Eglises d'Asie

« Paix sur toi » : le pape lance un appel à la paix au parc du Mémorial d’Hiroshima

Publié le 26/11/2019




Le pape François a quitté le Japon après sa troisième journée de visite apostolique dans le pays (du 23 au 26 novembre), où il a particulièrement insisté sur l’appel à la dénucléarisation, notamment dans son discours donné le 24 novembre au soir, au parc du Mémorial de la Paix d’Hiroshima. Dès le lendemain de son arrivée à Tokyo, le pape s’est en effet rendu à Nagasaki, où il a prononcé un discours sur les armes nucléaires à l’Atomic Bomb Hypocenter Park, avant de se rendre au monument des martyrs de Nagasaki, situé sur la colline de Nishizaka. Le même jour, il a célébré la messe à Nagasaki avant de se rendre à Hiroshima pour une « rencontre de paix » au Mémorial de la Paix.

Le dôme de Genbaku, qui a survécu à la bombe atomique d’Hiroshima, au cœur du parc du Mémorial de la Paix

Le 24 novembre au soir, à Hiroshima, le deuxième jour de sa visite apostolique au Japon, le pape François s’est une nouvelle fois engagé contre les armes nucléaires, lors d’une cérémonie grave et émouvante qui s’est déroulée en présence de survivants de la bombe atomique de 1945. C’est avant tout un appel à la paix que le pape a lancé, lors de cette « rencontre pour la paix » au parc du Mémorial, dès les premiers mots de son message prononcé pour l’occasion : « À cause de mes frères et de mes proches, je dirai : ‘Paix sur toi !’ » (Ps 122, 8) « Je désire redire avec conviction que l’utilisation de l’énergie atomique à des fins militaires est aujourd’hui plus que jamais un crime, non seulement contre l’homme et sa dignité, mais aussi contre toute possibilité d’avenir dans notre maison commune. L’utilisation de l’énergie atomique à des fins militaires est immorale », a-t-il insisté. Le pape est même allé plus loin en soulignant que la possession des armes atomiques était elle-même immorale, en refusant la logique de dissuasion : « Les nouvelles générations se lèveront en juges de notre défaite si nous nous contentons de parler de paix sans la traduire concrètement dans les relations entre les peuples de la terre. Comment pouvons-nous parler de paix en construisant de nouvelles et redoutables armes de guerre ? Comment pouvons-nous parler de paix en justifiant certaines actions fallacieuses par des discours de discrimination et de haine ? »

Il y a deux ans, en novembre 2017, lors d’un symposium international sur le désarmement, organisé par le Dicastère pour le service du développement humain intégral, le pape avait déjà lancé cet appel : « Il faut condamner fermement la menace de leur usage, ainsi que leur possession. » Ces commentaires s’étaient attirés de vives critiques parmi les puissances nucléaires internationales, mais ils avaient été particulièrement bien accueillis au Japon, victime des attaques nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki et proche géographiquement des trois puissances nucléaires que sont la Chine, la Russie et la Corée du Nord. Durant plusieurs dizaines d’années, plusieurs papes successifs et de nombreux évêques ont soutenu l’idée d’une tolérance provisoire vis-à-vis de la dissuasion nucléaire, en gardant l’objectif du désarmement nucléaire total, comme le disait saint Jean-Paul II à Hiroshima en 1981 : « Promettons à nos frères en humanité de travailler sans nous lasser au désarmement et à la condamnation de toutes les armes atomiques. » Mais alors que des textes internationaux sont retirés comme le traité de désarmement INF, qui a été signé par les États-Unis et la Russie en 1987 (et supprimé par les deux parties en août 2019), cette situation n’est plus acceptable pour le pape François. En 2017, le pape avait également souligné que l’existence même de telles armes « est liée à une logique de peur qui ne concerne pas seulement les parties en conflit, mais tout le genre humain ». À Hiroshima, 74 ans après la bombe atomique (lancée sur la ville le 6 août 1945) qui a causé plus de 70 000 décès immédiats – et 70 000 autres des conséquences des radiations –, seul le dôme de Genbaku (photo) demeure, symbole au milieu du parc du Mémorial de la Paix, comme un rappel de la plus grande force destructrice jamais lancée par l’humanité.

« Que puisse aujourd’hui surabonder l’espérance »

Yoshiko Kajimoto, âgée 88 ans, qui a survécu à la bombe d’Hiroshima, fait partie des témoins qui ont raconté leur histoire devant le pape, le soir du 24 novembre. « Quand nous avons été bombardés, j’avais quatorze ans et j’étais en troisième année au collège. À l’époque, je me trouvais à 2,3 kilomètres de l’hypocentre [point zéro de l’explosion], et je travaillais dans une fabrique de moteurs d’avions. J’ai vu une lumière bleue par la fenêtre, j’ai pensé que c’était une bombe », a-t-elle témoigné devant une assemblée silencieuse. « Puis l’usine s’est effondrée avec un grand bruit, et je me suis évanouie. J’ai entendu les cris de mes amis, mais il faisait trop sombre et je ne pouvais pas bouger, parce que j’étais ensevelie sous des tuiles et des poutres. J’ai alors vu une amie qui se trouvais sous moi, et j’ai appelé pour voir si elle était en vie », a-t-elle poursuivi. « J’ai essayé de m’échapper, mais mon pied droit était coincé. Finalement, j’ai pu me sortir de là ; mon tibia était foulé et je saignais beaucoup. Quand je suis sortie, tous les bâtiments alentours étaient détruits. Il faisait aussi sombre qu’en pleine nuit et il y avait une odeur de poisson pourri dans l’air. » À l’issue du discours du pape et d’un temps de témoignages, le Saint-Père a rencontré des survivants et leurs familles, ainsi que plusieurs responsables religieux, durant près de trente minutes. Dans une rencontre particulièrement saisissante, une survivante d’Hiroshima s’est montrée très émue quand le pape l’a pris dans ses bras, comme si elle avait attendu un tel moment toute sa vie. Le Saint-Père a ensuite déposé des fleurs devant le Mémorial de la Paix, seul, en priant et en invitant l’assemblée à respecter une minute de silence, rythmée par les coups sourds d’un gong japonais.

Vincent Itar, 50 ans, membre de la petite communauté catholique locale, se trouvait parmi l’assemblée au parc du Mémorial. Il tenait à participer à la visite du pape : « C’est très important pour moi. Nous sommes très heureux d’avoir un pape ici. Même si le Japon ne compte pas beaucoup de catholiques, il y a d’autres délégations de fidèles de toute l’Asie qui sont là pour soutenir le pape. » L’événement d’Hiroshima marquait la fin d’une très longue journée pour le pape de 82 ans, commencée à Tokyo, avant l’envol pour Nagasaki, puis Hiroshima, et le retour dans la capitale japonaise au bout de près de seize heures. À l’issue de son discours à Hiroshima, le pape a une nouvelle fois insisté sur un message de paix, en soulignant que « là où a surabondé la destruction, que puisse aujourd’hui surabonder aussi l’espérance qu’il est possible d’écrire et de réaliser une histoire différente ».

(Avec Ucanews)


CRÉDITS

DR