Eglises d'Asie

L’OMS s’inquiète de la qualité de l’air à Delhi

Publié le 12/11/2018




À Delhi, l’arrivée de l’hiver s’accompagne souvent de pics de pollution qui dépassent les niveaux de sécurité établis par l’Organisation mondiale de la santé. Selon un rapport de l’OMS publié en octobre, les infections respiratoires liées à la pollution de l’air ont entraîné la mort de plus de 100 000 enfants indiens de moins de cinq ans en 2016. Le rapport cite, parmi les causes, les voitures polluantes, les centrales thermiques à charbon, les chantiers de construction, la combustion des résidus de récoltes ou encore les fours à briques. Alors que la population vient de célébrer le festival Diwali – dont les nombreux pétards jouent leur rôle sur la qualité de l’air à Delhi en cette période – les autorités prennent des mesures afin de tenter de faire face au problème.

C’est Diwali, la fête de lumières, mais Raju Khanna, Harish Mehta, Pinky Singh et Jitesh Jaisurya, tous âgés entre cinq et douze ans, restent assis dans le parc devant chez eux avec des airs ennuyés. Cette année, ils ne pourront pas faire claquer des pétards à volonté comme chaque année. Alors que la pollution de l’air augmente à Delhi, dans le nord de l’Inde, en particulier dans la zone urbaine de New Delhi, les autorités ont décidé d’imposer des restrictions à l’occasion du festival. La Cour Suprême, après avoir reçu une requête se plaignant des conséquences néfastes des pétards sur la pollution de l’air, a décidé de limiter leur usage à deux heures, entre 22 heures et minuit. La pollution de l’air atteint en effet des pics en octobre et novembre dans la plupart des villes du nord du pays, à l’arrivée de l’hiver, en particulier quand les particules de poussière, de pollen, de suie ou de fumée restent dans l’air à cause de l’humidité et des basses températures. Cette situation est aussi due aux fermiers du Pendjab, de l’Haryana et de l’Uttar Pradesh qui brûlent leur chaume en cette saison.

Selon plusieurs études, les pétards de Diwali remplissent l’air de polluants chimiques et entraînent une brume qui s’installe durant plusieurs semaines. « La pollution de l’air est l’un des premiers facteurs de risques de contracter une maladie en Inde », indique l’OMS dans un rapport sur la pollution de l’air et sur la santé infantile, publié en octobre. Selon le rapport, la pollution de l’air affecte les capacités cognitives et le développement du système nerveux, et peut entraîner de l’asthme et des cancers infantiles. Les enfants exposés à une pollution élevée ont de plus grands risques d’être affectés, en grandissant, par des maladies chroniques comme des pathologies cardiovasculaires, affirme l’OMS. La pollution à Delhi a atteint des records, et même les personnes en bonne santé ont du mal à respirer, et pas seulement les enfants, selon Arvind Kumar, un médecin de New Delhi expert des maladies thoraciques. « Même les adolescents non-fumeurs ont des taches noires sur leurs poumons, comme on le constate par radiographie. Cela prouve qu’ils ont déjà été exposés à des niveaux importants de pollution », ajoute-t-il. Cette situation est « très préoccupante », poursuit ce chirurgien renommé, qui faisait partie des invités de la première conférence mondiale de l’OMS sur la pollution de l’air et sur la santé, qui s’est tenue à Genève du 30 octobre au 1er novembre. L’Indice de la qualité de l’air (AQI) à New Delhi et sa région est passé de médiocre à mauvais le 6 novembre, atteignant le seuil de 426 µg/m3 de particules fines (PM2,5). Un taux inférieur à 50 est considéré comme bon.

2 millions de décès par an

Les infections respiratoires liées à la pollution de l’air ont entraîné la mort de plus de 100 000 enfants indiens de moins de cinq ans en 2016, selon le rapport de l’OMS. Dans le monde entier, ce chiffre s’élève à 600 000 décès, précise le rapport. L’Inde fait face au taux le plus élevé de décès ou de maladies dus à la pollution atmosphérique dans le monde, avec plus de deux millions de morts par an, soit 25 % des décès dus à la pollution de l’air dans le monde. Barun Aggarwal, expert de la qualité de l’air, confie que les sources de pollution en Inde comprennent les émissions produites par les voitures, les centrales thermiques à charbon, les chantiers de construction et la combustion de restes de récoltes, ainsi que par les fours à briques ou encore les décharges. Le bureau de contrôle de la pollution (Pollution control board) a suggéré de réduire le nombre de véhicules polluants et le nombre total de véhicules, ainsi que d’interdire l’incinération des résidus de cultures et de fermer les usines les plus polluantes. Beaucoup d’écoles de la capitale ont par ailleurs cessé toutes leurs activités extérieures. « Les jeux et les rassemblements ont lieu à l’intérieur. Nous avons également demandé à nos élèves de célébrer Diwali sans utiliser de pétards », explique Renna Charles, directeur de l’école Presidium. Mgr Anil Joseph Couto, archevêque de Delhi, confie que l’Église fait de son mieux pour réduire la pollution. « Nous en sommes tous victimes et nous en souffrons tous. Nous respectons les normes dictées par le gouvernement et nous sensibilisons la population », souligne l’évêque. « Des initiatives spéciales ont été entreprises par plusieurs de nos institutions à travers le pays. Il y a tellement de terrains vierges qui ont été transformés en champs de béton, affectant gravement l’écologie. La société civile doit faire face au problème. » Mgr Couto ajoute que le service social diocésain Chetanalaya forme les gens à l’agriculture biologique et traditionnelle. Il appelle le gouvernement à légiférer afin d’aménager et de protéger des espaces verts à l’intérieur des villes.

(Avec Ucanews, New Delhi)