Eglises d'Asie

Loi sur la citoyenneté : les chrétiens du Kerala rejoignent 7 millions de manifestants

Publié le 28/01/2020




Ce dimanche 26 janvier, alors que les Indiens célébraient le 71e Jour de la république, plus de 7 millions d’habitants de l’État du Kerala, dans le sud-ouest du pays, ont participé à une chaîne humaine contre l’amendement de la loi sur la citoyenneté (ou CAA – Citizenship amendment act). La modification de la loi fédérale, qui date de 1955, a été annoncée le 11 décembre par le gouvernement indien, dirigé par le parti nationaliste hindou du BJP (Bharatiya Janata Party). L’amendement est destiné à faciliter l’accès à la citoyenneté pour les réfugiés venus du Pakistan, du Bangladesh et d’Afghanistan (à l’exception des réfugiés musulmans). Une décision qui a entraîné des manifestations massives dans tout le pays. Le 26 janvier, de nombreux chrétiens, y compris des évêques, prêtres et religieuses, se sont joints au mouvement.

Des affiches et illustrations devant une boutique de Shaheen Bagh, le 7 janvier à Delhi, contre la modification de la loi sur la citoyenneté (Citizenship amendment act).

Le 26 janvier, de nombreux chrétiens de l’État du Kerala, dont des évêques, des prêtres et des religieuses, ont participé à une chaîne humaine de 620 kilomètres de long, qui a rassemblé plus de 7 millions de personnes contre l’amendement de la loi fédérale sur la citoyenneté (CAA – Citizenship amendment act). Les manifestants se sont rassemblés le long de la principale autoroute qui traverse le Kerala, dans le sud-ouest de l’Inde. L’amendement de la loi sur la citoyenneté – qui date de 1955 – a été annoncé le 11 décembre par le gouvernement fédéral, dirigé par le parti nationaliste hindou du BJP (Bharatiya Janata Party), afin de faciliter l’accès à la citoyenneté pour les réfugiés pakistanais, bangladais et afghans, mais en excluant les réfugiés musulmans. Les pancartes affichées durant la manifestation, organisée pour le 71e Jour de la république (une fête nationale indienne fêtée le 26 janvier), demandaient le retrait du CAA et le respect du caractère laïc et multireligieux de l’Inde. Les responsables chrétiens et musulmans de la région participaient à la chaîne humaine, pourtant organisée par la coalition communiste au pouvoir au Kerala (en général, les chrétiens et les musulmans indiens évitent de participer aux programmes organisés par les partis athées de gauche). Mgr Geevarghese Mor Coorilos, métropolite du diocèse de Niranam, de l’Église syro-malankare orthodoxe, qui participait à la manifestation, a confié aux médias qu’il ne fallait pas seulement voir l’amendement de la loi sur la citoyenneté comme antimusulman. « Il s’oppose à tous les principes de la laïcité ; il faut que la population continue de lutter contre l’amendement », a-t-il déclaré.

« Nous devons rester unis »

De son côté, l’Église catholique du Kerala n’a pas appelé ouvertement à participer à la manifestation. Cependant, les évêques catholiques de rite latin du Kerala se sont fermement opposés au Citizenship amendment act dans un communiqué, qui a été lu dans toutes les paroisses durant les messes dominicales du 26 janvier. « Le CAA ne concerne pas seulement les musulmans ; c’est un problème qui nous concerne tous. Si nous sommes attentifs aux déclarations des dirigeants du pays et de ceux qui les suivent, il est évident qu’ils cherchent à promouvoir une nation théocratique », ont écrit les évêques du Kerala. « Cet amendement est contraire à l’esprit de notre Constitution. Nous devons rester unis contre le CAA”, ont-ils poursuivi, en précisant que le fait de diviser les citoyens d’une même nation « est un crime grave, et cela se poursuit à grande échelle ». La discrimination de l’État contre les musulmans, manifestée par l’amendement de la loi, « est une violation des principes laïcs de la Constitution », ont-ils ajouté.

Les évêques du Kerala ont également appelé les paroisses de l’État à hisser le drapeau national indien le 26 janvier, et à lire le préambule de la Constitution, qui garantit l’égalité de tous devant la loi, sans distinction de caste, de croyance ou de religion. La lettre pastorale a été signée notamment par Mgr Joseph Kariyil, président du forum régional des évêques de rite latin du Kerala. Elle appelle toutes les familles, les classes de catéchisme et tous les programmes socioculturels à effectuer un travail de sensibilisation sur « la nature et le caractère » de la Constitution. Le père Francis Xavier, secrétaire adjoint du forum régional des évêques, explique que ces derniers « n’y voient pas seulement une question liée aux musulmans, mais un problème qui nous renvoie à notre Constitution ». Le prêtre ajoute que la lettre pastorale « est le fruit de trois jours de discussions intenses » entre les évêques latins et les laïcs, du 10 au 12 janvier.

(Avec Ucanews, Kochi)


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