Eglises d'Asie

Les évêques mettent en garde contre les dérives sectaires à l’approche des élections régionales

Publié le 12/02/2021




Les religieux dénoncent des tentatives de monter les communautés chrétiennes et musulmanes les unes contre les autres, tandis que le BJP (Parti Indien du Peuple) pro-hindou cherche à gagner du terrain dans l’Etat-clé du Kerala.

A l’approche des élections dans l’État du Kerala, les évêques catholiques ont mis en garde la population contre des tentatives de manipulation politique visant à polariser les communautés sur les questions religieuses, dans cet Etat du Sud de l’Inde.

L’avertissement des évêques est intervenu après le discours d’un dirigeant politique qui justifiait la prise de contrôle de la cathédrale Sainte-Sophie, vieille de 1500 ans, en Turquie et sa transformation en mosquée. « Des efforts sont réalisés pour créer un fossé entre chrétiens et musulmans dans l’État juste avant les élections, avec des campagnes politiques fausses, trompeuses et calomnieuses », a déclaré Mgr Joseph Pamplany, président de la commission des médias du Conseil des évêques catholiques du Kerala (KCBC).

La KCBC a exhorté les dirigeants politiques à s’abstenir de tout discours qui polarise les électeurs autour de questions communautaires, dans un communiqué publié le 5 février.

Des élections régionales sont prévues au Kerala en avril-mai pour élire 140 députés afin de représenter les 33 millions habitants de l’État, alors que le mandat de cinq ans des représentants actuels se termine le 1er juin.

L’État du Kerala est l’objet d’une féroce bataille pour le pouvoir alors que le parti pro-hindou Bharatiya Janata (BJP), qui dirige le gouvernement fédéral, tente d’y prendre pied. Le BJP cherche à recueillir des votes hindous dans cette province diversifiée, où les hindous constituent environ 54% de la population, tandis que les chrétiens et les musulmans en représentent 45% : respectivement 26% pour les musulmans et 18% pour les chrétiens, mais les deux communautés ont un pouvoir décisif dans certaines zones où elles sont majoritaires.

« Des rumeurs calomnieuses circulent sur les réseaux sociaux pour diviser les chrétiens et les musulmans », a déclaré Mgr Pamplany.

Le BJP a créé la surprise lors des dernières élections au Kerala en y remportant un siège. Ses représentants assurent à présent pouvoir en gagner au moins 30, faisant de cette élection une bataille entre trois titans.

Jusqu’ici, l’État était le théâtre d’une alternance politique immuable entre le parti du Congrès du Front démocratique uni (UDF) et le Front démocratique de gauche (LDF) dirigé par les communistes, chacun arrivant au pouvoir suite à la défaite de l’autre.

Mais les sondages semblent pencher cette fois pour un maintien au pouvoir de l’alliance dirigée par les communistes, qui possèdent une base de soutien solide parmi tous les groupes religieux – hindous, chrétiens et musulmans.

La division entre chrétiens et musulmans profiterait au BJP

« Désormais, certains intérêts particuliers visent à créer une division communautaire entre les chrétiens et les musulmans vivant en paix dans l’État », a déclaré Mgr Pamplany le 10 février. « Ils essaient de d’instiller l’idée que les chrétiens sont contre les musulmans, parce qu’ils ont soulevé la question du jihad amoureux » a ajouté le prélat. Le terme fait allusion au phénomène des jeunes hommes musulmans qui feignent l’amour et épousent des chrétiennes pour pouvoir les convertir à l’Islam.

« Ce sont encore une fois des informations totalement fausses et trompeuses qui créent la haine entre communautés. La réalité est que la position de l’Église sur le jihad amoureux n’est pas dirigée contre l’Islam. Nous ne sommes opposés qu’à certains éléments de tels actes », a déclaré l’évêque.

Lors des élections locales de décembre 2020, l’Alliance nationale démocratique dirigée par le BJP a récolté 15% des voix, signe d’un soutien croissant au Kerala. L’UDF, dirigée par le Congrès, n’a remporté que 37% des voix. Selon plusieurs analystes, le phénomène serait dû aux défections de chrétiens qui auraient changé de camp et accordé leur vote aux communistes, alors que les communautés chrétiennes votaient jusqu’ici traditionnellement pour l’Alliance du Congrès.

Mgr Pamplany nie cette allégation. Pour lui, « ce sont les luttes internes au Congrès et avec leurs partenaires de l’Alliance, qui ont conduit à la défaite aux élections locales et les chrétiens ne devraient pas être blâmés pour cela. »

« L’Église n’a pris le parti d’aucun parti politique. Au contraire, elle a toujours soutenu les partis qui promeuvent la laïcité et les valeurs démocratiques associées à un programme de développement pour le bien-être de tous », a déclaré Mgr Pamplany, qui est également l’évêque auxiliaire du diocèse de Tellicherry.

Les observateurs politiques estiment qu’une division entre chrétiens et musulmans peut aider le BJP à gagner du terrain au Kerala, même s’il n’a pour l’instant aucune chance de s’emparer du pouvoir.

« Nous voyons souvent des soi-disant musulmans sur les réseaux sociaux cibler des chrétiens. Mais quand on creuse un peu, on s’aperçoit que leurs identifiants sont faux. En réalité, ces identités appartiennent souvent à des personnes hindoues », affirme Shaiju Antony, un leader catholique. Parfois, nous voyons des réactions violentes de la part des chrétiens sous ces faux messages. De telles campagnes font partie d’un plan bien orchestré pour créer un fossé communautaire entre chrétiens et musulmans.  »

(Avec Ucanews)