Eglises d'Asie

Nusa Tenggara : le père Reginald Piperno, aumônier des travailleurs migrants indonésiens

Publié le 24/10/2020




Depuis quatre ans, le père Reginald Piperno, de l’archidiocèse d’Ende dans l’île de Flores, dans la province du Nusa Tenggara oriental (Petites îles de la Sonde), accompagne les migrants indonésiens travaillant en Malaisie. Rien que dans l’archidiocèse d’Ende, on compte 27 000 personnes parties tenter leur chance. Le prêtre poursuit sa mission dans le cadre d’un accord signé en 2016 entre les diocèses de la province du Nusa Tenggara oriental et les diocèses malaisiens, concernant la pastorale des migrants. Le prêtre se rend quatre fois par an en Malaisie pour accompagner et protéger les travailleurs migrants.

En 2019, le père Reginald Piperno distribue la communion à des migrants catholiques indonésiens travaillant en Malaisie.

Au cours des quatre dernières années, le père Reginald Piperno a consacré la plupart de son temps à accompagner les travailleurs migrants indonésiens vivant en Malaisie. Dans le cadre de coopérations entre les diocèses des deux pays, le prêtre leur offre un accompagnement spirituel et une protection. Le père Piperno a commencé cette mission après la signature d’un accord concernant la pastorale des migrants, entre les diocèses malaisiens et les diocèses de la province du Nusa Tenggara oriental (Petites îles de la Sonde), dont la population est majoritairement chrétienne. L’accord a été signé en 2016 dans le diocèse de Larantuka, dans l’est de l’île de Flores (Nusa Tenggara). Cet accord permet au père Piperno de se rendre en Malaisie quatre fois par an, et d’y rester un mois à chaque visite, afin de pouvoir accompagner les migrants. Cette charge lui a été confiée par Mgr Vicentius Sensi Potokota, archevêque d’Ende (Flores), mais il accompagne aussi des migrants venus d’autres régions indonésiennes. « Quand je suis en Malaisie, je vais les voir là où ils travaillent et où ils vivent, afin de voir s’ils vont bien, et je vérifie leurs papiers pour être sûr qu’ils ne sont pas dans l’illégalité », explique le prêtre, âgé de 48 ans.

Pour lui, le plus difficile est de tenter d’aider les milliers de migrants indonésiens qui travaillent illégalement en Malaisie. Il tente d’accompagner tous les migrants, quels qu’ils soient, par groupe ou individuellement, et il apporte l’Eucharistie aux catholiques. « Je défends leurs droits auprès des entreprises, notamment concernant les salaires et les conditions de travail, et je les aide à gérer leur argent », confie le père Piperno. Après la signature de l’accord, des rencontres ont été organisées tous les ans entre les diocèses malaisiens et indonésiens concernés. Le prêtre explique que quand les entreprises sont gérées par des catholiques, l’Église locale leur demande de s’assurer que les migrants sont traités correctement et que leurs papiers sont en ordre. « Je souhaite que les travailleurs migrants en Indonésie puissent se rapprocher de l’Église, qui se préoccupe sincèrement de leur situation », ajoute le père Piperno, qui a été ordonné prêtre en 2001. Il salue notamment le fait que la plupart des migrants originaires de Flores participent activement à la vie de l’Église en Malaisie.

Conditions de travail inhumaines

Selon le père Piperno, l’une des plus grandes difficultés qu’il peut rencontrer concerne la pression financière imposée par des intermédiaires, chargés par les autorités de s’occuper des papiers de migrants. En principe, les migrants doivent débourser 1 000 dollars US en moyenne par personne pour être en règle, mais ces intermédiaires leur demandent 1 700 dollars. Une somme trop élevée pour beaucoup de migrants. « C’est pourquoi beaucoup d’entre eux choisissent de partir sans être en règle », explique le prêtre, qui ajoute que beaucoup d’entre eux ont quitté l’école trop tôt, et qu’ils se laissent « facilement manipuler par ces intermédiaires ou par leurs employeurs, à leur arrivée en Malaisie ». « Certains vont jusqu’à aller vivre dans la forêt par crainte d’être arrêtés par la police », ajoute-t-il. Beaucoup d’entre eux sont surchargés de travail. S’ils tombent malades, ils ne peuvent être soignés que par des cliniques liées à leurs employeurs. Le prêtre explique que les migrants dans l’illégalité ne peuvent être soignés dans les hôpitaux parce qu’ils n’ont pas les documents officiels requis. Il ajoute que leurs employeurs abusent souvent de la situation, même s’ils tombent malades. Le père Piperno assure qu’ils travaillent dans des conditions inhumaines, sans équipement de sécurité adapté, comme le port de masques en cas d’utilisation de produits chimiques dans les fermes ou les plantations.

27 000 migrants originaires de l’archidiocèse d’Ende

Alors que certains migrants abandonnent leur famille restée en Indonésie, le père Piperno explique que des paroisses indonésiennes ont été chargées développer les aides auprès des familles des migrants. Dans l’archidiocèse d’Ende, sept paroisses prennent en charge ces familles en facilitant la communication avec les migrants, en distribuant des colis alimentaires, en offrant des soins et d’autres services essentiels. Dans ce but, le père Piperno explique que l’Église locale a besoin de l’aide des gouvernements de la région. « C’est parfois difficile à cause d’une bureaucratie compliquée, mais nous persévérons. » À cause des nombreux dangers liés au travail des migrants, le père Piperno explique que l’Église indonésienne s’efforce de sensibiliser les habitants, en particulier au Nusa Tenggara, afin de leur faire comprendre que le travail n’est pas forcément mieux en Malaisie. Il ajoute que ce n’est évident, parce que d’un côté, il y a des difficultés économiques qui les poussent à partir.

Mais d’un autre côté, poursuit-il, beaucoup de migrants partent aussi en Malaisie non à cause de la pauvreté mais en étant poussés par l’idée que c’est la bonne chose à faire. « Ils peuvent toujours se défendre en assurant qu’ils veulent partir à cause de problèmes économiques. Mais ce qu’ils font en Malaisie, ils peuvent aussi le faire en Indonésie ; le travail manuel ne manque pas dans les plantations et dans les fermes », assure-t-il. « Il n’est pas surprenant d’en voir beaucoup revenir les mains vides. C’est d’autant plus triste que cela concerne plusieurs milliers de personnes. » Dans l’archidiocèse d’Ende, on compte déjà près de 27 000 personnes parties travailler en Malaisie, dont des jeunes âgés d’à peine 14 ans. « Nous les prévenons toujours qu’en Malaisie, ils risquent de rencontrer des difficultés s’ils ne sont pas en règle. Mais beaucoup continuent de partir sans papiers », regrette le prêtre, qui ajoute que la seule chose que l’Église peut faire, c’est de continuer de les accompagner.

(Avec Ucanews, Jakarta)


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