sociale ». Le père Vinsensius Darmin Mbula, président du Conseil national de l’enseignement catholique, explique qu’ils étudient actuellement les messages contenus dans l’encyclique afin de les transmettre et de les enseigner dans les établissements catholiques du pays. Le père Mbula ajoute que l’encyclique est proche de leurs objectifs, à savoir faire des écoles catholiques indonésiennes, dans un pays majoritairement musulman, des « espaces de rencontre avec les autres, comme frères et sœurs », afin de favoriser l’harmonie interreligieuse. Le prêtre confie qu’ils prévoient aussi d’intégrer les messages de la nouvelle encyclique dans le programme scolaire des établissements catholiques. Le père Alsis Goa Wonga, directeur général de la Commission franciscaine pour la Justice, la Paix et l’Intégrité de la Création, confie qu’ils ont également organisé plusieurs événements afin de présenter la nouvelle encyclique. « Nous avons notamment organisé un ‘webinaire’ le 28 octobre, afin de marquer la commémoration de la première rencontre interreligieuse à Assise », ajoute-t-il.

Unité face à la crise

De son côté, le révérend Gomar Gultom, président de la Communion des Églises d’Indonésie, explique qu’il « a accueilli l’encyclique avec joie et reconnaissance envers le pape, qui nous rappelle que le virus de l’individualisme radical, qui détruit notre fraternité aujourd’hui, pénètre aussi nos institutions religieuses ». « L’encyclique tombe à point nommé concernant l’état du monde d’aujourd’hui, qui continue d’exploiter les ressources disponibles », ajoute-t-il. Concernant l’Indonésie, l’encyclique est pertinente notamment concernant le fait que la religion est souvent utilisée pour servir des intérêts personnels. « L’encyclique nous invite à sortir de nous-mêmes, y compris des limites de nos propres confessions religieuses, afin d’aller à la rencontre des autres. » Selon lui, les communautés religieuses en Indonésie « doivent accepter de voir les autres comme des voisins et des proches, en particulier ceux qui souffrent, qui sont marginalisés et blessés, quelles que soient les différences ethniques, religieuses ou politiques ». Ahmad Nurcholish, directeur adjoint d’une organisation interreligieuse locale (Indonesia Conference on Religion on Peace), estime que la nouvelle encyclique appelle d’urgence à l’unité face à la crise.

Il ajoute que le message du pape a été relayé au moins par les personnalités et les institutions religieuses qui appellent, depuis le début de la pandémie, à la solidarité internationale. « Presque toutes les religions ont lancé des œuvres humanitaires dans le cadre du Covid-19 et pour soutenir les personnes dans le besoin », souligne Ahmad Nurcholish. Ce dernier évoque notamment la création d’un réseau humanitaire interreligieux formé de 20 institutions religieuses indonésiennes, dont la Conférence des évêques d’Indonésie et plusieurs des plus grandes organisations musulmanes du pays, dont Nahdlatul Ulama et Muhammadiyah. Ce réseau, dont Ahmad est le coordinateur, a distribué des colis alimentaires à 25 000 familles de Jakarta et Java occidental, ainsi que près de 500 000 masques à des hôpitaux de Java, de Sumatra, du Nusa Tenggara oriental (Petites îles de la Sonde orientales) et de Papouasie. Selon Ahmad, ces initiatives illustrent une forme de « dialogue véritablement tourné vers le bien commun », selon les mots du pape François dans son encyclique.

(Avec Ucanews, Jakarta)


CRÉDITS

Edi Silaban