Eglises d'Asie

Marawi : le début de l’Avent marqué par une attaque terroriste dans l’île philippine de Mindanao

Publié le 09/12/2023




Le 3 décembre, après l’attentat qui a causé au moins quatre morts et plusieurs dizaines de blessés lors d’une messe dans un gymnase à Marawi, dans l’île de Mindanao, Mgr Pablo Virgilio David, président de la Conférence épiscopale philippine, a rappelé que c’est précisément le premier dimanche de l’Avent qui a été choisi par les terroristes. L’attaque a également eu lieu au début d’une « Semaine de la Paix 2023 » à Mindanao. Mgr David a réaffirmé « l’engagement incessant de l’Église catholique philippine pour la paix ».

Du 27 novembre au 10 décembre, une « Semaine de la Paix » était organisée à Mindanao. L’attentat du 3 décembre a eu lieu au milieu de l’événement et au début de l’Avent.

Aux Philippines, le début de l’Avent a été marqué par une attaque terroriste contre un groupe de chrétiens, frappés durant une célébration eucharistique dans le gymnase de l’Université d’État de Mindanao, à Marawi dans le sud de l’archipel. On a compté au moins quatre décès et plus d’une quarantaine de blessés.

L’attaque a été menée par le mouvement terroriste Isis (État islamique), le 3 décembre dernier. Elle s’est produite au milieu de la « Semaine de la Paix 2023 », organisée du 27 novembre au 10 décembre dans l’île de Mindanao. Cette semaine avait été soutenue et présentée par l’Église philippine. Pour Mgr Antonio Javellana Ledesma, archevêque émérite de Cagayan de Oro, elle devait symboliser le « retour » de la paix, de l’harmonie et du dialogue dans le sud des Philippines.

Marawi est la capitale de la province de Lanao del Sur et fait partie de la Région autonome Bangsamoro, qui se trouve principalement dans la partie majoritairement musulmane de l’île de Mindanao. La région a été appelée ainsi pour signifier la « patrie des Moros », le nom donné aux musulmans aux Philippines. La région autonome a été établie en 2019 après des accords qui ont mis fin à la longue guerre entre les milices musulmanes de Mindanao et le gouvernement.

Les 200 000 habitants de Marawi toujours blessés par les cinq mois de guerre de 2017

L’attaque du 3 décembre a été immédiatement attribuée au groupe islamiste local Daulah Islamiyah-Maute (pro-Isis), qui n’accepte pas la « solution Bangsamoro ». Ces derniers jours, 11 hommes de la milice avaient été tués dans une opération de l’armée philippine. L’explosion survenue dans le gymnase de l’Université de Mindanao – une des plus grandes du pays – a sans doute été causée par une grenade ou une bombe rudimentaire.

Avec 200 000 habitants, Marawi est une ville où les blessures des cinq mois de guerre de 2017 restent vives – alors qu’à l’époque, le groupe Maute avait pris le contrôle de la ville. Plus d’un millier de personnes, dont de nombreux civils, sont décédées durant les semaines de combats entre les milices islamistes et l’armée philippine, qui a pu reprendre le contrôle le 23 octobre 2017.

Déjà, à l’époque, la communauté chrétienne locale avait été ciblée directement. Le vicaire général, le père Teresimo « Chito » Suganob, et de nombreux paroissiens de la cathédrale de Marie Auxiliatrice, ont été pris en otages avant d’être libérés quatre mois plus tard. Toutefois, des années après ces événements, les promesses de reconstructions de Marawi restent vides. Dans cette ville, on trouve toujours plusieurs dizaines de milliers d’habitants qui vivent dans des abris de fortune, installés durant l’état d’urgence.

