Eglises d'Asie

Mgr Joseph Arshad : « Les peuples du Pakistan et de l’Inde veulent la paix »

Publié le 01/03/2019




La situation s’aggrave au Cachemire depuis l’attaque du 14 février, qui a entraîné la mort de 40 militaires indiens et qui a été revendiquée par le groupe terroriste islamiste pakistanais Jaish-e-Mohammad. Peu après l’attaque, le Premier ministre indien Narendra Modi a annoncé une offensive au Pakistan contre les camps des groupes terroristes. Le Pakistan a toutefois promis des représailles en cas d’attaque et le 27 février, le Pakistan a affirmé avoir abattu deux avions de chasse indiens. De leur côté, les évêques du Pakistan ont lancé un appel à la paix en soulignant l’inquiétude de toute la population.

La panique gagne la frontière indo-pakistanaise, au Cachemire où les tensions se sont aggravées le 27 février, quand le Pakistan a affirmé avoir abattu deux avions de chasse indiens. Le Pakistan a également nié les rapports affirmant qu’un avion pakistanais a été abattu par les forces indiennes. La situation empire depuis le 14 février, quand le groupe terroriste islamiste pakistanais Jaish-e-Mohammad (Armée de Mohammad) a revendiqué une attaque suicide qui a tué quarante militaires indiens dans le sud du Cachemire. Le 26 février, l’Inde a lancé des frappes aériennes contre les camps militaires du groupe islamiste, le long de la ligne de cessez-le-feu au Cachemire. Il s’agit du premier bombardement aérien au Cachemire depuis 1971. Les autorités indiennes ont affirmé avoir reçu des rapports crédibles indiquant que le groupe préparait d’autres combattants à des attaques similaires. Les 12,5 millions d’habitants de l’État sont effrayés par cette soudaine reprise des hostilités. Rafiq Ahmad Khan, qui vit à Srinagar dans l’État de Jammu et Cachemire, s’est mis anxieusement à stocker de la nourriture et des médicaments en cas d’escalade de la violence. « Nous savions que les deux pays pouvaient repartir en guerre n’importe quand. Tout ce que nous pouvons faire, c’est prier pour notre sécurité et rassembler autant de provisions que possible », explique Rafiq.

Promesses de représailles

Peu après l’attaque du 14 février, le Premier ministre indien Narendra Modi a annoncé une offensive au Pakistan afin de se protéger des groupes terroristes qui s’attaquent à l’Inde. Le Pakistan, toutefois, a promis des représailles en cas d’attaque. La semaine dernière, le gouvernement de l’État de Jammu et Cachemire a donné des instructions aux médecins et au personnel médical en leur demandant de ne pas quitter leur travail ou partir en vacances. L’État a également demandé aux hôpitaux de stocker de la nourriture, du matériel chirurgical et des médicaments. Le gouvernement a également demandé aux responsables du département alimentaire de l’État de ne pas distribuer de rations alimentaires aux consommateurs après le 25 février. Le 24 février, au moins une centaine de troupes paramilitaires ont été transportées à Srinagar vers minuit. Waheed Ahmad, un homme d’affaires de Srinagar, s’inquiète pour son père, qui est asthmatique et qui a besoin d’un apport constant en oxygène. « C’est difficile de stocker des bouteilles d’oxygène. Je ne peux en stocker qu’une à la fois. Je me demande ce qu’il se passera si la guerre éclate. » Aijaz Ahmad Mir, qui habite la ville de Pulwama dans le sud du Cachemire, assure que la situation devient plus inquiétante de jour en jour, et que la population craint une guerre à grande échelle.

Imitiyaz Hussain, qui fait des études d’ingénieur à Delhi, a été rappelé auprès de sa famille au Cachemire quand la situation s’est envenimée dans la région. « Des milliers d’étudiants ont commencé à revenir chez eux pour être avec leurs familles. C’est une situation très particulière pour la population du Cachemire, et seul le temps nous dira ce qui se passera », ajoute Imitiyaz.

Répression contre les organisations religieuses

La police a lancé une répression massive contre les membres de plusieurs organisations islamiques au Cachemire, dont Jamaat-e-Islami et Jamiat-e-Ahle Hadees. Des centaines de membres et militants de ces groupes ont été arrêtés durant des raids de nuit. « Cette répression massive contre un groupe pratiquement inactif sur le plan politique, en arrêtant des centaines de jeunes et de militants dans la vallée, sème la panique auprès de toute la population », regrette un des membres du groupe, Hameeda Nayeem. Hameeda estime que le transport de cent troupes paramilitaires produit le même effet dans la région. De son côté, l’ancienne ministre en chef de l’État de Jammu et Cachemire, Mehbooba Mufti, a condamné la répression contre les organisations religieuses au Cachemire. Elle accuse le parti du BJP (Bharatiya Janata Party) de Narendra Modi d’essayer d’apaiser les électeurs hindous avec ces opérations. « Il est regrettable que l’État de Jammu et Cachemire fasse partie d’une stratégie électorale. Il y a des tentatives de semer le trouble dans la région et provoquer la guerre afin d’assurer des votes », dénonce Mehbooba Mufti. L’État de Jammu et Cachemire est en proie aux violences depuis une trentaine d’années. Près de 100 000 personnes ont été tuées dans les conflits, dont des civils, des militaires et des militants, depuis que les militants musulmans ont ouvert le feu en 1990 en revendiquant l’indépendance. Le conflit au Cachemire remonte à 1947, depuis la séparation de l’Inde et du Pakistan. Les deux pays revendiquent le territoire du Cachemire, et ont déjà combattu au moins trois guerres et de nombreux affrontements.

Appel des évêques pakistanais à la paix

De son côté, Mgr Joseph Arshad, archevêque d’Islamabad-Rawalpindi et président de la conférence épiscopale pakistanaise, a dénoncé l’escalade de la violence : « Je demande aux dirigeants de l’Inde et du Pakistan de reprendre les pourparlers de paix et de résoudre tous les problèmes par le dialogue », a-t-il demandé en appelant à la fin des conflits entre les deux pays. L’évêque a également souligné la souffrance de la population, souvent victime des décisions des dirigeants. « Les peuples du Pakistan et de l’Inde veulent la paix », a-t-il souligné. Même les réseaux sociaux, de plus en plus influents dans les débats politiques dans la région, ont demandé la fin des hostilités en lançant le « hashtag » #SayNoToWar (Dites Non à la guerre). L’escalade de la violence a suscité l’inquiétude de nombreux pays dans la région, à commencer par la Chine. Wang Yi, conseiller d’État à Pékin, a assuré que la Chine continuerait de jouer un « rôle constructif » afin d’apaiser les tensions. « Nous espérons que la communauté internationale joue elle aussi son rôle afin de régler cette situation qui touche à la dignité de beaucoup de vies humaines », a également confié Mgr Arshad. « Sans fléchir devant les difficultés, nous devons chercher toutes les alternatives à la guerre. Prions pour que Dieu Tout-Puissant accorde sa sagesse aux dirigeants des deux pays, afin que la paix et la prospérité l’emportent. »

(Avec Ucanews et Asianews)


CRÉDITS

Michelle Chaudhry