Eglises d'Asie

Les Philippins méfiants face à la visite de Xi Jinping

Publié le 22/11/2018




Suite à la visite du président chinois Xi Jinping aux Philippines, les 20 et 21 novembre, les Philippins se montrent méfiants. Les questions des critiques portent sur les différents accords qu’il est venu signer dans le pays auprès du président philippin Rodrigo Duterte, dans divers secteurs. Les évêques philippins demandent quant à eux à Xi Jinping de respecter les revendications territoriales en mer de Chine méridionale. Le 20 novembre, de nombreux militants ont manifesté à Manille, notamment afin de s’opposer aux projets financés par la Chine affectant les communautés indigènes.

La première visite d’État du président chinois Xi Jinping aux Philippines, les 20 et 21 novembre, a suscité de nombreuses inquiétudes face à la montée des intérêts économiques de la Chine dans l’archipel philippin. Le but de sa visite était de signer plusieurs accords de financement sur différents projets d’infrastructure, à hauteur d’environ 14 milliards de dollars américains, soit presque la moitié du budget de l’ambitieux programme d’infrastructures philippin « Build-Build-Build ». La Chine s’était engagée à hauteur de 24 milliards de dollars US de prêts et investissements, mais seule une partie des investissements prévus s’est concrétisée, et les critiques du président Duterte l’accusent d’avoir été dupé. Des groupes tribaux ont également manifesté à Manille afin d’élever la voix contre les projets – comprenant des barrages – qui affecteraient les communautés indigènes. L’alliance tribale Sandugo a déclaré que les projets de barrage forceraient les tribus à quitter leurs terres ancestrales et « les plongeraient encore plus dans la pauvreté ».

Le groupe de travail philippin sur les droits des peuples autochtones (Philippine task force for indigenous people’s rights) a déclaré que les projets seraient financés par des prêts à fort taux d’intérêt « qui se cachent sous l’apparence de subventions et d’aide au développement ». La fondation Ibon, think tank indépendant, a remarqué que l’aide chinoise au développement a été connu pour saisir les fonds et actifs publics d’un pays en cas d’incapacité à rembourser ses dettes. La fondation Ibon a pris l’exemple du gouvernement sri-lankais, qui a été forcé d’accorder à la société China Merchants Port Holdings une concession de 99 ans sur le port de Hambantota. Le gouvernement chinois a annoncé récemment que ses investissements aux Philippines avaient été multipliés par cinq durant les six premiers mois de l’année, après avoir augmenté de près de 67 % l’année dernière. Les investisseurs chinois ont déjà investi de l’argent dans divers secteurs aux Philippines (jeux en ligne, immobilier, prestataires de services et autres sociétés philippines), mais des négociations sont encore en cours portant sur divers investissements industriels ou sur de grands projets d’infrastructure.

90 % du territoire revendiqué en mer de Chine

Les relations entre Pékin et Manille se sont réchauffées depuis l’arrivée de Duterte au pouvoir en 2016. Le leader philippin a même rejeté la décision d’un tribunal international en 2016, qui condamnait les revendications territoriales excessives de Pékin en mer de Chine méridionale. Au moins deux évêques catholiques ont déclaré que la visite de Xi Jinping devrait être une opportunité pour le pays de faire pression sur la Chine sur le sujet. « Le gouvernement chinois se montre intimidant contre tous les pays qui ont des revendications légitimes en mer de Chine », a soutenu Mgr Arturo Bastes, évêque de Sorsogon. Mgr Bastes a ajouté que les dirigeants du pays « doivent saisir cette opportunité de protester respectueusement auprès du président chinois ». « En tant que nation souveraine, les Philippines doivent être traitées avec la même dignité », a ajouté l’évêque.

La Chine revendique 90 % du territoire en mer de Chine méridionale en utilisant une délimitation appelée la « ligne des neuf traits ». Pékin a maintenu agressivement ses propres règles en ignorant les revendications des autres pays, qui s’appuient sur Convention des Nations unies sur le droit de la mer. La Convention stipule que le territoire d’un pays s’étend à 200 miles nautiques au large de ses côtes. Le territoire disputé est riche en réserves gazières et pétrolières, estimées à 11 milliards de barils de pétrole et 5,38 billions (5 380 milliards) de mètres cubes de gaz naturel, et couvre 10 % de la cartographie mondiale des zones de pêche. Près de 30 % du trafic maritime mondial passe par la mer de Chine méridional. Mgr Ruperto Santos, évêque de Balanga, partage son espoir de voir Xi Jinping manifester, durant cette visite « son respect pour notre souveraineté, son soutien pour notre aspiration commune à la paix, et des solutions amiables à propos des îles contestées ». L’évêque a ajouté qu’il espérait que le président chinois verrait « les vrais sentiments des Philippins », en particulier ceux des communautés autochtones particulièrement affectées par les projets financés par la Chine.

(Avec Ucanews, Manille)


CRÉDITS

Jire Carreon