Eglises d'Asie

Les touristes taïwanais recommandés d’éviter les « actes séditieux » à Hong-Kong

Publié le 24/06/2023




Le 21 juin, la Commission des affaires continentales (Mainland Affairs Council) de Taïwan a recommandé aux touristes taïwanais d’éviter les actes pouvant être considérés comme séditieux dans le cadre de la loi sur la sécurité nationale, imposée par Pékin à Hong-Kong en 2020. « Certaines personnes nous demandent même si c’est risqué de porter du noir », explique Chan Chi-hung, porte-parole de la commission, alors que certains Taïwanais refusent de se rendre à Hong-Kong dans ces conditions.

Une veillée en 2007 pour le 18e anniversaire du massacre de Tiananmen. Taïpei a conseillé aux touristes taïwanais d’éviter toute activité suspecte à Hong-Kong.

Le gouvernement de Taïpei a recommandé aux citoyens taïwanais visitant Hong-Kong d’éviter toute activité qui pourrait être considérée comme répréhensible et séditieuse, et qui pourrait conduire à leur arrestation durant leur séjour. Le 21 juin, la Commission des affaires continentales (Mainland Affairs Council, MAC) a publié une liste d’activités interdites à Hong-Kong à l’intention des citoyens taïwanais, afin de les dissuader de tout acte qui pourrait être passible de poursuite dans le cadre de la loi sur la sécurité nationale (imposée par Pékin à Hong-Kong en 2020).

Chan Chi-hung, porte-parole de la commission, souligne que de nombreuses requêtes liées aux contenus et aux actes considérés comme séditieux dans les territoires chinois ont été déposées auprès du MAC, ce qui a incité ce dernier à publier une circulaire sur le sujet. « Certains nous appellent et nous demandent s’ils peuvent avoir des problèmes en entonnant un chant particulier ou en lançant un morceau controversé [sur leur téléphone]. Ils nous demandent même si c’est risqué de porter du noir », explique Chan. « La situation est parfois compliquée, mais il faut éviter de rendre les échanges pacifiques impossibles entre les Hongkongais et les Taïwanais », ajoute-t-il.

La commission a notamment demandé aux touristes taïwanais d’éviter de transporter des bougies électriques, de porter des t-shirts mentionnant le massacre de 1989 à Tiananmen, ou encore d’afficher des contenus liés aux manifestations prodémocratie de 2019 à Hong-Kong. Les touristes taïwanais ont également été invités à ne pas crier ou afficher des slogans militants comme celui des manifestations de 2019, « Libérez Hong Kong, révolution de notre temps », aujourd’hui interdit.

Il leur a aussi été recommandé de ne pas jouer l’hymne national britannique ou de sembler pleurer publiquement des manifestants décédés. Le site internet du MAC liste une série de problèmes potentiels auxquels les résidents taïwanais pourraient être confrontés à cause de la loi sur la sécurité nationale en visitant Hong-Kong. La commission a également conseillé aux Taïwanais de laisser leurs coordonnées au gouvernement avant de voyager en cas de besoin d’assistance.

De nombreux touristes dissuadés de visiter Hong-Kong dans ces conditions

La loi sur la sécurité nationale a été utilisée afin d’arrêter et de condamner des militants prodémocratie, parfois pour des actes commis avant même que la loi soit imposée à Hong-Kong. Ainsi, le 15 juin dernier, Yuen King-ting, âgée de 23 ans, a été condamnée pour avoir « semé la haine ou le mépris » envers les autorités et pour avoir incité à enfreindre la loi. L’arrestation a été décidée par les autorités hongkongaises alors que Yuen avait publié un des slogans interdits sur un forum hongkongais durant ses études au Japon – une publication pourtant datée avant le vote de la loi sur le territoire hongkongais. Le tribunal a accordé à l’accusée une libération sous caution, en lui demandant de supprimer tous ses réseaux sociaux et de remettre tous les accès à ses comptes à la police.

Officiellement, la loi sur la sécurité nationale réprime les actes de « sécession, subversion, terrorisme et collusion avec des forces étrangères ». Les restrictions en vigueur et les incertitudes autour de la loi, considérée comme trop large et trop vague, ont dissuadé de nombreux touristes de visiter Hong-Kong, de peur d’être poursuivis ou arrêtés. Wang, un résident taïwanais, explique qu’il n’a aucune intention de s’y rendre dans les circonstances actuelles. « Ils peuvent faire tout ce qu’ils veulent parce que les conditions ne sont pas assez libres ou démocratiques pour pouvoir les arrêter », estime-t-il en parlant des autorités hongkongaises.

Taïwan, appelé officiellement la République de Chine, est de fait un État souverain et démocratique bien que l’indépendance n’ait jamais été proclamée. La Chine continue de considérer l’île comme une province rebelle et de menacer de l’annexer, y compris militairement. Pour cette raison, le statut souverain de Taïwan n’est pas reconnu par les Nations unies, à cause de l’opposition de la Chine. Toutefois, des relations diplomatiques officielles sont maintenues avec 14 États dont le Saint-Siège, ainsi que des relations commerciales avec 47 États.

(Avec Ucanews)


CRÉDITS

Simon Lo (CC BY-SA 2.5)