Eglises d'Asie

Pollution : Manille continue de lutter pour un air respirable

Publié le 08/06/2019




Il y a un an, l’Organisation mondiale de la santé publiait une étude annonçant que les Philippines étaient au troisième rang mondial concernant le nombre de morts dues à la pollution de l’air, avec près de 45,3 morts pour 100 000 habitants, après la Chine (81,5 morts pour 100 000 habitants) et la Mongolie (48,8 morts pour 100 000). L’étude précisait que plus de 90 % de ces morts se situent en Asie et en Afrique. À Manille, de nombreux habitants asthmatiques continuent de subir un air épais et chargé de particules fines, forcés de porter des masques de protection au quotidien. Face à cette situation, de nombreuses communautés locales lancent des initiatives pour réagir, faisant écho à l’appel à la conversion écologique souligné dans l’encyclique Laudato Si, relancé régulièrement par les évêques philippins.

Les masques de protection font désormais partie de son « kit de survie » quotidien. Sans cela, elle pourrait être forcée de prendre des traitements antiallergiques et pourrait même terminer sa journée à l’hôpital. Grace essaie de lutter contre la pollution malgré son asthme, qui a empiré depuis qu’elle a quitté sa région d’origine pour venir travailler à Manille. « L’air en ville est vraiment épais, à cause de la fumée et de la poussière », explique-t-elle. « Chaque fois que vous sortez de chez vous, vous vous mettez presque en danger. » La dernière fois qu’elle a eu une crise d’asthme, c’était il y a environ deux semaines. Elle était restée coincée dans les embouteillages pendant deux heures et elle avait oublié son masque chez elle, l’obligeant à s’exposer à l’air pollué. « Je ne pense que pas que je pourrais être en bonne santé tant que je vivrai en ville. Si ce n’était pas pour mon travail, je retournerais dans ma ville natale où l’air est plus sain. » Une étude de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), publiée en mai 2018, affirmait que les Philippines étaient au troisième rang mondial concernant le nombre de morts dues à la pollution de l’air. Selon l’étude, le pays compte environ 45,3 morts pour 100 000 personnes à cause de la pollution de l’air. La Chine est au premier rang avec 81,5 morts pour 100 000 habitants, suivie par la Mongolie avec 48,8 morts pour 100 000. Les premières causes de décès sont la maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC), le cancer du poumon et la pneumonie. Le rapport de l’OMS ajoutait que plus de 90 % de la population mondiale « respire un haut niveau de polluants », entraînant au moins sept millions de morts par an. L’étude précisait également que plus de 90 % des morts liées à la pollution de l’air se situent en Asie et en Afrique.

Prendre soin de la maison commune

Face à cette situation, de nombreuses communautés locales à travers le monde ont lancé des campagnes pour protéger l’environnement. En Indonésie, à Bali, un groupe d’artistes a ainsi donné une nouvelle vie à des pneus et des chambres à air usées en les transformant en boucles d’oreilles, en portefeuilles, en housse d’ordinateur portable ou en sacs. La boutique Art Cycle Bali, dans le district d’Ubud dans l’île de Bali, attire de nombreux visiteurs fascinés par les sacs et accessoires de mode recyclés et faits main. « Il y a des millions de pneus qui sont jetés dans les décharges à travers le monde, dont une partie finie par être incinérée en polluant encore davantage », explique la gérante de la boutique, Wayan Asmini. « Nous devons faire quelque chose. C’est important de montrer l’exemple et de faire prendre conscience aux gens que nous pouvons contribuer à changer les choses. » La boutique a déjà transformé et recyclé plus de mille pneus et chambres à air. Le mouvement a été initié en 2006 par l’artiste indonésien Mas Pat, inspirant d’autres artistes.

Aux Philippines, les évêques relancent sans cesse l’appel à la « conversion écologique » du pape François, souligné dans son encyclique Laudato Si. Le prêtre franciscain Pete Montallana regrette la déforestation des montagnes de Sierra Madre, au nord-est de l’île de Luçon. « Nous devons abandonner la culture du gâchis qui pollue la terre, l’eau et l’air », ajoute le père John Leydon, du Mouvement catholique mondial pour le climat. « Il faut reconnaître que nous faisons face une période de catastrophes. » Le père Raymond Montero Ambray, du diocèse de Tandag dans l’île de Mindanao, dans le sud des Philippines, assure que de nombreux problèmes de santé pourraient être résolus en réagissant à la crise environnementale. « Protéger l’environnement et notre maison commune, c’est protéger la vie », ajoute-t-il. À l’avenir, même les masques de protection risquent de devenir insuffisants pour les personnes asthmatiques comme Grace Francisco. Celle-ci confie son espérance de déménager bientôt dans une ville moins polluée, tout en se demandant s’il existe encore des régions qui n’ont pas encore été maltraitées par la main de l’homme.

(Avec Ucanews, Manille)


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