Eglises d'Asie

Les Missionnaires de la Charité de Ranchi auprès des plus affectés par la crise au Jharkhand

Publié le 10/04/2020




Les Missionnaires de la Charité de l’État du Jharkhand, dans le nord-est de l’Inde, qui avait été accusées récemment de trafic d’enfants, se sont associées au gouvernement de l’État pour offrir une aide alimentaire aux travailleurs migrants et aux lépreux, affectés par les conséquences économiques du confinement imposé dans le pays. Deux ans après la fermeture de leur foyer pour mères célibataires, à Ranchi, la capitale du Jharkhand, les religieuses sont aujourd’hui à la tête d’une soupe populaire parrainée par le gouvernement de l’État du Jarkhand, qui permet de nourrir plus de 600 personnes.

Mgr Felix Toppo, archevêque de Ranchi, le 7 avril, alors qu’il inaugure une soupe populaire gérée par les Missionnaires de la Charité, afin de nourrir les personnes affectées par la situation de confinement dans l’État du Jharkhand.

La plupart des travailleurs à la journée se retrouvent démunis dans plusieurs centaines de villes indiennes comme Ranchi, dans l’État du Jharkhand, dans le nord-est du pays, où nombre d’entre eux sont privés de travail depuis le début du confinement de trois semaines, annoncé par le Premier ministre Narendra Modi jusqu’au 15 avril au moins. Le 7 avril, Mgr Felix Toppo, archevêque de Ranchi, a inauguré une soupe populaire gérée par les Missionnaires de la Charité de Ranchi, pour une durée d’au moins un mois, alors que le gouvernement et l’Église locale estiment que le confinement et les autres restrictions imposées sur les activités publiques risquent de continuer au-delà du 15 avril. Ce sont ces même religieuses qui avaient été accusées, il y a deux ans, de trafic d’enfants par le gouvernement local – qui les soutient aujourd’hui dans leur opération d’aide alimentaire, aux côtés de l’archidiocèse de Ranchi. La soupe alimentaire ouverte à Ranchi doit également s’étendre à Indira Nagar, une enclave de plus de 200 familles anciennement affectées par la lèpre. Depuis le confinement, ces dernières risquent la famine. L’annonce du confinement, confirmée par le Premier ministre le 24 mars à minuit, n’a laissé à la population que quatre heures pour se préparer, frappant soudainement plusieurs millions de travailleurs qui n’ont pas pu retourner chez eux.

« Les religieuses ont pris en charge les travailleurs migrants après avoir été sollicitées par le gouvernement. Elles sont également soutenues par l’archidiocèse », explique Mgr Theodore Mascarenhas, évêque auxiliaire de Ranchi. « C’est comme une soupe populaire commune lancée par l’État et par les religieuses. Le gouvernement a accepté de fournir du riz et des légumineuses », ajoute l’évêque, qui est également l’ancien secrétaire général de la conférence épiscopale indienne. Rai Mahimapat Ray, commissaire adjoint de Ranchi, qui contrôle l’aide humanitaire auprès des travailleurs migrants de la ville, a promis d’aider les religieuses dans leur travail auprès des personnes dans le besoin. « L’Église catholique a mis à disposition ses 14 écoles de Ranchi pour loger les travailleurs migrants, à la demande de l’État. Deux établissements sont déjà occupés », confie Mgr Mascarenhas. Il ajoute que l’archidiocèse collabore avec les religieuses afin de collecter des légumes et autres biens alimentaires pour servir des repas complets aux plus démunis. Le diocèse prévoie également d’ouvrir une autre soupe populaire afin de nourrir plus de 500 personnes supplémentaires, grâce à des dons et aides reçus d’autres organisations humanitaires catholiques.

Le Jharkhand plus ouvert depuis les élections de 2019

Les Missionnaires de la Charité, fondées par sainte Teresa de Calcutta, comptent près de 5 000 religieuses vivant dans plus de 770 foyers à travers le monde, dont 243 en Inde. Elles dirigent des centres pour les plus démunis et pour les mourants, ainsi que des foyers pour les mères célibataires et des orphelinats. À Ranchi, elles ont connu des heures difficiles sous le gouvernement BJP (Bharatiya Janata Party) nationaliste hindou. Depuis les élections locales de décembre dernier, un gouvernement laïc mené par le parti Jharkhand Mukti Morch (Parti de la libération du Jharkhand) a chassé le BJP du pouvoir dans la région. Les groupes hindous qui soutiennent le BJP dénoncent souvent les œuvres missionnaires caritatives comme une façade pour des conversions religieuses forcées, dans leur perspective d’une nation exclusivement hindoue. Les responsables chrétiens de la région affirment que les actions qui ont été menées contre les Missionnaires de la Charité de Ranchi faisaient partie d’un plan destiné à ternir l’image des œuvres missionnaires dans l’État du Jharkhand.

Le 5 juin 2018, la police de l’État a arrêté sœur Concilia Baxla, supérieure du foyer de Nirmal Hriday (Tendre cœur), un centre d’accueil pour les mères célibataires géré par les Missionnaires de la Charité. La police l’a accusée d’avoir vendu le nouveau-né d’une mère non mariée, avec la complicité d’une membre du personnel du foyer, Anima Indwar. La religieuse est restée en prison pendant plus d’un an, jusqu’au 27 septembre dernier, quand elle a été libérée sous caution. À la demande du gouvernement fédéral, les autorités indiennes ont également lancé une enquête auprès de tous les établissements gérés par la congrégation dans le pays, sans trouver aucune violation particulière. Les religieuses de Ranchi, de leur côté, ont continué leur travail auprès des pauvres. « Maintenant, l’État a un gouvernement plus favorable avec le nouveau ministre en chef, Hemant Soren », se réjouit un responsable catholique local. Le Jharkhand compte environ 1,5 million de chrétiens, pour la plupart issus des populations indigènes, sur 32 millions d’habitants. La proportion de chrétiens dans la région, 4,3 %, représente plus du double de la moyenne nationale.

(Avec Ucanews)


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