Eglises d'Asie

Pour la Conférence des évêques d’Inde, la religion ne doit pas être un critère déterminant de la citoyenneté indienne

Publié le 03/03/2020




La 34e assemblée annuelle de la Conférence des évêques catholiques d’Inde s’est tenue à Bangalore, dans l’État du Karnataka, du 13 au 19 février dernier. Les 192 évêques membres ont affirmé que la religion ne devait pas être un critère déterminant pour l’obtention de la nationalité indienne, en référence à la loi très controversée sur la citoyenneté, votée en décembre dernier.

« Nous appelons les autorités de l’État à veiller à ce que le pseudo-nationalisme ne se poursuive pas pour donner naissance à de nouvelles formes de totalitarisme », a déclaré la Conférence des évêques catholiques d’Inde dans le communiqué final de sa 34e assemblée annuelle. « Les autorités devraient proposer des moyens sincères et efficaces pour mettre un terme au sentiment de peur, d’anxiété et d’incertitude qui se répand dans le pays, en particulier parmi les minorités religieuses », poursuit-elle. La déclaration des évêques catholiques intervient alors qu’un vent de contestation souffle sur le pays depuis l’adoption par le Parlement, en décembre dernier, d’une réforme de la loi sur la citoyenneté. Elle facilite désormais l’attribution de la nationalité indienne pour les personnes ayant fui l’Afghanistan, le Pakistan et le Bangladesh, à condition qu’elles ne soient pas musulmanes. Cette loi introduit pour la première fois des critères religieux dans l’obtention de la citoyenneté, alors que la laïcité est inscrite au préambule de la Constitution indienne.

« Fausses idéologies nationalistes »

La loi, jugée discriminante par le Haut-Commissariat des droits de l’homme de l’ONU, fait craindre une plus grande marginalisation de la minorité musulmane du pays, forte de près de 200 millions de personnes. Le gouvernement du Premier ministre Narendra Modi s’en défend, estimant qu’il s’agit de protéger les minorités religieuses persécutées dans les pays voisins à majorité musulmane. « Les fausses idéologies nationalistes qui incitent au mépris pour les cultures autres que la culture dominante majoritaire sont capables de perpétrer des atrocités », prévenait la Conférence des évêques dans son communiqué final, le 19 février, qui voyait juste. Car quelques jours plus tard, du 23 au 26 février, des affrontements entre partisans et opposants de la loi sur la citoyenneté ont dégénéré, dans le nord-est de New Delhi, en émeutes intercommunautaires, notamment orchestrées par des extrémistes hindous visant des musulmans. Plus de 40 personnes ont trouvé la mort et plus de 200 autres ont été blessés au cours de ces violences.

« Droit à la vie »

Lors de cette Assemblée annuelle, qui avait pour thème « Dialogue : le chemin de la vérité et de la charité », les évêques ont par ailleurs fait part de leur position sur la question de l’avortement en Inde et de sa législation. Ils ont rappelé que le dialogue ne devait pas se limiter à ceux qui étaient déjà nés. « Le droit à la vie de celui qui est à naître doit également être pris au sérieux », peut-on lire dans leur déclaration finale. « Les étapes pour légaliser l’avortement jusqu’à six mois doivent être condamnées comme une injustice flagrante qui porte atteinte au droit à la vie des enfants à naître », poursuit le texte. À la fin du mois de janvier, le gouvernement indien a effectivement donné son feu vert à un projet de loi qui prévoit d’autoriser l’interruption médicale de grossesse jusqu’à 24 semaines, contre 20 actuellement. Le gouvernement justifie cette mesure en raison des risques encourus par les femmes ayant recours à des interruptions de grosses via des canaux informels, estimant que 8 % des cas de mortalité maternelle sont dus à des avortements à risques. La conférence des évêques a appelé au retrait immédiat de ce projet de loi.

Éradication de la pauvreté et dialogue interreligieux 

L’Église catholique indienne a également appelé les autorités à prendre des mesures adéquates pour garantir la justice pour les pauvres, les chrétiens dalits (autrefois appelés intouchables) et les populations tribales, en « éradiquant la pauvreté, l’exploitation, la discrimination et toutes autres formes de structures coupables ». L’institution a par ailleurs souligné l’importance du dialogue interreligieux, affirmant qu’il n’y aura pas de paix entre les nations sans paix entre les religions, et qu’il ne peut y avoir de paix interreligieuse sans dialogue entre les différentes confessions. La conférence des évêques catholiques d’Inde est la quatrième plus grande au monde derrière le Brésil, l’Italie et les États-Unis.

(EDA / A. R.)


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