Eglises d'Asie

Nouvelle-Guinée occidentale : un prêtre indonésien au service du développement de la communauté papoue

Publié le 17/09/2020




Le père Alfonsus Biru Kira sj, prêtre du diocèse de Timika, dans la province indonésienne de Papouasie, a découvert la situation de la minorité papoue durant ses études comme séminariste. Envoyé dans une paroisse du district de Nabire en 2008, lors d’un programme d’orientation pastoral, il est resté marqué : « Dès ma sortie de l’avion, je pouvais voir que quelque chose n’allait pas. Il y avait clairement une fracture sociale. » Douze ans plus tard, âgé de 40 ans, le prêtre poursuit sa mission en Papouasie indonésienne. « C’est un prêtre qui veut servir son peuple et non être servi. En plus d’annoncer la Bonne Nouvelle, il aide à développer le potentiel du peuple papou », confie un Papou du village de Putapa.

Le père Alfonsus Biru Kira (à gauche), avec un cultivateur de café dans la province de Papouasie, en Nouvelle-Guinée occidentale.

Le travail missionnaire du père Alfonsus Biru Kira en terre papoue, en Nouvelle-Guinée occidentale, a débuté quelques années après son arrivée dans l’est de l’archipel indonésien, en 2008. À l’époque, il était encore séminariste jésuite, et il avait été assigné dans une paroisse locale du district de Nabire, à l’extrémité ouest de la province indonésienne de Papouasie, dans le cadre d’un programme d’orientation pastoral. « Dès ma sortie de l’avion, je pouvais voir que quelque chose n’allait pas. Il y avait clairement une fracture sociale. D’un côté, les Papous marchaient pieds nus tandis que les autres se déplaçaient en voiture et portaient de beaux vêtements », raconte le prêtre, qui a étudié la philosophie dans l’université Driyarkarya de Jakarta. Après une année passée au sein de la paroisse, il a pu constater les nombreux problèmes auxquels la minorité papoue est confrontée, entre la pauvreté, l’injustice et la violence. Malgré son retour dans la province de Yogyakarta, dans l’île de Java, pour poursuivre ses études au Saint Ignatius College, il ne pouvait oublier certains problèmes qu’il avait découverts. « Après cela, pendant trois années d’études, je ne pensais qu’aux Papous, je parlais d’eux tout le temps et je me documentais », explique le père Kira, originaire de l’île de Flores. Puis un jour, avant d’être ordonné diacre, le provincial jésuite de sa région lui a proposé de devenir prêtre diocésain en Papouasie pour la congrégation. « Le peuple papou était tout le temps dans mon esprit. De plus, j’aime la randonnée, et j’avais l’habitude d’aller marcher dans les montagnes et les forêts quand j’étais là-bas. Peut-être que le provincial jésuite pouvait deviner mes pensées », ajoute-t-il. En 2012, après la fin de ses études théologiques à l’université Sanata Dharma de Yogyakarta, il est donc retourné en Nouvelle-Guinée occidentale. Trois ans plus tard, il était ordonné prêtre dans le diocèse de Timika.

Émancipation et évangélisation

Le père Kira a commencé son travail missionnaire dans la paroisse Notre-Dame du Rosaire de Modio, un village du district de Dogiyai. Depuis, la mission principale du prêtre a été de protéger les Papous dans un monde en pleine mutation. « Les Papous font face à une période de transition. Mais cette transition montre souvent un visage inhumain. Il y a des violences, des injustices et de la pauvreté. Pour favoriser des changements plus humains, j’essaie de les aider à être plus autonomes. » Sa mission soutient notamment les valeurs et l’héritage traditionnel du village où il est implanté, un héritage marqué par l’histoire religieuse et culturelle de la région ainsi que par la richesse des ressources naturelles en Nouvelle-Guinée. « Je souhaite fonder ici un site historique et un sanctuaire marial. À la manière du sanctuaire marial de Sendangsono, dans la province de Yogyakarta, où les fondations de la foi catholique à Java ont été posées. » En décembre 1904, 171 Javanais ont été baptisés au sanctuaire de Sendangsono, dont le nom signifie « source qui jaillit sous un arbre ». Le père Franciscus van Lith avait alors béni la source avant de l’utiliser pour le baptême des Javanais. L’événement est considéré aujourd’hui comme fondateur pour l’archidiocèse de Semarang, qui couvre la province de Yogyakarta. « Ce village est riche en ressources naturelles, entre le café, les nokens [sacs noués ou tissés à partir d’écorces séchées et de fibres de bois], les arachides et les oignons », souligne le père Kira.

« Servir et non être servi »

Le missionnaire explique qu’il cherche à développer le village grâce au café, à cause de sa valeur à l’échelle nationale et internationale, mais aussi parce que presque tous les villageois, qui sont chrétiens, cultivent le café. « Je voudrais populariser le café produit dans le village. » Ainsi, il achète les grains de café vendus par les petits producteurs avant de les moudre. « Je veux les aider à améliorer leur situation économique. S’ils comprennent qu’ils peuvent parvenir à produire quelque chose et gagner de l’argent grâce à leurs terres, ils ne les vendront pas », poursuit-il. « J’ai peur qu’ils perdent leurs terres, à cause de leur dépendance envers les aides du gouvernement. De plus, s’ils vendent leurs terres à des étrangers, ceux-ci pourraient détruire l’environnement. Le meilleur moyen d’empêcher cela, c’est d’acheter ce qu’ils font pousser. » Le prêtre va donc revendre leur café dans la ville principale du district et dans le district voisin de Nabire, ce qui impose de longues heures de voyage sur des terrains difficiles d’accès.

De nombreux Papous de la région ont manifesté leur reconnaissance pour son travail, notamment dans la station missionnaire Sainte Marie Madeleine, au village de Putapa. « C’est un prêtre qui veut servir son peuple et non être servi. En plus d’annoncer la Bonne Nouvelle, il aide à développer le potentiel du peuple papou. Il a peut-être l’air calme et discret, mais il se bat vraiment contre les injustices socio-économiques vécues par les Papous », confie Yeri Degei. De son côté, le père Kira, aujourd’hui âgé de 40 ans, souligne que « ce n’est pas mon travail, mais l’œuvre de Dieu ». « Maintenant que je suis sûr que c’est un projet de Dieu, je reste calme. Quelles que soient les difficultés que je rencontre, je dois me contenter d’être patient. »

(Avec Ucanews, Jakarta)


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