Message du président de la Conférence épiscopale philippine après l’attentat

Dans un communiqué, le président de la Conférence épiscopale philippine, Mgr Pablo Virgilio David (également évêque de Kalookan), a souligné la coïncidence entre l’attaque et le premier dimanche de l’Avent, que l’Église a célébré le dimanche 3 décembre. Selon l’évêque, les coupables ont « choisi précisément ce jour pour faire exploser une bombe ». « Les meurtriers qui ont provoqué de tels actes de violences ont sûrement eux aussi des proches. Que faudrait-il faire pour assurer qu’ils voient les familles des victimes comme leurs propres familles ? » s’est-il demandé.

Le père Felix Tigoy, de Pagadian (Mindanao), appelle à la « conversion du cœur » dans le dialogue interreligieux, pour que « les gens voient la présence de Dieu dans l’autre ».

« Cette violence ne devrait pas seulement être dénoncée, mais aussi rejetée comme moyen de réparation pour chaque Philippin ami de la paix », a-t-il poursuivi en évoquant le « Mercredi Rouge », un jour organisé par la fondation internationale AED (Aide à l’Église en Détresse) qui fait mémoire des chrétiens persécutés dans le monde. Pour Mgr David, les fidèles tués durant la messe à Marawi ont « versé leur sang en sacrifice comme le sang du Christ ». Ils ont « confessé leur foi au cours de leur dernière messe, en particulier dans la communion des saints, dans le pardon des péchés, dans la résurrection de la chair et dans la vie éternelle ». Le président des évêques philippins a partagé les déclarations de l’université affectée – qui a souligné que « la violence n’a pas de place dans une société civilisée ». Il a également réaffirmé « l’engagement incessant de l’Église catholique philippine pour la paix ».

Le pape François a évoqué les victimes de l’attaque de Marawi durant l’Angelus

Le 3 décembre après l’Angelus, à Rome, le pape François a également évoqué les victimes de l’attaque : « Je suis proche des familles et des habitants de Mindanao, qui ont déjà beaucoup souffert. » Plus tard, le Vatican a publié le texte d’un télégramme envoyé au nom du Saint-Père par le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège, à Mgr Edwin de la Peña y Angot, responsable de la prélature de Marawi. Dans ce télégramme, le pape s’est dit « profondément attristé par les nouvelles » et il a assuré de sa proximité spirituelle avec toutes les personnes affectées par la tragédie.

Il a invité l’évêque de Marawi à « recommander les âmes de ceux qui sont morts à l’amour miséricordieux du Dieu tout-puissant », et à « implorer les grâces divines de guérison et de consolation pour les blessés et les endeuillés ». « En priant pour que le Christ, le Prince de la Paix, accorde à tous la force de refuser la violence et de lutter contre tout mal par le bien, Sa Sainteté transmet chaleureusement ses bénédictions comme un gage de force et de consolation dans le Seigneur. »

Caritas Philippines a appelé à renforcer la sécurité des rassemblements chrétiens

Après l’attentat, Caritas Philippines a appelé à renforcer la sécurité des rassemblements chrétiens. Mgr Jose Colin Bagaforo, président de l’organisation, a confié que « des efforts concertés doivent être entrepris afin de prévenir de futures attaques et de garantir le droit fondamental à la liberté de culte sans avoir à craindre pour sa vie ».

Par ailleurs, pour les organisateurs et les participants de la Semaine de la Paix 2023 à Mindanao, face à ces attaques meurtrières, le plus urgent et important est avant tout de poursuivre les initiatives de dialogue, de rencontres et d’échanges. Pour le père Felix Tigoy, coordinateur du Forum interreligieux pour la solidarité et la paix (IFSP) de Pagadian (Mindanao), « pour que l’espérance d’une paix véritable et durable devienne une réalité, il est nécessaire de créer des espaces sûrs en nous et autour de nous, où nos cœurs et nos esprits peuvent se rencontrer avec respect dans notre diversité ». Le prêtre estime que la vraie conversion au dialogue interreligieux est « la conversion du cœur, pour que les gens voient la présence de Dieu dans l’autre ».

(Avec Asianews et Ucanews)


CRÉDITS

Asianews