Eglises d'Asie

Les Indonésiens profitent du combat écologique d’un franciscain

Publié le 03/01/2019




Contrairement aux régions plus fertiles comme Sumatra ou le Kalimantan, où les plantations d’huile de palme emploient de nombreux ouvriers agricoles, les terres de la province du Timor occidental restent stériles et arides. En 2013, en découvrant cela à son arrivée dans la région, le père franciscain Yohanes Kristoforus Tara s’est consacré à la protection des terres et à l’émancipation économique de la région. Son action, qui commence déjà à porter ses fruits et qui est menée en lien avec le gouvernement local, lui a valu le prix Kalpataru, une récompense accordée par le gouvernement du district de Belu, dans le Nusa Tenggara oriental (Petites îles de la Sonde).

Arrivé dans la province du Timor occidental en 2013, le père franciscain Yohanes Kristoforus Tara y a trouvé des terres stériles et arides. Il était encore plus inquiet quand il a découvert que beaucoup de catholiques avaient quitté la province pour travailler à l’étranger ou dans les plantations d’huile de palme de Sumatra ou du Kalimantan. Le père Kristo, ainsi qu’il est connu dans la région, est aujourd’hui curé de la paroisse Saint-François d’Assise de Laktutus, près de la frontière bordant le Timor Leste. La paroisse compte près de 3 000 fidèles, dont 300 sont partis travailler à l’étranger, pour la plupart en Malaisie. « Je me demandais pourquoi les gens préféraient travailler dans d’autres exploitations plutôt que sur leurs propres terres », explique le prêtre. Il a rapidement découvert que les locaux recherchaient les régions plus fertiles ou bien partaient à l’étranger pour des raisons économiques. La plupart des terres du Timor sont sèches, les niveaux de pluie restant bas tout au long de l’année. Le père Kristo s’est donc attelé à la sauvegarde des terres et à l’émancipation économique de la région. Il a entamé des échanges avec les chefs de communautés et avec le gouvernement local, tout en partageant ses messages avec les fidèles lors des célébrations. La première étape a été franchie en 2014, en demandant aux familles de planter des arbres devant chez eux et de réserver des portions de terrain dans leurs jardins pour y planter des sources d’approvisionnement en bois. « Les forêts diminuent parce que nous coupons les arbres pour construire des maisons », explique-t-il. « Je leur demande donc de planter des arbres pour qu’ils puissent avoir plus tard des réserves de bois pour construire de nouveaux logements pour leurs enfants. » Il a donc mobilisé les efforts pour planter des arbres pouvant servir de bois de charpente tels que de l’acajou, de l’arbre à pluie (samanea saman) ou de l’albizia. Le gouvernement a fourni une partie des semences. Le père Kristoforus a également encouragé les habitants à planter des caféiers afin de soutenir l’économie de la communauté. En tout, sous la supervision du prêtre, plus de 10 000 arbres et 15 000 caféiers ont été plantés, dans le but de protéger l’environnement et d’améliorer le quotidien des habitants.

Mise à l’épreuve

Le père Kristo explique qu’il a commencé les opérations en plantant des arbres et des caféiers sur un terrain de six hectares appartenant à la paroisse. Certains ont suivi son exemple, mais d’autres n’ont montré aucun intérêt pour son programme de reboisement. Le défi consiste donc à changer l’état d’esprit de la population, qui pense généralement que le travail devrait entraîner des revenus immédiatement, ce qui veut dire que les gens préfèrent travailler comme ouvriers agricoles ou partir à l’étranger. Selon le prêtre, les gens sont restés endormis pendant longtemps, et sont restés peu sensibilisés à la nécessité de protéger l’environnement. Il accuse également le gouvernement de trop se reposer sur l’argent pour faire marcher ses programmes ; le prêtre estime par ailleurs que ses efforts de reforestation sont pratiquement symboliques. « Il y a eu un programme de reboisement, mais il n’a pas été supervisé, ni contrôlé », regrette le prêtre. Le père Kristo explique qu’il sensibilise les villageois sans cesse. « Je leur ai dit que s’ils ne plantent pas aujourd’hui, leurs enfants n’auront pas de bois pour construire leurs foyers. Et s’ils ne prennent pas soin des sources, leurs petits-enfants n’auront pas d’accès à l’eau potable. » Les efforts du franciscain lui ont valu le prix Kalpataru, une récompense accordée par le gouvernement du district de Belu. Yoanita Mesak, chef du département de l’environnement pour le district, assure que le père Kristo est un exemple pour le gouvernement et pour la population de la région. « Son engagement nous montre comment nous pouvons aimer et prendre soin de l’environnement. »

Des efforts qui portent leurs fruits

Le souci du prêtre pour l’environnement a commencé quand il a été nommé à Jakarta au sein de la Commission franciscaine pour la justice, la paix et l’intégrité de la Création. En 2009, il a créé le forum des jeunes pour la justice et la paix, un groupe d’étudiants qui s’est engagé contre les exploitations minières dévastatrices – en particulier dans les petites îles telles que les Petites îles de la Sonde orientales (Nusa Tenggara). Il a également organisé des manifestations ainsi que des rencontres avec la police et le gouvernement, et développé les échanges entre ONG sur les questions environnementales. À son arrivée au Timor occidental, il s’est opposé à la présence de la société PT Soe Makmur Resources, une entreprise exploitant le manganèse dans le district du Timor central sud, en occupant le site d’exploitation de la société avec les habitants. La société a le permis d’exploiter 4 555 hectares, un terrain qui couvre six villages et deux sous-districts, ce qui menace les terres agricoles et assèche les sources d’eau. Le gouverneur des Petites îles de la Sonde orientales, Viktor Bungtilu Laiskodat, qui défend la lutte du père Kristo, a signé une directive en novembre soutenant l’imposition d’un moratoire sur tous les permis d’exploitation minière dans la province. « Je veillerai également à ce que cela soit vraiment appliqué », a-t-il déclaré. Le père Kristo explique qu’il recherche toujours des solutions de développement économique qui ne risquent pas d’endommager l’environnement. Ses efforts ont commencé à porter leurs fruits, assure Isto Sury, 46 ans, l’un des chefs du village de Lakturus, en citant l’exemple des caféiers plantés à la demande du prêtre. « Il nous a ouvert l’esprit », ajoute Isto Sury. « Cela nous donne de l’espoir de chercher des opportunités de travail et de développement sur nos propres terres plutôt qu’ailleurs. »

(Avec Ucanews, Jakarta)


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