Eglises d'Asie

Les langues autochtones d’Asie du Sud-Est gravement menacées selon l’ONU

Publié le 10/06/2021




Le 8 juin, le bureau de l’Unesco à Bangkok et le bureau du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) ont publié une déclaration commune en appelant à « protéger les langues autochtones menacées », notamment en Asie du Sud-Est. Selon l’Unesco, sur 7 100 langues à travers le monde, on compte plus de 2 000 langues indigènes en Asie, dont neuf sur dix sont parlées par moins de 100 000 personnes dans des pays comme la Birmanie, la Thaïlande et le Laos.

La langue Hmong est parlée par près de 4 millions de personnes dans le nord de la Thaïlande, au Laos, au Vietnam, en Birmanie et dans plusieurs régions chinoises.

Selon l’Unesco, sur près de 7 100 langues à travers le monde, on compte plus de 2 000 langues indigènes asiatiques, dont neuf sur dix sont parlées par moins de 100 000 personnes dans des pays comme la Birmanie, la Thaïlande et le Laos – qui comptent de nombreuses minorités ethniques. L’organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture estime que beaucoup de langues indigènes à travers l’Asie du Sud-Est risquent de s’éteindre, à moins que des efforts ne soient entrepris pour les sauver. Plusieurs de ces langues ne sont parlées que par les plus âgés, ce qui signifie qu’elles pourraient disparaître complètement d’ici quelques années. « Protéger les langues menacées, c’est une question qui relève des droits de l’homme, et le temps est compté », ont alerté Shigeru Aoyagi, directeur du bureau de l’Unesco à Bangkok, et Cynthia Veliko, représentante régionale du bureau du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), qui ont publié une déclaration commune le 8 juin. « L’extinction de n’importe laquelle de ces langues serait une perte irréparable pour nous tous et pour le patrimoine commun de l’humanité », ont-ils souligné.

Les causes de la vulnérabilité des langues des minorités à travers l’Asie du Sud-Est et sur tout le continent asiatique comprennent une homogénéisation culturelle grandissante et un manque de ressources éducatives pour les minorités et les communautés défavorisées qui parlent ces langues. « La menace qui pèse sur les langues indigènes n’est pas un cas isolé. Au contraire, cela fait partie d’une marginalisation des droits des populations indigènes au sein des sociétés dominantes », notent Shigeru Aoyagi et Cynthia Veliko. Dans leur déclaration, ils ajoutent que les dix membres de l’Asean (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) doivent travailler ensemble pour « soutenir les peuples indigènes, juridiquement, socialement et culturellement, afin de les aider à préserver, protéger et rajeunir leurs langues et cultures menacées ».

Décennie internationale des langues autochtones

Dans le cadre d’une initiative globale destinée à préserver et rajeunir les langues indigènes en danger, les Nations unies lanceront, l’an prochain et jusqu’en 2032, la décennie internationale des langues autochtones. Le bureau local de l’Unesco doit également lancer des actions particulières en Asie du Sud-Est, notamment sur les plans culturels, éducatifs et juridiques, afin d’aider les peuples indigènes et les minorités à préserver leurs langues et autres formes d’expression culturelle. « Les communautés autochtones elles-mêmes seront au cœur de chaque action », assurent Shigeru Aoyagi et Cynthia Veliko. « La clé sera d’aider les communautés indigènes à se doter d’un meilleur accès aux nouvelles technologies et aux outils d’apprentissage et de traduction, afin de mieux préserver, protéger et revitaliser leurs langues », ajoutent-ils. « Le développement de nouveaux organes de presse est également important, afin de permettre aux utilisateurs des langues menacées d’exprimer leurs opinions sur les questions qui les concernent. »

Selon les experts de l’ONU, les communautés marginalisées des pays comme la Thaïlande, la Birmanie, le Laos, le Cambodge et le Vietnam doivent pouvoir avoir leur mot à dire à propos des politiques et décisions gouvernementales qui affectent leurs vies. Toutefois, ils déplorent un manque de liberté d’expression dans ces pays, qui continue d’affecter les citoyens, en particulier les minorités. « De manière générale, à travers la région, la capacité d’exercer la liberté d’expression est sous pression dans chaque pays », confie David Kaye, professeur de droit aux États-Unis, ancien rapporteur spécial de l’ONU sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression (de 2014 à 2020). « Dans tous les pays de la région, on peut voir la pression des gouvernements qui cherchent à réprimer ce que les gens peuvent dire et publier, et à criminaliser toute dissidence », poursuit David Kaye.

(Avec Ucanews)


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