Eglises d'Asie

Malgré la politique de Séoul en faveur des handicapés, plusieurs groupes demandent davantage de soutien

Publié le 29/04/2021




Ces derniers temps, le gouvernement coréen a tenté de répondre aux inquiétudes des organisations militant pour les droits des handicapés en prenant de nouvelles mesures, en particulier face à la crise sanitaire. Le 23 mars, les autorités ont ainsi adopté le 5e plan global 2021 pour les personnes handicapées. Le 29 mars, le gouvernement métropolitain de Séoul a également annoncé la création d’une fondation pour la promotion des droits des handicapés. Pourtant, pour certains militants, « les personnes handicapées sont toujours victimes de discrimination et ne peuvent vivre comme les autres citoyens ».

Malgré la loi en vigueur, les personnes handicapées sont toujours victimes de discriminations en Corée du Sud.

Jang Joon-ho, un jeune handicapé coréen atteint de troubles du développement, a été porté disparu en décembre 2020. Il marchait avec sa mère dans le parc national de Dulle-jil (Séoul), dans la province sud-coréenne de Gyeonggi-do, quand il s’est séparé de sa mère en courant soudainement. Le 11 janvier, après plusieurs jours d’enquête policière, les vêtements et les chaussures de Jang Joon-ho ont finalement été découverts. Trois mois plus tard, le 27 mars, un pêcheur a retrouvé son corps en train de flotter dans le fleuve Han. Pour la police, il s’agirait d’un accident, même si l’éventualité d’un suicide n’est pas écartée. Sa famille a été ébranlée par sa mort brutale. Sa disparition a également choqué un groupe local, la Solidarité nationale des parents d’handicapés, qui a organisé une cérémonie en sa mémoire. « S’il y avait un environnement favorable et amical pour les personnes handicapées dans notre communauté, il ne serait pas mort », estime un membre du groupe.

2,6 millions de personnes handicapées en Corée du Sud

Selon une enquête nationale sur le handicap réalisée en 2016, la Corée du Sud compte plus de 2,6 millions de personnes handicapées, dont environ 50 % d’handicaps physiques. Malgré une loi solide mise en œuvre pour les soutenir, la mort de Jang Joon-ho a suscité une remise en question du sort des handicapés en Corée du Sud. La loi pour les personnes handicapées, en vigueur dans le pays, reconnaît pleinement les droits des handicapés, notamment concernant leur dignité humaine. Elle interdit toute forme de discrimination et stipule que l’État et la société doivent leur garantir des opportunités politiques, économiques, sociales et culturelles adaptées. Toutefois, une étude réalisée en 2017 a constaté diverses formes de discrimination, forçant beaucoup d’handicapés coréens à rester isolés ou exclus de la société. L’étude a notamment cité un homme se déplaçant en fauteuil roulant et forcé de démissionner, son entreprise n’ayant pas d’équipements adaptés et ses collègues se comportant régulièrement de manière discriminatoire. Il avait déposé plainte auprès de la Commission nationale des droits de l’homme et son employeur avait été invité à prendre des mesures, en vain.

« Même si des systèmes ont été mis en place pour protéger les personnes handicapées, elles sont toujours victimes de discrimination et elles ne peuvent vivre comme les autres citoyens », assure Park Kim Young-hee, chef exécutif du groupe SAAD (Solidarity against disability discrimination), cité par le journal Catholic Times of Korea. De son côté, l’Église catholique locale a lancé plusieurs services sociaux auprès des personnes handicapées, afin de protéger leur vie sociale et familiale et leur droit à vivre dignement. Le 20 avril, à l’occasion de la journée nationale pour les personnes handicapées en Corée du Sud, Mgr Timothy Yu Gyeong-chon, archevêque émérite de Séoul, a invité les fidèles coréens à se montrer plus compatissants. « Il nous faut montrer notre préoccupation et notre solidarité envers les handicapés, pour qu’ils puissent vivre avec nous comme des citoyens ordinaires, sans être forcés de s’isoler au sein de la paroisse et de la communauté », a ajouté Mgr Yu, vice-président du Bureau des Affaires sociales de l’archidiocèse. L’évêque a également souligné que les personnes sourdes et aveugles doivent être traitées dignement et qu’elles doivent pouvoir accéder à une bonne éducation, à une formation professionnelle et à des emplois adaptés, pour leur permettre de s’intégrer dans la société. Mgr Yu a ajouté que l’Église locale les accompagne via ses services sociaux implantés au niveau paroissial, diocésain et national.

De nouvelles décisions politiques annoncées en mars 2021

Ces derniers mois, le gouvernement sud-coréen a tenté de répondre aux inquiétudes des organisations militantes à propos de la situation des personnes handicapées, particulièrement vulnérables face à la pandémie et ses conséquences. Le 23 mars, le gouvernement coréen a ainsi adopté le 5e plan global 2021 pour les personnes handicapées (Comprehensive Plan for Disabled Persons Policy 2021). Le 29 mars, le gouvernement métropolitain de Séoul a également annoncé la création d’une fondation pour la promotion des droits des personnes handicapées. Ces décisions ont été saluées massivement. Cela dit, les militants ont appelé le gouvernement à prendre en compte les besoins des handicapés dans leurs décisions politiques et leurs actions. Um Sam-yong, directeur de la branche sociale du diocèse de Chuncheon, assure par ailleurs que l’action de l’Église a porté beaucoup de fruits. « Pour les personnes handicapées, ce n’est jamais évident de vivre avec la communauté. Mais quand elles disposent d’installations et services adaptés, elles peuvent devenir indépendantes et vivre heureuses », souligne-t-il. « Les handicapés doivent être aimés autant que les non handicapés. Ils ont le droit d’être respectés, et eux aussi ont besoin d’affection, d’intimité et de compassion. »

(Avec Ucanews)


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