Eglises d'Asie

Mgr Machado : « Le voyage du pape est un signe de changement pour l’islam »

Publié le 06/02/2019




Mgr Machado, archevêque de Vasai, dans l’État de Maharashtra sur la côte ouest de l’Inde, a été invité à participer au voyage du pape François à Abou Dhabi, aux Émirats Arabes Unis, à la rencontre notamment du grand imam d’Al Azhar. Le patriarche libanais Beshara al-Rahi, et les muftis sunnites et chiites Abdellatif Deriane et Ahmad Kabalan étaient également invités. Malgré cette ouverture, la situation en Arabie Saoudite demeure troublée, ainsi qu’au Yemen dont les quatre églises sont toujours fermées.

La visite du pape François à Abou Dhabi est un signe de changement pour l’islam, qui semble progresser vers davantage de tolérance selon Mgr Felix Machado, archevêque de Vasai sur la côte ouest indienne. Mgr Machado, qui est responsable de l’œcuménisme et du dialogue interreligieux pour la conférence épiscopale indienne (CBCI) et qui a travaillé au Vatican pour la Commission pontificale pour le dialogue interreligieux, a été invité par les autorités des Émirats Arabes Unis à se joindre à une rencontre sur la « fraternité humaine » aux côtés du pape et de 600 autres responsables religieux à travers le monde. L’évènement était parrainé par l’émir Mohammad Bin Zayed Al Nahyan. « Je vois ici un signe d’espérance pour l’avenir du dialogue interreligieux dans le monde », souligne Mgr Machado. « Les chrétiens peuvent peut-être commencer à voir les fruits du dialogue, ajoute-t-il. Les mentalités changent et c’est déjà un succès. Les musulmans sont devenus plus tolérants, bien que le terme puisse être mal interprété. Mais cela fait partie du cheminement des musulmans en général et dans les pays à majorité musulmane. Ce rythme doit être poursuivi et le pape est là pour y contribuer au nom des chrétiens. » Cette rencontre et la visite du pape ont lieu alors que les Émirats ont dédié cette année à la tolérance.

Le grand imam d’Al Azhar, Mohammad Tayyeb, a pris part à la rencontre ainsi que le patriarche libanais Beshara al-Rahi, et les muftis sunnites et chiites Abdellatif Deriane et Ahmad Kabalan. Le pape François et le grand imam d’Al-Azhar ont signé, à cette occasion, un « Document sur la fraternité humaine pour la paix dans le monde et la coexistence commune » qui constitue non seulement une étape importante dans les relations entre le christianisme et l’islam, mais aussi un message qui a un fort impact sur la scène internationale. Le document formule ainsi une forte condamnation du terrorisme et de la violence : « Dieu ne veut pas que son nom soit utilisé pour terroriser les gens », précisent-ils dans ce texte qui se penche notamment sur la paix, la liberté religieuse et les droits des femmes. Les autorités font effectivement preuve de tolérance aux Émirats, qui comptent neuf églises.

Une ouverture nécessaire face à la mondialisation

Quatre autres sont implantées au Sultanat d’Oman, et la messe est célébrée dans toutes les langues des chrétiens migrants vivant sur place : anglais, tagalog, arabe, malayalam, konkani, tamoul, ourdou, allemand, italien, français, espagnol et coréen. On trouve également des temples hindous et bouddhistes à Abou Dhabi. Selon certains chroniqueurs des médias locaux, comme le Khaleej Times, cette ouverture est nécessaire avec la mondialisation qui a amené dans le pays des millions de personnes de toutes origines ethniques et religieuses. Toutefois, tout n’est pas au beau fixe. Tout d’abord, il y a la situation au Yemen où les conflits ethniques et religieux entre chiites et sunnites qui se poursuivent depuis 2015 ont également eu des conséquences dramatiques pour les chrétiens.

En plus du martyre des sœurs de Mère Teresa d’Aden en 2016, et l’enlèvement du père Tom Uzhunnalil, un prêtre salésien qui a été libéré un an et demi plus tard, il faut noter la situation des quatre églises des villes yéménites de Sanaa, Aden, Hodeida et Taez, qui sont actuellement en zone de guerre et qui ont été fermées sur ordre des autorités. Les Émirats Arabes Unis ne sont pas étrangers aux troubles qui frappent le Yemen alors qu’ils font partie de la coalition dirigée par l’Arabie Saoudite contre les Houthi au Yemen. Une autre menace est la situation des chrétiens et des minorités religieuses en Arabie Saoudite, qui ne peuvent par célébrer leur foi en privé. On peut espérer que la visite du pape à Abou Dhabi soit également un catalyseur au royaume saoudien. Le 4 février, le quotidien de Riyadh Arab News a cité le sultan Faisal Al-Remeithi, du Conseil musulman des anciens, qui a partagé l’espoir que toute visite future du pape dans la péninsule arabique inclue une escale en Arabie Saoudite.

(Avec AsiaNews et Vatican News, Abou Dhabi)


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